On l’appelait Robin des Bois ★☆☆☆

Robin des Bois (Hugh Jackman) est un homme vieillissant et solitaire, loin de la légende dorée qui s’est forgée autour de son nom. Il est rongé par le remords des crimes qu’il a commis et prisonnier de la vendetta dont il est la cible. Lorsque Petit Jean vient lui demander son aide pour une ultime entreprise, il la lui accorde avec hésitation. Il se retrouve bientôt sur une île isolée, dans un prieuré, l’hôte de la mère supérieure (Jodie Comer) et d’un mystérieux lépreux.

The Death of Robin Hood résonne avec plusieurs films. Le premier est La Rose et la Flèche de Richard Lester, un film de 1976 avec Sean Connery et Audrey Hepburn, qui mettait déjà en scène un Robin des Bois vieillissant. Je l’ai vu tout gamin à la télévision. Ce film m’avait traumatisé. Pour moi, Robin des Bois était à jamais un héros jeune et vif, sautillant dans un juste-au-corps vert, comme dans le dessin animé de Walt Disney ou dans le film avec Errol Flynn. Le voir sur son lit de mort, vieux et usé, était, pour l’enfant que j’étais, inimaginable.
Le second est Logan, un film de 2017 avec Hugh Jackman dans le rôle d’un Wolverine vieillissant.

La critique a eu la dent dure contre ce film. Et il faut bien reconnaître qu’elle a eu raison. Il baigne dans une violence crue, parfois gratuite, qui justifie amplement son interdiction aux moins de douze ans. Il souffre surtout d’un scénario atone qui, une fois Robin réfugié sur son ile sous une fausse identité, fait du surplace avant un épilogue qui rappellera celui de La Rose et la Flèche.

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In Waves ★☆☆☆

AJ est un adolescent timide, passionné de skate et de dessin. Il fait la connaissance de Kristen. C’est le coup de foudre. Elle l’initie au surf et lui fait découvrir l’histoire du surf. Mais Kristen est atteinte d’un cancer des os.

In Waves est l’adaptation du roman graphique éponyme  d’un dessinateur américain d’origine philippine, AJ Dungo. II avait fait sensation à Angoulême en 2020. Ses droits ont été achetés par une petite société de production française, Silex Films, qui a confié la réalisation à une Française d’origine vietnamienne, Phuong Mai Nguyen, remarquée pour son travail à la télévision sur la série Culottées, adaptée de la BD de Pénélope Bagieu.

La BD d’AJ Dungo racontait à parts égales, dans deux styles graphiques nettement différents, l’histoire d’amour entre AJ et Kristen et l’histoire du surf né à Hawaï en résistance au colonisateur britannique puis américain. Le film se focalise, lui, sur le couple d’amoureux.

In Waves fait écho à André Is An Idiot sorti cette semaine également. Ces deux films racontent la même histoire – la mort inéluctable d’un malade atteint d’un cancer incurable – dans deux styles qui ne pourraient pas être plus radicalement différents. André Is An Idiot est une autobiographie pleine d’auto-dérision qui prend le parti de rire de la mort qui vient ; In Waves est un mélo romantique façon Love Story à faire pleurer des pierres. Mis côte à côte, ils offrent un aperçu saisissant de la richesse créatrice du septième art.

Il faudrait avoir vingt ans max pour apprécier le mieux ce mélo mielleux. Passé cet âge fatidique, dont je ne laisserai personne dire que ce n’est pas le plus bel âge de la vie, je crains qu’on trouve ce film, aussi touchant soit-il, un peu mièvre.

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Miss Mermaid ☆☆☆☆

La vie n’est pas très gaie pour Fanny (Aloïse Sauvage). Récemment divorcée, elle est retournée vivre chez ses parents. Cette jeune fécampoise tire le diable par la queue. Son travail de nuit dans une poissonnerie industrielle ne lui suffit pas pour rembourser ses dettes. Mais Fanny découvre via Internet un monde qui la fait rêver : le mermaiding.

J’aurais appris grâce à ce film un mot et un monde dont j’ignorais tout. Le mermaiding, la nage artistique en costume de sirène, nous vient des Etats-Unis.

Au départ, Pauline Brunner et Marion Verlé ont eu l’idée de consacrer un documentaire à Alexia Colibert, la « sirène de Fécamp ». Cette personnalité haute en couleurs a ensuite suscité chez les deux jeunes réalisatrices l’idée d’une fiction.

Celle-ci est noyée (c’est le cas de le dire !) de bons sentiments. Tout y est : divorce, surendettement, condition ouvrière… On se croirait dans un film des frères Dardenne passé à la moulinette de Plus belle la vie. Aloïse Sauvage a beau donner de sa personne et mouiller le maillot (sic !), son énergie sacrément communicative, couplée à celles de Thomas VDB en pêcheur grincheux au grand cœur et d’Annie Mercier en Mamie Nova de combat, ne suffisent pas à hisser cette comédie racoleuse au-dessus du tout-venant télévisuel.

Le film fait pschitttt…. ou splash.

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Notre histoire – Chroniques du Caire ★★☆☆

Né d’un père égyptien et d’une mère autrichienne, Abu Bakr Shawky raconte l’histoire de ses parents et de leur rencontre dans les années 70.

Notre histoire est une coproduction internationale tournée en Égypte et en Autriche. Elle a le parfum intemporel des fresques familiales. Elle a aussi celui d’une pièce de théâtre puisqu’elle ne sort quasiment jamais du petit appartement où s’entassent les membres de la famille Shawky : le père et la mère d’Ahmed, ses deux frères, son oncle…

On pense à L’Immeuble Yacoubian, aux romans d’Alaa al-Aswany pour la bruyante exubérance de tout ce petit monde. On pense aussi aux documentaires autobiographiques de Namir Abdel Messeeh (La Vierge, les Coptes et moi, La Vie après Siham) et à leur sens de l’auto-dérision. On pense enfin aux comédies italiennes des années 70 de Dino Risi ou d’Ettore Scola.

En arrière-plan, Notre histoire avec une minuscule raconte la grande histoire avec une majuscule. Celle de l’Égypte de Nasser, battue en 1967 pendant la guerre des Six-Jours. Celle de Sadate, battue en 1973 lors de la guerre du Kippour, qui laissera paradoxalement en Égypte un souvenir glorieux. Une Égypte dont les citoyens ont le sentiment honteux d’être les éternels vaincus de l’histoire, à la guerre comme au football.

On crie beaucoup chez les Shawky. On y crie autant qu’on y s’aime. L’arrivée d’un corps étranger en la personne de Liz, la correspondante autrichienne devenue, après un séjour d’Ahmed en Autriche, sa fiancée, pourrait remettre en cause l’harmonie familiale. Mais, il n’y a aucun mauvais sentiment dans ce feel-good-movie. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. En tout cas, ils en eurent un…. qui rend hommage à ses aïeux cinquante ans plus tard dans ce beau film autobiographique placé sous le signe de la nostalgie.

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André Is An Idiot ★★★☆

Après avoir dédaigné effectuer le test de dépistage du cancer colo-rectal, André Ricciardi se voit diagnostiqué à cinquante-deux ans un cancer de phase IV. Ce publicitaire californien iconoclaste décide de filmer les derniers mois de sa vie.

André est un idiot devrait être remboursé par la Sécu. Pour deux raisons au moins. La première : c’est une pub d’1h30 pour le dépistage du cancer colo-rectal. Chaque quinquagénaire de France et de Navarre aura reçu, aux alentours de son cinquantième anniversaire, une enveloppe rembourrée de l’Assurance-maladie l’invitant à lui envoyer, par retour de courrier, un échantillon de ses fèces. 30 % d’entre nous seulement effectuent ce test qui permet de dépister ce cancer à un stade précoce et de le traiter efficacement (un cancer colo-rectal de phase 1 est guéri dans 99 % des cas). Les autres, atteints de « paresse administrative », convaincus d’être immortels ou dégouttés à l’idée de déféquer dans une enveloppe, négligent ce dépistage. André Ricciardi fut de ceux-là…. et en est mort trois ans et demi plus tard.

La seconde : en filmant sa lutte contre le cancer, André Ricciardi nous livre une fantastique leçon de vie. Les stoïciens et les épicuriens prônaient deux stratégies radicalement opposées pour se préparer à la mort. Les premiers recommandaient d’y penser chaque jour, les seconds de n’y penser jamais. André Ricciardi en préconise une troisième : en rire.

Avec beaucoup d’auto-dérision, il rit de lui-même et de son « idiotie ». Cela commence dès le premier plan, qu’on découvre dans un éclat de rire… et une grimace de douleur. Et cela continue pendant la quasi-totalité du film jusqu’à son extrême fin où il faut peut-être, comme le psy d’André le lui recommande, accepter que la mort est une chose sérieuse. André est un comique-né. Tout pour lui est sujet à plaisanterie, y compris sa propre mort.

André Ricciardi nous dévoile, sans en rien cacher, la réalité crue d’une chimiothérapie, les nausées, l’amaigrissement et les cheveux qui tombent (et Dieu sait qu’il en avait beaucoup !). Il nous montre son corps décharné, ses traits creusés, cadavériques, son abdomen gonflé par l’ascite. Les images sont dures, presque insoutenables. Il a la chance d’être formidablement entouré, par sa femme Janice dont il raconte les circonstances rocambolesques de son mariage, par ses deux filles adorables, par sa famille, par ses amis, mais aussi la conscience aiguë de la douleur que sa fin prochaine leur cause.

André is an idiot est une formidable leçon de vie, une formidable leçon de mort. Il nous enseigne que le rire et l’auto-dérision sont de formidables antidotes et que l’amour de ses proches est le plus puissant des remèdes. Si vous avez un cancer en phase terminale, ce film vous aidera peut-être ; si vous n’en avez pas (encore) un, il vous aidera certainement !

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