
Corry est une chirurgienne française qui, après la mort de son père, décide de partir en échange au Japon, à Kobé, dans le service de pédiatrie d’un hôpital spécialisé dans les greffes cardiaques. Elle y découvre que, pour des motifs sociaux et juridiques, le Japon est le pays développé au monde où le don d’organes est le moins répandu. Les jeunes patients y vivent par conséquent dans l’attente anxieuse d’un don qui ne vient pas toujours. À l’occasion d’un voyage touristique sur l’île de Yakushima, au sud l’archipel, Corry fait la connaissance de Jin, un passionné de photographie qui vient vivre avec elle à Kobé.
Naomi Kawase est une réalisatrice japonaise reconnue qui a ses entrées dans les plus grands festivals internationaux. Grand Prix au festival de Cannes en 2007 pour La Forêt de Mogari, elle est choisie pour être la réalisatrice officielle du film des Jeux olympiques de Tokyo 2020. Je n’avais guère aimé Les Délices de Tokyo, noyé dans les bons sentiments (« C’est MasterChef à la sauce Paulo Coelho » écrivais-je caustiquement à sa sortie en 2016), Vers la lumière qui nous faisait certes découvrir un monde original, celui de l’audiodescription pour les spectateurs malentendants, ou True Mothers sur la maternité.
Je n’ai guère plus apprécié ce dernier film, en compétition l’an passé à Locarno. Il repose tout entier sur les épaules de Vicky Krieps, une des actrices les plus talentueuses de sa génération, aussi à l’aise dans un western avec Viggo Mortensen, en Anne d’Autriche dans Les Trois Mousquetaires ou en mère lesbienne dans l’adaptation du roman de Constance Debré. Elle est, ici comme toujours, épatante, investissant toutes les dimensions de son rôle et lui donnant une force émotionnelle étonnante.
Ce n’est pas elle qui pèche donc, mais un scénario qui tente maladroitement de nouer deux histoires. D’un côté celle d’une transplantation cardiaque dans un service pédiatrique, un sujet éminemment cinématographique car il charrie son lot d’images fortes – si la vue du sang ou d’un bistouri vous fait tourner de l’oeil, ce film n’est pas pour vous -, il peut donner lieu à un suspense haletant – le cœur de l’enfant défunt arrivera-til à temps pour être transplanté dans le corps de l’enfant malade ? – et il est profondément émouvant – je ne me suis toujours pas remis du choc provoqué par la lecture de Réparer les vivants de Maylis de Kerangal.
De l’autre une relation amoureuse fusionnelle et bien vite déséquilibrée avec un séduisant Japonais sur le passé duquel la suite du film fera d’étonnantes révélations.
Prises séparément, ces deux histoires auraient pu inspirer deux très bons films. Mais Naomi Kawase a eu le tort de vouloir les entremêler. Les coutures de ce costume d’Arlequin sont trop grossières.