Les Roches rouges ★★☆☆

Sur les bords de la Méditerranée, à Anthéor, dans le massif de l’Estérel, six gamins laissés à eux-mêmes jouent sur les roches rouges.

Bruno Dumont est, on le sait, un cinéaste radical. Radical par la forme de ses films. Radical par les sujets qu’il aborde. Je l’ai découvert avec La Vie de Jésus et L’Humanité, ses premiers films, à la fin des années quatre-vingt-dix, tournés dans ce Nord dont il est originaire, filmant une réalité sociale au scalpel. Puis lentement, Dumont m’a perdu. Son cinéma a pris avec Hors Satan et Camille Claudel 1915 un tour de plus en plus élégiaque. Le mysticisme dans lequel baignaient ses œuvres m’impressionnait autant qu’il me rebutait. « Pas mon kiff » comme le disent les jeunes d’aujourd’hui. Le divorce était consommé avec Ma Loute dont les bouffonneries outrées ont achevé de m’en détourner. Jeanne et L’Empire n’ont pas arrangé les choses : à tous les deux, j’ai mis un zéro pointé et crié à l’imposture.

Il fait une fois de plus avec ces Roches rouges, tourné loin de ses terres natales et septentrionales, un pari audacieux : filmer de très jeunes enfants. Son acteur principal a cinq ans à peine. À cet âge-là, un enfant est une boule d’énergie sous pression, incontrôlable, quasiment sourd à toute injonction et a fortiori à toute indication de jeu. On imagine sans peine les difficultés du tournage, ses échecs, ses moments de pur miracle aussi qu’un montage intelligent a su capter et mettre en valeur.

Il y a de la pure jubilation de cinéma dans la façon de Dumont de filmer, en 20mm, sans profondeur de champ, les paysages de carte postale de l’Esterel, ce littoral parfaitement découpé, ses contrastes de couleur et ces fameuses roches rouges qui plongent à pic dans une mer cristalline.

Le scénario des Roches rouges se réduit à rien ou à pas grand chose. Il imagine une idylle entre Léo et Eve qui appartiennent à deux bandes rivales façon Capulet & Montaigu. La passion qui rapproche les deux enfants est à la fois émouvante et malaisante : on s’interroge sur la part d’artificialité que le scénario y a mise, contraignant les très jeunes enfants à l’expression de sentiments qui ne sont pas de leur âge.

C’est d’ailleurs là que se situe à mon sens la principale limite du film, sinon le cul-de-sac dans lequel il se retrouve coincé : une sorte d’adulto-morphisme ou le penchant coupable d’avoir voulu à tout prix prêter à ces enfants des émotions d’adultes.

La bande-annonce

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *