Octobre à Paris ★★☆☆

Le 17 octobre 1961, quelque trente mille Algériens défilaient à Paris en trois cortèges , vers l’Etoile, sur les Grands-Boulevards et boulevard Saint-Michel,  pour demander l’assouplissement du couvre-feu qui les frappait. La manifestation a été sévèrement réprimée. Le nombre de morts fait aujourd’hui encore l’objet de polémiques : plus d’une centaine selon les estimations les plus fines.

Jacques Panijel, ancien résistant, communiste, co-fondateur  en 1957 du Comité Audin contre la Guerre d’Algérie a voulu immédiatement documenter ces violences. Après s’être heurté au refus tacite de plusieurs réalisateurs, il a décidé de tourner lui-même un documentaire. Son amateurisme est patent. Mais il serait bien mesquin de lui en faire le reproche.

Achevé en 1962, Octobre à Paris a dû attendre plus de dix ans pour obtenir en 1973 un visa d’exploitation. Il n’est sorti en salles qu’en 2011. Le documentaire compte trois parties. La première est consacrée aux violences subies par la communauté algérienne, suspectée de complicité avec le FLN, marginalisée dans les ghettos insalubres de Nanterre et de Gennevilliers. La deuxième concerne la manifestation proprement dite grâce aux photos et aux courtes captures vidéo de l’époque. La troisième en montre les suites et se clôt par une vibrante dénonciation du racisme qui, quelques années plus tôt, avait frappé les Juifs de France et qui, en ce début des années 1960, frappait les immigrés algériens.

La ressortie en octobre 2026 de ce documentaire est particulièrement pertinente. D’une part, elle rappelle à ceux qui ont oublié ces événements leur violence. Ainsi de David Lisnard qui, sur le plateau de LCI a déclaré qu’il n’en avait « rien à foutre » parce qu’il n’était « pas né » en 1961. D’autre part, elle montre à ceux qui se scandalisent des exactions policières en 2026 et dénoncent les violations des libertés publiques quel degré de violence les forces de l’ordre pouvaient atteindre et ce qu’est réellement un régime liberticide.

La bande-annonce

Le Monde à l’endroit ★☆☆☆

La documentariste Sylvie Meyer rend compte du travail de Muriel Salmona, psychiatre spécialisée dans la prise en charge des violences sexuelles. Elle a isolé quatre dossiers et en a reconstitué le dispositif en mettant face à face le patient ou la patiente et son praticien. Dans les trois premières de ces quatre scènes m, le personnage de la psychiatre est interprété par trois actrices (qui ont elles-mêmes dans leurs histoires eu à connaître des épisodes violents) : Isilde Le Besco, Sandrine Bonnaire et Marianne Denicourt. Muriel Salmona n’apparaît que dans l’ultime épisode.

Le Monde à l’endroit a une vertu cardinale. Il met le doigt sur l’horreur longtemps tue des violences sexuelles pédophiles et les traumatismes au long cours qu’elles causent sur leurs victimes. Il en démonte méticuleusement les mécanismes désormais bien connus à travers quatre cas emblématiques : une mineure victime d’un prédateur rencontré sur un jeu en ligne, une sportive de haut niveau (la footballeuse Mélanie Plaza qui joue à visage découvert son propre rôle), un garçonnet et deux sœurs violées à tour de rôle pendant des années par leur père.

Malheureusement Le Monde à l’endroit a fait un pari qui s’avère raté : celui de faire endosser par des actrices le rôle de Muriel Salmona. On a beau connaître et aimer les trois actrices talentueuses, leur interprétation est creuse, artificielle, ainsi que celle de l’actrice recrutée dans la première scène pour jouer le rôle de la patiente. Les dialogues sonnent terriblement faux. Par contraste, le dernier épisode, où l’on voit enfin la vraie Muriel Salmona est criant de vérité.

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