
Russe par sa mère, néerlandaise par son père, Etty Hillesum a grandi à Deventer, une petite ville des Pays-Bas, avant de s’installer à Amsterdam. Étudiante en russe à l’université, elle entretient une liaison avec le propriétaire du logement qu’elle occupe avant de faire la rencontre de Julius Spier, un psycho-chirologue, immigré juif allemand et ancien élève de Jung. Pour la soigner de sa dépression, il l’incite à tenir son Journal. Alors que les lois antisémites se durcissent, Etty Hillesum renonce à un emploi protégé au Conseil juif pour aller travailler dans un camp à Westerbrok en juillet 1942. C’est de là qu’elle est déportée vers Auschwitz où elle meurt en novembre 1943 à l’âge de vingt-neuf ans.
Etty Hillesum est devenue une des figures les plus éminentes de la Shoah après la publication tardive de ses carnets dans les années 80.
Le réalisateur israélien Hagai Levi, auquel on doit BeTipul – qui a inspiré En thérapie – et The Affair, s’est emparé de la vie d’Etty Hillesum pour en faire une mini-série de six épisodes, d’une durée totale de près de six heures. Diffusée en salles depuis le 6 mai, elle est désormais accessible sur la plateforme arte.tv.
Hagai Levi a embrassé un parti audacieux : tourner le dos à la reconstitution historique empesée pour filmer un Amsterdam intemporel, sans ordinateur ni téléphone portable, mais avec ses voitures, ses maisons et ses lieux familiers (la gare centrale, le Rijkmuseum). Ce parti pris vise sans doute à combler le fossé qui nous met à distance des films en costumes, à rendre cet Etty plus contemporain, à nous laisser imaginer que ce qui lui est arrivé pourrait nous arriver aussi peut-être.
Le personnage d’Etty Hillesum, le choix radical qu’elle a fait d’aller au-devant d’une mort certaine alors qu’elle aurait pu se cacher ou se sauver, sa foi brûlante forcent l’admiration. Pour autant cette admiration révérencieuse ne doit pas dicter notre opinion sur cette série. Sans doute présente-t-elle une grande unité, une grande force. Pour autant, son format interroge. Pourquoi six heures là où l’essentiel aurait pu être dit et les mêmes effets atteints en deux ? pourquoi le cinéma pour filmer en champ-contrechamp d’interminables dialogues théâtraux ?