
Attention : cette critique contient un spoiler.
En juin 1984, un train est-allemand dérouté a franchi le Mur. À l’occasion du trentième anniversaire de la chute du Mur, un journaliste d’investigation croit avoir retrouvé le responsable de cette opération audacieuse : il s’agirait de Michael Hartung (Charly Hübner) un ancien employé de la Reichsbahn aujourd’hui propriétaire d’un vidéo-club en faillite. Son enquête fait la couverture du journal et le courageux aiguilleur devient vite un héros : il est interviewé à la télé, dîne chez le président de la République, un livre à sa gloire est en cours d’écriture et un film télé (avec Daniel Brühl !) en cours de préparation. Mais Micha Hartung n’a rien d’un héros.
On se souvient tous de Good Bye, Lenin! où un fils aimant (Daniel Brühl) faisait croire à sa mère, communiste endurcie et sortie de huit mois de coma, que le Mur n’était pas tombé. Le film connut un incroyable succès, en Allemagne et à l’étranger. Son réalisateur, Wolfgang Becker, ne tourna bizarrement quasiment aucun film après celui-ci sinon en 2015 Moi et Kaminsky, inédit en France et en 2024 ce Héros de Berlin qui fut achevé après sa mort par Achim von Borries – lequel a l’élégance de ne pas faire figurer son nom sur l’affiche.
Le Héros de Berlin n’est pas, comme Good Bye, Lenin! un film sur l’Ostalgie, la nostalgie de la RDA. Son sujet n’a rien de spécifiquement allemand. Il est plus universel. C’est l’histoire d’un sympathique loser paré d’un héroïsme qu’il n’a jamais eu et condamné à vivre dans un mensonge trop grand pour lui.
Le problème du film est qu’il ne fonctionne pas. Certes, dans sa première moitié, on ignore si Hartung est ou non un affabulateur. Mais sitôt ce faible suspense éventé, le film n’a plus grand chose à raconter, sinon l’histoire d’un homme pris au piège de son mensonge.
Sur un tel sujet était autrement plus vertigineuse l’imposture d’Enric Marco (1921-2022), cet Espagnol qui prétendit avoir été déporté à Flossenburg, un camp de concentration allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui présida même l’association des déportés espagnols au centre du livre de Javier Cercas, L’Imposteur, et du film qui en a été tiré, Marco, l’énigme d’une vie.