
À Sarcelles, à la fin des 90ies, Erika (Hafsia Herzi) élève seule Abi et Yoni, les deux enfants qu’elle a eus de deux pères différents. Son aînée fantasme un père qu’elle n’a jamais connu et qui refuse obstinément le moindre contact. Erika ne sait pas comment gérer ce manque.
Rudi Rosenberg avait signé en 2015 un premier long fort réussi, dans un genre pourtant essoré, celui du film de collège, Le Nouveau. Il a fallu attendre plus de dix ans son second film, qu’il a souhaité tourner à Sarcelles avec une équipe composée uniquement d’acteurs amateurs. Son producteur a fini par le convaincre de recruter une tête d’affiche bankable pour « tirer » le film. Le choix s’est porté sur Hafsia Herzi – qui présentait à Cannes un autre film, celui-ci en compétition officielle, Histoires de la Nuit. J’ai déjà dit ici souvent les réticences que m’inspirait cette actrice qui connaît pourtant un grand succès, devant comme derrière la caméra. Je ne les répèterai pas : je ne supporte pas sa moue boudeuse, son jeu monotone et sa volumineuse chevelure qu’elle passe son temps à modifier et à caresser. On a évidemment le droit de ne pas partager mon opinion éminemment subjective.
Le film de Rudi Rosenberg fait écho à celui de Toledano & Nakache, Juste une illusion. Comme lui, il se déroule au siècle dernier, avant le téléphone portable et les réseaux sociaux. Comme lui, il a pour cadre la banlieue parisienne. Comme lui, il carbure à la nostalgie, nostalgie d’un vivre-ensemble révolu (et fantasmé ?) avant la montée du communautarisme, de l’islamisme et de l’antisémitisme.
Mais la comparaison s’arrête là. Quelques mots d’amour ne joue pas dans la même catégorie que Juste une illusion. Sur tous les tableaux, il lui est inférieur, même si ses dialogues font souvent mouche et ses personnages secondaires sont délicieusement croqués.
Le problème, ce sont les personnages principaux et l’intrigue. Elle repose tout entière sur un ressort grippé : la quête par Abi d’un père absent. Hélas, cette quête est vidée d’enjeu car on comprend dès le départ que ledit géniteur est un égoïste qui ne souhaite entretenir aucun contact avec cet enfant qu’il n’a pas désiré. L’enjeu du film se déplace : il ne s’agit plus de savoir si Abi retrouvera son père mais comment elle réagira au refus de celui-ci de la revoir. Mais ce nouvel enjeu s’avère lui-même bien pauvre puisqu’il oscille entre deux pôles : la colère et la résignation.