
Vicente a soixante-seize ans. Vingt-cinq ans plus tôt, il a eu le courage de quitter sa femme et sa fille pour partir vivre avec Esteban, son amoureux. Depuis sa rupture avec son compagnon, il partage avec Roman, un vieil ami, un appartement à Maspalomas, la cité balnéaire gay des Canaries. Mais un AVC le foudroie. Vieilli de dix ans, hémiplégique, il est interné par sa fille dans une maison de retraite sinistre au Pays basque.
L’affiche du film et son premier quart d’heure rappellent L’Inconnu du lac de Garaudie ou Jim Queen, l’hilarant film d’animation sorti le même jour que Maspalomas : ils sont joyeusement transgressifs, gay et gais. Brutale rupture de ton après l’apparition du titre : l’action se déplace dans le Nord, pluvieux et gris, de l’Espagne. Plus de gaîté, plus de gays, sinon l’aide-soignant séduisant de Vicente, Iñaki.
Quel est le thème principal de Maspalomas ? L’homosexualité au troisième âge ? C’était le sujet que sa bande (si j’ose dire) -annonce m’avait laissé augurer. Le sujet est passionnant. Peut-on être homosexuel à soixante-dix ans passés à Mykonos ou à Maspalomas, sur une plage nudiste, dans une marche des fiertés, dans un gang bang sous poppers ? Comment les plaisirs de la chair et les emballements du cœur se concilient-ils avec une chair de plus en plus flasque et un cœur de moins en moins solide ? À quel moment doit-on renoncer au sexe, s’il faut un jour y renoncer ? L’amour et la tendresse s’y substituent-ils ? Le renoncement est-il douloureux ?
Autant de questions que le sujet pose et que le film que j’imaginais aurait pu poser. Mais on ne voit pas toujours les films qu’on imaginait. Tant pis ou tant mieux. Faut-il leur en faire le reproche ?
Le sujet de Maspalomas n’est pas tant la fin de vie que l’éternel retour. Vicente, paralysé par une hémiplégie, a l’impression de faire un saut dans le temps, de revenir un quart de siècle en arrière et de se retrouver dans le placard dont il pensait avoir réussi à sortir. Il est en butte à l’hostilité de sa fille, qui n’a jamais accepté son départ du foyer familial. Il est pris au piège de la maison de retraite où elle l’a consigné, entouré de vieillards séniles et rétrogrades. Son voisin de chambre, Xanti, est par exemple un macho homophobe, même si au fil du temps il se révèlera moins buté qu’il n’en a l’air.
Maspalomas se déroule au moment où l’épidémie de Covid se déclenche. On se demande comment cet événement va impacter sur l’histoire. Mais le film dure déjà depuis près de deux heures et il est temps de le conclure, sans que toutes ses potentialités aient été épuisées. Dommage…