
Dans la famille d’Estelle (Elodie Bouchez), mère courage de trois enfants et épouse battue par un mari romain et toxique (Stefano Cassetti), je demande la mère : une diva irlandaise aussi aimante qu’autocentrée (Marisa Berenson). Je demande le père, qui a abandonné jadis sa femme et ses enfants et dont les cendres sont à présent l’objet d’une ultime réunion familiale. Je demande la sœur aînée : Jeanne Balibar, sa voix melliflue et ses répliques cinglantes. Je demande le frère cadet, qui avait rompu toute relation avec sa famille et qui, tel l’enfant prodigue, revient au foyer vingt ans après un drame enfoui.
Isild Le Besco, qu’on avait connu si frêle et qu’on découvre gironde, n’en finit pas de creuser un sillon original dans le cinéma français. La sœur de Maïwenn – avec laquelle, nous dit la presse people, elle a rompu tout lien – fut très jeune une enfant de la balle, tournant encore mineure Sade sous la direction de Benoît Jacquot, contre laquelle elle a porté plainte vingt-cinq ans plus tard avec Anna Mouglalis et Judith Godrèche. Puis elle est passée derrière la caméra, réalisant par exemple La Belle Occasion.
La quarantaine resplendissante, elle est au four et au moulin de son dernier film Productrice, réalisatrice, comédienne, elle en a écrit le scénario et en a assuré le montage. Son frère aîné est à la photographie, son fils cadet interprète l’un des enfants d’Estelle. Bref, on est en famille et entre copains. Le tournage a eu lieu dans les champs de lavande de la Drôme où Isild Le Besco vit à l’année et à Wimille dans le Pas-de-Calais à une encablure du cap Gris-Nez.
Cette réalisation avec trois bouts de ficelle rend l’entreprise fort sympathique mais en constitue aussi la limite. Certes, Ma famille chérie est d’une grande spontanéité, laissant la part belle à l’improvisation d’un casting cinq étoiles. Mais le son est décidément trop mauvais. Et le scénario présente de coupables faiblesses. Ainsi de son premier quart d’heure qui se déroule dans un superbe appartement romain où on découvre le piège dont Estelle est prisonnière et dont elle a l’énergie de s’évader : le film nous lance dans une direction et un univers qu’il a le tort d’oublier ensuite.
Le titre du film doit évidemment se comprendre par antiphrase. La famille est depuis toujours chez Isild Le Besco, comme chez Maïwenn, le terreau autobiographique de toutes les névroses. C’est à la fois un refuge et un bouillon de culture. Ses déchirements n’offrent toutefois pas grand-chose d’inattendu. Un vague suspens se noue autour du drame fondateur qui a traumatisé la famille et provoqué l’exil du jeune frère et de son père. Mais des flashbacks dispensables dissipent bien vite le mystère. Le film, fleuve tranquille, suit gentiment son cours vers une conclusion apaisée, que les protagonistes ont sans doute pris plus de plaisir à jouer que les spectateurs à la regarder.