Le Triangle d’or ★★☆☆

Jeune banlieusarde taiseuse, rêvant d’intégrer l’armée, Laura (Malou Khebizi) trouve un emploi grassement rémunéré dans le « triangle d’or » parisien – cet espace délimité par les Champs-Elysées, l’avenue Montaigne et l’avenue Gabriel – dans l’hôtel particulier où un émir saoudien a installé Souria, sa maîtresse (Soundos Mosbah).

Le Triangle d’or est le premier film d’Hélène Rosselet-Ruiz. Elle en a eu l’idée durant sa scolarité à la Fémis et en a même fait un court-métrage au titre faussement sartrien, Les Mains sales. Le sujet est original : comment vivent les riches Saoudiens, les riches Saoudiennes, lorsqu’ils sont de passage à Paris ? qu’abritent leurs palais des mille et une nuits, objet de fantasmes peut-être délirants ? quelles relations entretiennent-ils avec leurs employés (Hélène Rosselet-Ruiz a utilisé les travaux de la sociologue Alizée Delpierre sur la domesticité) ?

Pour nous faire pénétrer dans ce monde mystérieux, le scénario utilise une recette éculée : nous le faire découvrir à travers les yeux d’un Candide qui le découvre en même temps que nous. Ce sera le rôle de Laura, interprété par Malou Khebizi. L’actrice était en tête d’affiche de Diamant brut. Elle est méconnaissable dans son second film : la bimbo varoise peroxydée juchée sur des hauts talons improbables a laissé la place à une petite soldate hommasse et hypersportive. La capacité de Malou Khebizi à se glisser successivement dans ses deux rôles, si différents, force l’admiration.

La bande-annonce laissait augurer un pur thriller. Le film est un peu différent. Il se focalise sur la relation qui se construit entre Souria et Lara. Lara, qui découvre avec un mélange de fascination et d’horreur la prison dorée dans laquelle sa patronne est claquemurée, est d’abord maltraitée par Souria avant de devenir sa confidente. L’histoire prend ici des raccourcis peu crédibles. Les deux femmes devient alliées face à la violence masculine. Le simplisme du schéma est atténué par un troisième personnage masculin : le chauffeur, interprété par l’acteur Ziad Bakri qu’on vient de voir dans Le Passage et qu’on avait découvert dans Les Barbares.

Le Triangle d’or pâtit de la faiblesse de son scénario pépère mais n’en reste pas moins une plongée sociologique fascinante dans un monde rarement documenté.

La bande-annonce