La Vie en relief – Jacques Henri Lartigue ★★☆☆

Qu’on s’intéresse ou pas à la photographie, on a un jour ou l’autre entendu parler de Jacques Henri Lartigue. On l’associe aux grands noms de la photographie : Henri Cartier Bresson, Robert Doisneau, Willy Ronis… Le documentaire de Denis Gaubert a le mérite de nous faire découvrir l’histoire de ce génial amateur.

Car c’est en amateur que Jacques Lartigue (1894-1986) a photographié. Il était le fils d’un riche homme d’affaires, Henri Lartigue, qui a élevé ses deux fils, Maurice l’aîné, Jacques le cadet, selon des principes un peu loufoques. Henri Lartigue considérait que l’argent servait à être dépensé et que ses enfants n’avaient nulle vocation à poursuivre sa lignée mais devaient avant tout être heureux. Il encourageait leurs lubies sans guère se soucier de leur éducation. C’est ainsi qu’Henri s’adonna très jeune à la photographie ou plus exactement à la stéréoscopie, la photographie en relief.

Le jeune Lartigue ne visait pas à construire une œuvre. Il s’adonnait simplement à un loisir innocent. Il prenait des photos pour capter des moments joyeux d’une vie joyeuse. Son œuvre – car en fait c’était bien une œuvre qu’il construisait sans le savoir – en est d’autant plus intéressante, qui documente la vie d’une riche famille au début du vingtième siècle et des loisirs élitistes auxquels elle s’adonnait : course automobile, natation, tennis, sports d’hiver…

Le documentaire est organisé en trois chapitres chronologiques : la Belle Epoque, la Grande Guerre, les Années folles. Le premier a des parfums proustiens. On y voit les images que la lecture de la Recherche inspire : de belles élégantes dans les avenues huppées de l’Ouest parisien. Le deuxième est plus sombre : les morts s’accumulent autour du jeune Jacques, exempté à cause de sa constitution malingre. Le troisième est plus fou : c’est l’époque de la rencontre avec Bibi, de leur mariage, de la naissance de leur fils Dany, du couple à quatre qu’ils forment avec Sacha Guitry et Yvonne Printemps.

Toute sa vie durant, Jacques Lartigue aura aspiré à être peintre. Après la faillite de son père, il vécut chichement de sa peinture, pour laquelle il n’avait aucun talent. C’est seulement dans les années 60 qu’il devint célèbre grâce à ses photographies. Cette gloire tardive ne lui inspira aucune rancœur.

Le documentaire de Denis Gaubert se focalise sur les 5000 négatifs stéréoscopiques d’une œuvre qui compte au total quelques 120.000 prises. Il mérite d’être vu en 3D. Le projeter en 2D, comme ce fut le cas lors de l’avant-première à laquelle j’ai assisté, n’est pas lui rendre service.

La bande-annonce

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