Toutes mes sœurs ★☆☆☆

Massoud Bakhshi a décidé en 2007 de filmer ses nièces, encore tout bébés, et de réaliser à travers leur portrait un film sur la petite enfance en Iran. Au fil des années, son projet a pris de l’ampleur. Il a décidé de le poursuivre au-delà de la période prévue, jusqu’à l’âge adulte des deux sœurs, Zahra et Mahya, et à la naissance d’une benjamine, Maleka.

Le réalisateur d’Une famille respectable (2012) et Yalda, la nuit du pardon (2019) reproduit le même procédé ambitieux que celui de Boyhood de Richard Linklater (mon film préféré en 2014), Adolescentes de Sébastien Lifshitz ou Qui à part nous de Jonás Trueba : suivre pendant plusieurs années des enfants qui grandissent. Le résultat est d’une étonnante modestie : une heure vingt à peine, là où le film de Trueba durait trois heures quarante !

Bakshi s’est heurté à un obstacle de taille, l’interdiction de filmer les cheveux et les corps des femmes pubères, qu’il a scrupuleusement respectée pour ne pas mettre en porte-à-faux ses nièces. Il les cadre en plans très serrés sur leur visage, les floute ou les filme dans le noir. Ces deux bambins si joyeux se voient couvertes d’un hijab dès leur entrée à l’école. On comprend que leur grand-mère, très pieuse, essaie de leur transmettre une foi stricte, que leur mère en revanche est moins respectueuse des mots d’ordre des mollahs. Les jeunes filles, qui ont chacune leur personnalité, se plient avec peine à cette chape de plomb et soutiennent avec enthousiasme le mouvement « Femme, vie, liberté ».

Le sujet et son traitement ont de quoi inspirer. Hélas, le résultat est décevant. Les trivialités d’une éducation somme toute banale, similaire en de nombreux points avec celles de jeunes filles de la bourgeoisie occidentale, ne sont guère intéressantes. Ce documentaire courageux fait preuve de trop de retenue là où il aurait dû s’autoriser plus de lyrisme.

La bande-annonce