Loin de moi la colère ★☆☆☆

« Loin de moi la colère », Tchémouénia en guéré, est le nom de baptême donné à l’héroïne de ce documentaire, Josiane dite « maman Jo ». Cette veuve s’est donné une mission : aider à rétablir la concorde au sein d’une population divisée, celle de sa région natale, située dans l’Ouest montagneux de la Côte d’Ivoire, à la frontière du Libéria.

Elle va de village en village, à la rencontre de ses habitants, pour recueillir leurs témoignages, souvent déchirants, sur les épreuves qu’ils ont traversées, les drames qu’ils ont vécus, et pour les inviter à pardonner et à réapprendre à vivre ensemble. Tous ensemble, ils construisent un apatam, une case circulaire sous laquelle les habitants pourront se retrouver.

La figure de « maman Jo » est admirable. Elle inspire le respect. Sa démarche est remarquable. L’amour qu’elle manifeste à sa petite-fille, à laquelle elle a transmis son nom, en la talquant, en l’enduisant de beurre de karité, est émouvant.

Mais cette accumulation de bons sentiments ne suffit pas à faire un film. Joël Akafou (Traverser) ne facilite pas la tâche des spectateurs en ne contextualisant pas la situation politique de l’Ouest ivoirien et les affrontements qui y ont fait rage (en 2000 ? en 2011 ?). Ce documentaire, trop bavard, devient vite incompréhensible.

La bande-annonce

Le Dernier Vrai Samouraï ★☆☆☆

Shinzaemon Kosaka est un samouraï du clan Aizu qui se bat à la fin de l’époque Edo pour le shogun. Lors d’un épique combat au sabre, Kosaka est mystérieusement projeté dans le temps à l’époque contemporaine. Il débarque sur le tournage d’un film historique où son accoutrement et sa pratique du sabre lui donnent une crédibilité étonnante.

Ce film japonais a connu un étrange destin. Réalisé avec trois bouts de ficelle par une bande d’amis sous la direction d’un réalisateur néophyte, il a dépassé le milliard de yens de recettes en salles, soit quarante fois son budget. Ce succès national a entraîné sa sortie à l’étranger, aux États-Unis d’abord, sous le titre A Samurai in Time, puis en France dans quelques salles. Un public nombreux et enthousiaste s’y presse. J’ai bien failli ne pas trouver de places dans la salle 37, comble, de l’UGC des Halles.

Le Dernier Vrai Samouraï joue sur le voyage dans le temps, façon Hibernatus ou Les Visiteurs, et la stupéfaction qu’il crée chez ceux qui en font l’expérience déroutante. Bien évidemment, la situation est l’occasion de quelques scènes cocasses où on partage la stupéfaction et l’incompréhension de Kosaka quand il découvre le Japon du XXIème siècle, cent-quarante ans après la chute du shogunat à la défense duquel il avait consacré sa vie.

Mais l’essentiel du film n’est pas là. Il s’agit plutôt d’un hommage rendu à un genre bien précis, le jidaigeki, un lointain cousin japonais de nos films de cape et d’épée, mettant en scène des samouraïs pendant la période Edo. Le jidaigeki, longtemps populaire, est un genre en désaffection. Et Kosaka, qui est recruté comme cascadeur sur le tournage de plusieurs séries, en est à la fois l’acteur et le témoin.

On aurait volontiers imaginé que le film joue sur l’idée de la perte des valeurs portées par les samouraïs et de leur nostalgie. Mais, cette idée là restera à l’arrière-plan au détriment d’une bifurcation dans le scénario avec le tournage d’un grand film avec le plus célèbre acteur de jidaigeki, Kyoichiro Kazami, dont Kosaka découvrira bientôt le secret des origines. La seconde moitié du film est l’histoire de la relation entre les deux hommes et de leur complicité grandissante jusqu’au combat final qui les oppose devant les caméras.

Le film est trop long – il dure plus de deux heures. L’exotisme de ses débuts se dissipe bien vite. Certes, on passe un moment distrayant devant ce film original. Mais la mise en scène et le scénario sont trop sages pour laisser une marque durable.

La bande-annonce

Ma famille chérie ★★☆☆

Dans la famille d’Estelle (Elodie Bouchez), mère courage de trois enfants et épouse battue par un mari romain et toxique (Stefano Cassetti), je demande la mère : une diva irlandaise aussi aimante qu’autocentrée (Marisa Berenson). Je demande le père, qui a abandonné jadis sa femme et ses enfants et dont les cendres sont à présent l’objet d’une ultime réunion familiale. Je demande la sœur aînée : Jeanne Balibar, sa voix melliflue et ses répliques cinglantes. Je demande le frère cadet, qui avait rompu toute relation avec sa famille et qui, tel l’enfant prodigue, revient au foyer vingt ans après un drame enfoui.

Isild Le Besco, qu’on avait connue si frêle et qu’on découvre gironde, n’en finit pas de creuser un sillon original dans le cinéma français. La sœur de Maïwenn – avec laquelle, nous dit la presse people, elle a rompu tout lien – fut très jeune une enfant de la balle, tournant encore mineure Sade sous la direction de Benoît Jacquot, contre lequel elle a porté plainte vingt-cinq ans plus tard avec Anna Mouglalis et Judith Godrèche. Puis elle est passée derrière la caméra, réalisant par exemple La Belle Occasion.

La quarantaine resplendissante, elle est au four et au moulin de son dernier film Productrice, réalisatrice, comédienne, elle en a écrit le scénario et en a assuré le montage. Son frère aîné est à la photographie, son fils cadet interprète l’un des enfants d’Estelle. Bref, on est en famille et entre copains. Le tournage a eu lieu dans les champs de lavande de la Drôme où Isild Le Besco vit à l’année et à Wimille dans le Pas-de-Calais à une encablure du cap Gris-Nez.

Cette réalisation avec trois bouts de ficelle rend l’entreprise fort sympathique mais en constitue aussi la limite. Certes, Ma famille chérie est d’une grande spontanéité, laissant la part belle à l’improvisation d’un casting cinq étoiles. Mais le son est décidément trop mauvais. Et le scénario présente de coupables faiblesses. Ainsi de son premier quart d’heure qui se déroule dans un superbe appartement romain où on découvre le piège dont Estelle est prisonnière et dont elle a l’énergie de s’évader : le film nous lance dans une direction et un univers qu’il a le tort d’oublier ensuite.

Le titre du film doit évidemment se comprendre par antiphrase. La famille est depuis toujours chez Isild Le Besco, comme chez Maïwenn, le terreau autobiographique de toutes les névroses. C’est à la fois un refuge et un bouillon de culture. Ses déchirements n’offrent toutefois pas grand-chose d’inattendu. Un vague suspense se noue autour du drame fondateur qui a traumatisé la famille et provoqué l’exil du jeune frère et de son père. Mais des flashbacks dispensables dissipent bien vite le mystère. Le film, fleuve tranquille, suit gentiment son cours vers une conclusion apaisée, que les protagonistes ont sans doute pris plus de plaisir à jouer que les spectateurs à la regarder.

La bande-annonce

Eruption ★☆☆☆

Bethany (Charli XCX) est en vacances à Varsovie pour quelques jours avec Rob (Will Maden) son fiancé qui veut profiter de ce voyage pour lui faire officiellement sa demande en mariage. Si Rob n’a jamais mis les pieds à Varsovie, Bethany connaît bien la ville ; elle y est venue plusieurs fois ; elle y entretient une relation au long cours, depuis son adolescence, avec Neil (Lena Góra), une Polonaise lesbienne.

Eruption est un film cosmopolite tourné à Varsovie sous la direction d’un réalisateur américain avec une actrice britannique, star de l’hyperpop qui a décidé de mener carrière au cinéma. Son tournage, nous dit le dossier de presse, a laissé une grande place à l’improvisation.

Le résultat est sympathique. On y voit une Varsovie estivale, une ville moderne et européenne, loin de l’image lugubre et soviétique qu’en renvoyaient les films de Kieslowski. Son personnage principal est à la croisée des chemins : elle est sur le point de s’engager dans une relation maritale confortable mais sans passion et a gardé la nostalgie des émois du cœur et du corps que son amie polonaise provoque à chacune de leurs rencontres.

L’histoire de ce trio est joliment posée. Mais, au milieu du film, qui dure une heure onze à peine, le scénario, faute d’avoir été suffisamment travaillé, souffre d’un gros coup de mou. Comme si le réalisateur n’avait pas su que faire de ses personnages. Dommage…

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La Bataille de Gaulle – Partie 2 : J’écris ton nom ★★☆☆

Après le premier volet sorti le 3 juin, le second du diptyque d’Antonin Baudry, en salles depuis samedi, reprend en 1943 au lendemain du débarquement allié en Afrique du Nord. S’il a conquis la confiance de Churchill (Simon Russell Beale), de Gaulle (Simon Abkarian) peine à convaincre Roosevelt (Campbell Scott) de sa légitimité, qui lui préfère Giraud (Thierry Lhermitte). Pour asseoir son autorité et éviter que la France devienne, après la victoire alliée, un protectorat américain, le chef de la France libre dispose de deux atouts : sur le front extérieur, le courage et la pugnacité des troupes de Leclerc (Niels Schneider), sur le front intérieur, le travail silencieux de Jean Moulin (Félix Kysyl) qui réussit à unifier la Résistance au péril de sa vie.

Vous avez aimé la première partie ? Courez voir la seconde. Elle en constitue le parfait prolongement. Vous avez trouvé au contraire le début de ce diptyque inutilement grandiloquent (poke mon épouse) ? Dispensez-vous de voir sa fin.

Tout y est exaltant et exalté : le montage, la musique omniprésente, le jeu des acteurs… Le film ne connaît aucun répit. On ne regarde pas une seule fois sa montre, sinon peut-être vers la fin de la deuxième heure, où on se demande s’il restera suffisamment de temps pour débarquer en France et libérer Paris ou si les dernières pages de la guerre seront traitées dans une troisième partie dont on n’avait pas entendu parler.

Le problème selon moi de ce De Gaulle est le décalage pour ne pas dire la dissonance entre la forme et le fond. La forme est celle somme toute très classique du film de guerre, boostée par les dizaines de millions de budget de cette superproduction et de ses effets spéciaux, avec son lot de scènes épiques.

Le fond lui est tout autre. L’histoire de De Gaulle, comme le montre d’ailleurs la biographie de Julian Jackson à laquelle le film est très fidèle, n’est pas celle d’un combat à mort avec l’occupant allemand. Les nazis sont d’ailleurs étonnamment absents des cinq heures du diptyque. On n’en voit quasiment aucun : ni Hitler, ni Rommel, ni von Choltitz, ni même Barbie qui torture pourtant Moulin à Montluc.
L’histoire de De Gaulle, beaucoup plus politique, beaucoup moins cinématographique, c’est faire admettre par les Britanniques et les Américains, alors que la France de Weygand et de Reynaud est vaincue, alors que la France de Vichy sombre dans le déshonneur de la collaboration, qu’il incarne encore une France éternelle avec les soldats de la France libre, à Londres et en Afrique, et quelques résistants courageux en métropole.

Le problème du film d’Antonin Baudry à mon sens est, tout en étant très respectueux de la vérité historique de De Gaulle, d’avoir voulu à tout prix réaliser un film de guerre, alors que son sujet ne s’y prêtait pas. Un exemple : la rivalité entre de Gaulle et Giraud, qui occupe presque la moitié du film et qui se résout autour d’une table de réunion sans qu’on comprenne pourquoi Giraud renonce si vite au poste que les Américains lui avaient réservé.

De ce point de vue, L’Armée des ombres ou Lacombe Lucien ou même Paris brûle-t-il ? sont autrement plus réussis. Leur forme correspond à leur sujet.

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Maspalomas ★★☆☆

Vicente a soixante-seize ans. Vingt-cinq ans plus tôt, il a eu le courage de quitter sa femme et sa fille pour partir vivre avec Esteban, son amoureux. Depuis sa rupture avec son compagnon, il partage avec Roman, un vieil ami, un appartement à Maspalomas, la cité balnéaire gay des Canaries. Mais un AVC le foudroie. Vieilli de dix ans, hémiplégique, il est interné par sa fille dans une maison de retraite sinistre au Pays basque.

L’affiche du film et son premier quart d’heure rappellent L’Inconnu du lac de Garaudie ou Jim Queen, l’hilarant film d’animation sorti le même jour que Maspalomas : ils sont joyeusement transgressifs, gay et gais. Brutale rupture de ton après l’apparition du titre : l’action se déplace dans le Nord, pluvieux et gris, de l’Espagne. Plus de gaîté, plus de gays, sinon l’aide-soignant séduisant de Vicente, Iñaki.

Quel est le thème principal de Maspalomas ? L’homosexualité au troisième âge ? C’était le sujet que sa bande (si j’ose dire) -annonce m’avait laissé augurer. Le sujet est passionnant. Peut-on être homosexuel à soixante-dix ans passés à Mykonos ou à Maspalomas, sur une plage nudiste, dans une marche des fiertés, dans un gang bang sous poppers ? Comment les plaisirs de la chair et les emballements du cœur se concilient-ils avec une chair de plus en plus flasque et un cœur de moins en moins solide ? À quel moment doit-on renoncer au sexe, s’il faut un jour y renoncer ? L’amour et la tendresse s’y substituent-ils ? Le renoncement est-il douloureux ?

Autant de questions que le sujet pose et que le film que j’imaginais aurait pu poser. Mais on ne voit pas toujours les films qu’on imaginait. Tant pis ou tant mieux. Faut-il leur en faire le reproche ?

Le sujet de Maspalomas n’est pas tant la fin de vie que l’éternel retour. Vicente, paralysé par une hémiplégie, a l’impression de faire un saut dans le temps, de revenir un quart de siècle en arrière et de se retrouver dans le placard dont il pensait avoir réussi à sortir. Il est en butte à l’hostilité de sa fille, qui n’a jamais accepté son départ du foyer familial. Il est pris au piège de la maison de retraite où elle l’a consigné, entouré de vieillards séniles et rétrogrades. Son voisin de chambre, Xanti, est par exemple un macho homophobe, même si au fil du temps il se révèlera moins buté qu’il n’en a l’air.

Maspalomas se déroule au moment où l’épidémie de Covid se déclenche. On se demande comment cet événement va impacter l’histoire. Mais le film dure déjà depuis près de deux heures et il est temps de le conclure, sans que toutes ses potentialités aient été épuisées. Dommage…

La bande-annonce

L’Étrangère ★★☆☆

Son mari disparu, enlevé par les forces de sécurité syriennes, Selma (on reconnaît l’actrice iranienne Zar Amir Ebrahimi découverte dans Les Nuits de Mashhad) a fui son pays. Elle a laissé derrière elle, aux soins de sa mère, son fils Rami, âgé de six ans à peine. Elle a trouvé refuge à Bordeaux où elle occupe un logement de fortune et travaille au noir dans une brasserie, dans l’attente fiévreuse d’untitre de séjour. Son chemin croise celui d’un avocat (Alexis Manenti) dont elle sollicite les conseils.

L’Étrangère est l’œuvre de Gaya Jiji, une réalisatrice syrienne installée en France. Il aura fallu attendre près de huit ans la sortie de son second film, après Mon tissu préféré. Celui-ci pourrait être la suite de celui-là : Mon tissu préféré mettait en scène une jeune femme, prisonnière de la guerre civile à Damas et rêvant de quitter son pays.

L’Etrangère se focalise sur le personnage de Selma. La première question est celle de la légalisation de son séjour. On croit d’ailleurs à tort que ce sera la seule du film : finira-t-elle par se voir délivrer un statut de réfugié ? Le problème est qu’elle est entrée dans l’espace Schengen via la Hongrie, que ses empreintes y ont été relevées et que, en vertu de la « procédure Dublin » alors applicable, le traitement de sa demande d’asile relève du pays de première entrée. Selma devrait donc être reconduite en Hongrie. Seule solution pour elle, effroyable : effacer ses empreintes pour ne pas être identifiable.

Mais le film, à tort et à raison, n’est pas tout entier organisé autour de ce fil-là. Il en compte deux autres. Le premier est la relation qui se noue lentement entre Selma et son avocat. Alexis Manenti, dont je ne parviens pas à déterminer s’il est un excellent acteur ou pas, joue le rôle d’un Français ordinaire, issu de la haute bourgeoisie bordelaise collet-monté, avocat d’affaire, marié et père de famille, dont la vie percute celle de cette réfugiée syrienne qu’il n’aurait jamais dû croiser. Le deuxième, qu’il ne faudrait pas divulgâcher, mais que l’affiche laisse présager, est l’arrivée impromptue du mari de Selma, libéré des geôles syriennes après cinq années de captivité.

L’enjeu du film se déplace. Il ne s’agit plus, comme dans les deux premiers tiers de savoir si Selma réussira à rester en France mais de savoir comment. Restera-t-elle fidèle à son mari ? ou tournera-t-elle la page de la Syrie pour entamer en France un nouveau chapitre de sa vie ? L’intrigue se dénoue dans la dernière très belle scène du film sur une plage landaise inondée de soleil.

La bande-annonce

The Giaccomo ★★☆☆

Originaire d’Amiens, Michaël a un rêve : devenir influenceur et atteindre le million de followers.

The Giaccomo est un mockumentaire, un vrai/faux documentaire qui se présente comme le biopic d’un personnage plus vrai que nature. Il rappelle Borat ou Fatal. Il a comme eux pour héros un personnage outrancier dont la sincérité met autant mal à l’aise que ses transgressions. Un personnage qui interroge les clés de la célébrité et du succès dans nos sociétés hypermédiatisées.

Giaccomo est interprété par Xavier Lacaille, un jeune homme sage qu’on avait découvert en collaborateur dévoué dans Parlement. On l’avait revu à l’affiche de Bis repetita aux côtés de Louise Bourgoin, et dans Police Flash 80, un des meilleurs films de ce début d’année injustement ignoré. Il ose tout : une intonation ultra-beauf, des coupes de cheveux toutes plus délirantes les unes que les autres, des fringues pas possibles et surtout un culot monstre. Son personnage est à la fois ridicule, exaspérant et touchant.

The Giaccomo a la bonne idée de réunir de vrais influenceurs dont le faux Giaccomo va croiser la route : Bastos, qui a contribué à l’écriture du scénario, Tibo Inshape, Ragnar le Breton ou Magali Berdah, l’agente des influenceurs. Ces rencontres créent des mises en abyme parfois troublantes. La plus étonnante met en scène Benjamin Castaldi, croisé dans un café du 8ème arrondissement, qui, après s’être moqué de Giaccomo, essaie de lui faire toucher du doigt, avec beaucoup d’auto-dérision, la réalité banale de la vie d’un ex-influenceur.

Pour culotté qu’il soit The Giaccomo n’en a pas moins deux défauts. Le premier est, tout bien considéré la banalité de son scénario qui raconte le parcours très linéaire et très prévisible de son héros, depuis ses origines modestes jusqu’à son pic de célébrité qui précèdera fatalement une chute inéluctable. Le second est, à la différence de Jim Queen sorti le même jour de ne pas compter de gags aussi percutants : si on sourit beaucoup, on n’éclate jamais vraiment de rire devant The Giaccomo.

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Seuls les rebelles ★★☆☆

Suzanne (Hiam Abbass) a soixante-quatre ans. Elle vit à Beyrouth et travaille dans une mercerie. Elle est veuve et ses deux enfants vivent désormais loin d’elle. Un soir, elle secourt un réfugié sud-soudanais, Osmane (Amine Benrachid), agressé en pleine rue par deux malabars, et le fait monter chez elle. Malgré la différence d’âge, Suzanne et Osmane tombent amoureux. Leur couple fait scandale.

Danielle Arbid est une réalisatrice franco-libanaise entière, dont j’ai beaucoup aimé les précédents films : Passion simple en 2020, adapté d’Annie Ernaux, Peur de rien en 2015 qui a révélé Manal Issa. J’ai été heureux de la voir mardi soir à l’Arlequin présenter son dernier film, dans un joyeux désordre, entourée de toute son équipe.

Son action se déroule à Beyrouth. Mais l’équipe du film n’a pu y tourner en raison de la situation sécuritaire. Aussi le film recourt-il à un dispositif étonnant. Il a été tourné en transparence, les acteurs jouant en studio, près de Paris, devant un écran où étaient projetées des images de Beyrouth. Le procédé pourrait sembler artificiel. Il est à peine identifiable. Et quand bien même on l’aurait remarqué, il n’altère en rien la narration.

Seuls les rebelles – un titre dont je n’ai pas compris la signification – est inspiré de Tous les autres s’appelent Ali, un film de Fassbinder de 1974 mettant en scène une veuve allemande en couple avec un immigré marocain, lui-même inspiré de Tout ce que le ciel permet un mélo de Douglas Sirk de 1955 où une élégante veuve tombe amoureuse du fils de son jardinier interprété par Rock Hudson.
Chacun de ces trois films traite du même sujet, l’union transgressive d’une femme âgée et d’un homme plus jeune qu’elle. Le film de Sirk dans l’Amérique collet-monté du code Hays des années 50 évoquait la barrière de la classe, celui de Fassbinder la barrière de la race.

Le film de Danielle Arbid actualise ces thèmes dans le Liban contemporain. Le couple qu’elle forme avec Osmane est, pour les voisins de Suzanne et pour sa famille, triplement choquant. Choquant en raison des presque quarante années de différence entre la veuve qu’on croyait rangée des voitures et le séduisant jeune homme. Choquant en raison de la différence de race et de religion – Suzanne est catholique, comme en témoigne la croix qu’elle porte en pendentif, alors qu’Osmane est musulman. Choquant en raison de la différence de milieu social, Osmane étant immédiatement suspecté de vouloir abuser de la crédibilité de Suzanne.

L’interprétation de Seuls les rebelles n’appelle aucune réserve. Hiam Abbass y est, comme toujours, parfaite ; le novice Amine Benrachid est charmant. C’est le scénario qui pèche, un peu trop planplan, un peu trop plat, un peu trop prévisible.

La bande-annonce

Shana ★☆☆☆

Shana (Eva Huault) voudrait bien faire. Mais son naturel explosif lui joue des tours. Elle a le don de se mettre dans des situations impossibles, pour s’embrouiller.

La bande-annonce de Shana était séduisante. Certes, le film qu’elle laissait escompter ne brillait pas par son originalité : des cagoles, on en a déjà filmé treize à la douzaine avec une particulière accélération ces dernières années (Shéhérazade, Diamant brut, Ma Frère….). Mais celle interprétée par Eva Huault, lèvres liposucées, tous seins dehors, kilos en trop crânement exhibés, s’annonçait particulièrement roborative.

Le film ne ressemble pas à sa bande-annonce. On me rétorquera que, trop souvent, un film est tout entier contenu dans sa bande-annonce qui en divulgâche les meilleurs moments. On n’aura pas tort. Mais, le cas est suffisamment rare pour être signalé.

Loin des filles-de-cité déjà si souvent filmées, Shana appartient en effet à une famille juive séfarade de la classe moyenne, très attachée aux traditions et aux rites : la famille se réunit pour célébrer le repas de Pessah, la demi-soeur de Shana prépare sa bat-mitzvah, sa mère aimerait qu’elle épouse un bon séfarade… et sa grand-mère lui dit de se méfier des Arabes ! Elle entretient avec sa mère (Noémie Lvovsky) des relations compliquées qui l’ont conduite à prendre ses cliques et ses claques dès sa majorité, à s’installer dans un petit appartement à Belleville et à se mettre en couple avec un bad boy, Moïse, dealer à la petite semaine qui multiplie les passages en prison.

L’écriture du scénario est étonnamment lâche. Rien ne se tient dans ce film qui valdingue de droite et de gauche. Un exemple : la rencontre, inutile, avec une serveuse à la fin du film. Il se termine par la scène photographiée sur l’affiche qui ouvre potentiellement sur une suite…. ou révèle plutôt l’incapacité du scénariste à clore son récit.

La bande-annonce