D’où vient le vent ★☆☆☆

Alyssa (Eya Bellagha) et Mehdi (Slim Baccar) étouffent à Tunis. Alyssa doit, depuis la mort de son père, porter à bout de doigt sa mère démissionnaire et veiller à sa petite sœur. Mehdi se voit sommer de trouver un travail alors que ce surdoué du dessin rêverait de vivre de son art. Quand Alyssa apprend qu’un concours, financé par l’ambassade d’Allemagne, offrant à sa clé un séjour à Berlin, est organisé à Djerba, à cinq cent kilomètres dans le sud du pays, elle y inscrit d’office Mehdi et l’embarque dans une folle odyssée.

Tout, ma foi, m’incitait à aller voir ce petit film tunisien : son titre poétique, sa bande annonce euphorisante, le charme juvénile de ses deux jeunes acteurs et l’avis concordant de deux amies au goût très sûr.

Mais hélas, j’ai vite été très déçu par ce récit qui manque cruellement d’ambition et d’inspiration et qui déroule paresseusement tous les clichés du coming-of-age. Dans le même registre, sans quitter la Tunisie, j’avais trouvé autrement plus convaincant À peine j’ouvre les yeux de Leyla Bouzid.

La bande-annonce

Comète ★★☆☆

Une mystérieuse comète traverse le ciel de Paris. Albert (Vincent Macaigne) va chercher son frère (Samuel Achache) à la sortie du service psychiatrique de l’hôpital Saint-Louis. Anna (Lou Lampros) voit débarquer chez elle son père qu’elle n’avait plus vu depuis sept ans. Christina (Pauline Lorillard) attend anxieusement les résultats d’une mammographie. Myriam (Kenza Lagnaoui), micro au poing, fait un radio-crochet à Belleville. Milan (Sandor Funtek) retape un appartement et séduit sa psy (Alexia Chardard). Lila (Luiza Benaïssa) deale pour le compte de son frère Nader. Tout ce petit monde se retrouve autour de Gabrielle (Anne Lise Heimburger) qui dirige les répétitions des Trois Sœurs de Tchekov.

Elie Wajeman nous livre son quatrième film. Il se déroule dans les mêmes quartiers du nord-est parisien que les trois précédents, l’excellent Médecin de nuit, Les Anarchistes, Alyah. Il retrouve Vincent Macaigne et Lou Lampros qui jouaient déjà dans Médecin de nuit et Sarah Le Picard (la mère de l’ado disparu dans La Chaleur) à l’affiche de tous ses films. On retrouve son goût et son talent pour décrire des situations ordinaires, intimes, attachantes.

Comète est un film choral. Des destins croisés s’y mêlent, reliés entre eux par un fil plus ou moins ténu. Le genre a ses avantages et ses inconvénients. Avantages : il nous fait découvrir une mosaïque de personnages et d’histoires. Inconvénients : on passe trop vite de l’un à l’autre et on s’attache plus à certains qu’à d’autres.

Le point nodal de cette construction est la salle où se tiennent les répétitions des Trois Sœurs. Le choix de cette pièce, qui met en scène trois sœurs de la petite noblesse russe, encroûtées dans leur campagne, rêvant d’aller vivre à Moscou, interroge : quel rapport a-t-il avec les personnages du film et leurs histoires ? souligne-t-il leur chance de vivre dans une grande métropole ?

La bande-annonce

Seule la vie ★★☆☆

Tout s’effondre pour Barbara lorsque la mort fauche son mari, Heli, et ses deux enfants, Thimo (six ans) et Fini (un an).

Il est difficile d’imaginer pitch plus dramatique que celui de ce film autrichien au titre parfait, Vier minus drei (quatre moins trois), gauchement traduit en français. Le risque était grand que le film inspiré de l’autobiographie de Barbara Pachl-Eberhardt (inédite en français) se noie dans les larmes.

Mais le réalisateur autrichien Adrian Goiginger évite cet écueil. Il y est aidé par la prestation exceptionnelle de Valerie Pachner. On avait découvert cette actrice dans Une vie cachée de Terrence Malick en 2019 – un film auquel j’avais mis zéro ET quatre étoiles – où elle jouait le rôle de l’épouse de l’objecteur de conscience interprété par August Diehl. On l’a revue récemment dans le film égyptien Notre histoire. Elle est ici parfaite, dans un rôle pourtant casse-gueule. Elle est bien sûr dévastée de chagrin mais ne sombre pas dans le pathos.

Héli, le mari de Barbara, était clown. Et tout le film baigne dans l’univers doucement loufoque du cirque. L’enterrement est sa scène la plus réussie. Seul défaut : les flash-backs appuyés qui certes permettent de reconstituer l’histoire du couple et de sa formation, mais qui insistent un peu trop sur le bonheur irénique d’une famille à jamais détruite.

La bande-annonce

La Dernière Séance ★☆☆☆

Samay est un gamin débrouillard, élevé à la dure par un père déclassé, simple vendeur de thé dans la gare d’un petit village du Gujarat. Samay est fasciné par la lumière. Le premier film qu’il voit au Galaxy, le cinéma de la ville voisine, est pour lui une révélation. Avec la complicité de son projectionniste, qu’il a amadoué en partageant avec lui les repas délicieux préparés par sa mère, Samay parvient à se glisser dans la cabine de projection et à s’y initier à la magie du cinéma.

La Dernière Séance est un film sorti en Inde en 2022, qui a représenté l’Inde aux Oscars en 2023. Bizarrement, il a fallu attendre près de quatre ans pour qu’il se fraie un chemin jusqu’aux salles françaises alors même qu’il est déjà disponible sur Netflix. Pourquoi un tel délai ?

Peut-être parce que les distributeurs français n’avaient pas confiance dans le potentiel de ce film, trop indien pour attirer le public français et trop occidental pour séduire les fans de Bollywood. Surtout, c’est sa ressemblance avec Cinema paradiso qui le démonétise : même gamin facétieux, même relation complice nouée avec un vieux projectionniste, même évocation nostalgique des vieilles salles de cinémas bruyantes et de la pellicule argentique.

Samay et ses petits camarades ont beau être attendrissants, il n’y a rien de suffisamment original dans cette Dernière Séance – un titre sacrément éculé depuis le regretté Eddy Mitchell et qui, au surplus, n’a aucun écho dans le film – qui justifie qu’on s’y arrête.

PS : Vérification faite, Eddy Mitchell est toujours de ce monde

La bande-annonce

Sous le ciel de Kyoto ★☆☆☆

Toru est un étudiant timide, en deuxième année à l’université. Solitaire, il n’a qu’un seul ami Yamane. Pour financer ses études, Toru travaille de nuit dans un bain public en compagnie de Sacchan qui est secrètement amoureuse de lui. Mais Toru lui préfère Hana, une camarade de classe à qui il fait assidûment la cour.

J’ai scrupule à parler de ce film qui, dès ses premières images, m’a plongé dans un sommeil cotonneux et dont je n’ai pas pas compris grand-chose, soit que son intrigue était particulièrement alambiquée, soit que ma somnolence m’ait fait raté ses rebondissements les plus signifiants.

Je l’ai trouvé bien long – il dure plus de deux heures – et bien confus. Dans sa première moitié, on pense être face à un trio amoureux classique. Puis après un interminable monologue de Sacchan, il prend une direction imprévue, se leste d’une gravité qu’on n’escomptait pas.

Ce virage-là, pour inattendu qu’il soit, réinstille-t-il un peu d’intérêt dans cette mièvre RomCom ? Pas sûr… Car on est reparti pour une seconde heure interminable dans un tout autre registre, plus sombre, qui se termine par un coup de théâtre passablement crédible. Suffisant pour me réveiller, mais pas assez pour m’enthousiasmer. Maupassant aurait traité la même histoire en quinze pages avec autrement plus de talent.

La bande-annonce

Les Vacances de Golo & Ritchie ☆☆☆☆

Toujours inséparables, Golo, le grand frère souriant et protecteur, aux biscoteaux impressionnants, et Ritchie, autiste à l’humour désarmant, partent en vacances en Camargue.

Les deux amis de la Cité de la Grande Borne à Grigny (91) sont devenus célèbres grâce aux réseaux sociaux : ils ont plus d’un million et demi de followers sur Snapchat, 850.000 sur TikTok, 750.000 sur Instagram. Leur célébrité avait mis la puce à l’oreille à Chi-Fou-mi, la société de production de Hugo Sélignac qui avait demandé à Ahmed Hamidi et à Martin Fougerol de les filmer dans un Marseille-Grigny en tandem. Le film, sobrement intitulé Golo et Ritchie, avait cartonné au box-office en août 2024, dépassant les 400.000 entrées.

Le succès était trop grand pour rester sans suite. Ce second volet sent hélas à plein nez la stratégie marketing : « puisque ça a marché une fois, recommençons ! » Et du succès de ce deuxième/second volet dépendra quasi-mathématiquement le tournage d’un troisième. Hélas, encore hélas….

On avait déjà fait pédaler le duo. Cette fois-ci, on l’envoie en Camargue. Et on lui adjoint un troisième drille, John Café, lui aussi autiste léger. Pourquoi la Camargue ? Pour y retaper un vieux voilier qui sera vendu aux enchères pour financer les vacances des jeunes défavorisés de la Grande Borne ? ou parce que l’office du tourisme du coin a fait à la production un pont d’or, en lui suggérant de mettre en valeur toutes les attractions qu’offre un séjour tout compris chez la torera Marie Sara, l’ex-compagne de Henri Lecomte et du publicitaire Christophe Lambert ? Tout y passe : séance d’aquafitness, initiation à l’équitation, sortie à Aqualand, soirée aux arènes, pèlerinage des Gitans, bird-watching en camouflage (sans doute la scène la plus drôle du film)…

Le résultat dure une heure vingt à peine mais est déjà trop long. Cette accumulation de saynètes ressemble à un long dépliant touristique – qui a certes l’avantage de montrer un éventail de jolies images. On voudrait nous faire rire et nous attendrir. Hélas on ne rit pas souvent. Et quand on rit, c’est avec une certaine gêne pour la part de moquerie qui s’y mêle.

Le film, nous dit Télérama, « fait preuve de pédagogie sur la question de l’autisme ». Il est vrai que l’amitié protectrice de Golo pour Richie, la patience qu’il déploie sont admirables – et auraient justifié qu’on s’y arrête et qu’on l’interroge : d’où lui vient cette empathie ? Mais, pour le surplus (comme on dit au Conseil d’Etat), le regard porté sur l’autisme, les rires que le film veut à tout prix susciter en plaçant Richie et John Café dans des situations propices à les faire naître, m’ont souvent semblé plus malaisants que bienveillants.

La bande-annonce

I Want Your Sex ★★☆☆

Elliot (Cooper Hoffman, fis de feu Philip Seymour Hoffman) est embauché dans la galerie d’Erika Tracy (Olivia Wilde) une célèbre artiste contemporaine en pleine préparation de sa prochaine exposition. Il en devient vite le jouet sexuel.

Gregg Araki est de retour. Ce réalisateur californien d’origine nippo-américaine avait marqué les années 90 avec sa « trilogie de l’adolescence apocalyptique », punk, nihiliste et provocatrice :  Totally F***ed UpThe Doom Generation et Nowhere qui repasse régulièrement en salles – et qui a bien mal vieilli. Il n’avait plus tourné pour le cinéma depuis White Bird, sorti en 2014 et adapté d’un roman (excellent) de Laura Kasischske.

Gregg Araki a vieilli. Il a soixante-six ans. Il s’est embourgeoisé : les galeries d’art trendy ont remplacé les salles de shoot cradingues de ses premiers films. Mais l’Almodovar californien, ouvertement gay et léchant comme le maestro madrilène ses décors pops, est toujours aussi obsédé et déjanté.

I Want Your Sex ne ment pas sur la marchandise. Son titre, son affiche, son interdiction aux moins de douze ans annoncent la couleur. Il y est question de relation SM avec, comme dans l’excellent Babygirl, une executive woman milf domina, et comme dans le non moins excellent Pillion, un banal jeune homme dont la seule qualité semble être son don pour la soumission.

Dans le rôle d’Erika Tracy, Olivia Wilde, la quarantaine fièrement assumée, en fait trop et a bien raison. Ses robes de soirée improbables, ses tenues fétichistes cuir et queer sont hallucinantes.

I Want Your Sex n’est pas seulement une succession d’images provocatrices. C’est aussi une critique des paradoxes de notre société, qui revendique sa désinhibition mais qui, tout bien considéré, reste pudibonde et sentimentale. On aurait pu redouter que l’histoire se termine par un happy end moralisateur – qui aurait vu Elliot se détourner des plaisirs toxiques que lui offre Erika et déclarer enfin sa flamme à Apple, sa coloc et meilleure amie pour la vie. Fort heureusement, le scénario évite ce piège pour une conclusion plus ambiguë.

La bande-annonce

Le Triangle d’or ★★☆☆

Jeune banlieusarde taiseuse, rêvant d’intégrer l’armée, Laura (Malou Khebizi) trouve un emploi grassement rémunéré dans le « triangle d’or » parisien – cet espace délimité par les Champs-Elysées, l’avenue Montaigne et l’avenue Gabriel – dans l’hôtel particulier où un émir saoudien a installé Souria, sa maîtresse (Soundos Mosbah).

Le Triangle d’or est le premier film d’Hélène Rosselet-Ruiz. Elle en a eu l’idée durant sa scolarité à la Fémis et en a même fait un court-métrage au titre faussement sartrien, Les Mains sales. Le sujet est original : comment vivent les riches Saoudiens, les riches Saoudiennes, lorsqu’ils sont de passage à Paris ? qu’abritent leurs palais des mille et une nuits, objet de fantasmes peut-être délirants ? quelles relations entretiennent-ils avec leurs employés (Hélène Rosselet-Ruiz a utilisé les travaux de la sociologue Alizée Delpierre sur la domesticité) ?

Pour nous faire pénétrer dans ce monde mystérieux, le scénario utilise une recette éculée : nous le faire découvrir à travers les yeux d’un Candide qui le découvre en même temps que nous. Ce sera le rôle de Laura, interprété par Malou Khebizi. L’actrice était en tête d’affiche de Diamant brut. Elle est méconnaissable dans son second film : la bimbo varoise peroxydée juchée sur des hauts talons improbables a laissé la place à une petite soldate hommasse et hypersportive. La capacité de Malou Khebizi à se glisser successivement dans ses deux rôles, si différents, force l’admiration.

La bande-annonce laissait augurer un pur thriller. Le film est un peu différent. Il se focalise sur la relation qui se construit entre Souria et Lara. Lara, qui découvre avec un mélange de fascination et d’horreur la prison dorée dans laquelle sa patronne est claquemurée, est d’abord maltraitée par Souria avant de devenir sa confidente. L’histoire prend ici des raccourcis peu crédibles. Les deux femmes deviennent alliées face à la violence masculine. Le simplisme du schéma est atténué par un troisième personnage masculin : le chauffeur, interprété par l’acteur Ziad Bakri qu’on vient de voir dans Le Passage et qu’on avait découvert dans Les Barbares.

Le Triangle d’or pâtit de la faiblesse de son scénario pépère mais n’en reste pas moins une plongée sociologique fascinante dans un monde rarement documenté.

La bande-annonce

Les Matins merveilleux ★★★☆

Charlie (India Hair), la trentaine, vient de perdre sa grand-mère, qui l’a élevée après la mort de sa mère emportée dans la fleur de l’âge par un cancer du sein fulgurant. Pour exécuter ses volontés, elle gagne Cavalière, dans le sud de la France, près de Toulon, pour y restituer à Titou (Eric Cantona) un lot de vieux vinyles trouvés dans l’héritage. Sur place, Charlie fait la connaissance de Marina (Raya Martigny).

Les Matins merveilleux est un petit film français qui ne paie pas de mine et qui m’a ravi. Ce n’est pas un film sur le deuil, comme le début de son pitch pourrait le laisser augurer, la mort de la grand-mère de Charlie ne servant que de prétexte à une intrigue qui se déploie bientôt près de la Méditerranée à une encâblure des îles d’Hyères.

Son histoire peut sembler trop prévisible : on voit venir, gros comme un camion, que Charlie découvrira que Titou est en fait le père dont sa mère ne lui avait jamais révélé l’identité. Mais fort heureusement, le scénario évite cette révélation trop téléphonée et prend une autre direction que je n’avais pas imaginée.

J’ai été enthousiasmé par ce film, projeté à Cannes hors compétition, pour deux raisons. La première est la prestation d’India Hair, qu’on voit régulièrement depuis une dizaine d’années. Elle fut nommée deux fois au César du meilleur espoir féminin : en 2013 pour Camille redouble et en 2021 pour Poissonsexe ; mais, à presque quarante ans, elle a désormais sauté la case de la jeune première prometteuse pour devenir une actrice installée au centre du cinéma français et en haut de ses affiches : Mandibules, Trois amies, Les Barbares… Elle n’est que bienveillance dans ces Matins merveilleux, toujours positive, toujours aimable, au point qu’on se demande si elle ne va pas verser dans l’excès de bonnes manières. C’est la fille avec qui on adorerait passer la soirée, la journée et pourquoi pas les vacances tant la vie semble simple et sans complication auprès d’elle.

La seconde est Raya Martigny, top model transgenre qui a grandi à La Réunion et dont le 1m92 a arpenté les catwalks avant de passer devant la caméra. Iel est d’une beauté folle et surtout d’un naturel désarmant dans cette histoire où sa transidentité n’est jamais questionnée, semble aller de soi pour tous ceux qui évoluent autour d’elle, qu’il s’agisse de son ancien petit ami qui aimerait tant renouer avec elle ou de Charlie qui découvre auprès d’elle une nouvelle vie.

La bande-annonce

Le Passage ★☆☆☆

Amira (Yasmine Al Masri vue dans Palestine 36) travaille dans un hôpital à Chicago. Le soir de son anniversaire, elle se souvient. Plusieurs années plus tôt, alors qu’elle célébrait son anniversaire en famille, à Alep en Syrie, une bombe était tombée sur l’appartement de son père. Elle avait alors pris la décision de quitter immédiatement le pays avec sa fille. Sur le chemin qui devait la mener jusqu’aux Etats-Unis, elle croisa plusieurs personnes : un soldat qui l’aida au péril de sa vie à franchir la frontière, un passeur (Omar Sy), un poète et le capitaine d’une corvette de secours grecque.

Introduit par une citation de Shakespeare d’une troublante modernité sur les réfugiés et leur sort terrible, Le Passage raconte le parcours terrible d’une femme syrienne qui fuit son pays. Son suspense est en partie gâché par sa structure en flash-back : on sait dès la première image qu’Amira a atteint sa destination.

Le Passage est organisé en cinq chapitres, chacun se focalisant sur un personnage – il n’y avait manifestement sur l’affiche la place que pour quatre hélas. Cette structure kaléidoscopique est, par construction, très stimulante, qui change avec chaque personnage, la focale du récit. Mais, répétée cinq fois métronomiquement, elle devient à la longue un peu trop mécanique.

Omar Sy – qu’on n’avait plus vu sur grand écran depuis longtemps – y joue à contre-emploi le rôle d’un passeur cynique et brutal. Mal dirigé, on le sent mal à l’aise avec un rôle qui n’était pas fait pour lui. Un acteur avec un sourire pareil ne peut décidément pas jouer un méchant.

Le Passage est un film américain tourné fin 2023 qui, après avoir fait la tournée des festivals, a connu une sortie timide aux Etats-Unis puis en France. Ses mauvais résultats ont été loin d’équilibrer son budget. Après deux semaines d’exploitation en France, Le Passage a enregistré 63.000 entrées à peine. La faute à une actualité écrasée par la sortie, le même jour de L’Odyssée qui a attiré immédiatement des millions de spectateurs. La faute aussi aux défauts intrinsèques du Passage, trop démonstratif, trop manichéen.

La bande-annonce