L’Étrangère ★★☆☆

Son mari disparu, enlevé par les forces de sécurité syriennes, Selma (on reconnaît l’actrice iranienne Zar Amir Ebrahimi découverte dans Les Nuits de Mashhad) a fui son pays. Elle a laissé derrière elle aux soins de sa mère son fils Rami, âgé de six ans à peine. Elle a trouvé refuge à Bordeaux où elle occupe un logement de fortune et travaille au noir dans une brasserie dans l’attente fiévreuse de la reconnaissance de sa qualité de réfugié. Son chemin croise celui d’un avocat (Alexis Manenti) dont elle sollicite les conseils.

L’Étrangère est l’oeuvre de Gaya Jiji, une réalisatrice syrienne installée en France. Il aura fallu attendre près de huit ans la sortie de son second film, après Mon tissu préféré. Celui-ci pourrait être la suite de celui-là : Mon tissu préféré mettait en scène une jeune femme, prisonnière de la guerre civile à Damas et rêvant de quitter son pays.

L’Etrangère se focalise sur le personnage de Selma. La première question est celle de la légalisation de son séjour. On croit d’ailleurs à tort que ce sera la seule du film : finira-t-elle par se voir délivrer un statut de réfugié ? Le problème est qu’elle est entrée dans l’espace Schengen via la Hongrie, que ses empreintes y ont été relevées et que, en vertu de la « procédure Dublin » alors applicable, le traitement de sa demande d’asile relève du pays de première entrée. Selma devrait donc être reconduite en Hongrie. Seule solution pour elle, effroyable : effacer ses empreintes pour ne pas être identifiable.

Mais le film, à tort et à raison, n’est pas tout entier organisé autour de ce fil-là. Il en compte deux autres. Le premier est la relation qui se noue lentement entre Selma et son avocat. Alexis Manenti, dont je ne parviens pas à déterminer s’il est un excellent acteur ou pas, joue le rôle d’un Français ordinaire, issu de la haute bourgeoisie bordelaise collet-monté, avocat d’affaire, marié et père de famille, dont la vie percute celle de cette réfugiée syrienne qu’il n’aurait jamais dû croiser. Le deuxième, qu’il ne faudrait pas divulgâcher, mais que l’affiche laisse présager, est l’arrivée impromptue du mari de Selma, libéré des geôles syriennes après cinq années de captivité.

L’enjeu du film se déplace. Il ne s’agit plus, comme dans les deux premiers tiers de savoir si Selma réussira à rester en France mais de savoir comment. Restera-t-elle fidèle à son mari ? ou tournera-t-elle la page de la Syrie pour entamer en France un nouveau chapitre de sa vie ? L’intrigue se dénoue dans la dernière très belle scène du film sur une plage landaise inondée de soleil.

La bande-annonce

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