
Le pitch qu’on trouve de ce documentaire sur Allociné est délicieux : « Chaque dimanche, à l’heure de la messe, un homme en nœud papillon prépare vingt-quatre madeleines. Jadis, ces pâtisseries le rebutaient : qui a envie de croquer dans un gâteau portant le nom de sa mère ? Mais depuis que Madeleine est morte, grâce à ce rituel, Stéphane-Jacques a l’impression de passer « un petit moment avec elle ». N’est-il pas plaisant, à l’heure du thé, de se rappeler ses premières amours et son meilleur souvenir de double pénétration ? » Sa chute m’a fait exploser de rire… et j’espère qu’elle ne vous aura pas trop choqué.
Après avoir publié sa très explicite Histoire de ma sexualité, un récit autobiographique sans fard qui documentait sans en rien omettre la vie (homo)sexuelle de son auteur, Arthur Dreyfus a été contacté par Stéphane-Jacques. De leur correspondance est née l’idée d’un film.
Stéphane-Jacques est étonnant. Il est né en 1966. On dirait un vieillard. On comprendra plus tard pourquoi. C’est un aristocrate, un esthète en nœud papillon et en boutons de manchette qui habite un appartement parisien rempli d’œuvres d’art. On ne saura quasiment rien de sa vie professionnelle sinon qu’il fut pendant une dizaine d’années restaurateur d’art. On suppose que sa richesse lui vient de sa famille, dont les aïeuls fréquentèrent Proust et la haute bourgeoisie de la Belle Epoque.
Stéphane-Jacques est homosexuel et ne s’en cache pas. Il évoque, sans filtre, son goût de la bite et du sperme. Le film est interdit aux moins de seize ans. Pour autant, il ne faut pas être bégueule pour entendre les confessions amusées de Stéphane-Jacques, racontées sur un ton pince-sans-rire à l’imparfait du subjonctif (un temps auquel le verbe savoir se conjugue, on le sait, avec bonheur), images crues à l’appui. On se demande comment il a traversé les années Sida qui auraient dû le percuter de plein fouet… et on a bientôt la réponse à cette lourde hypothèque.
Stéphane-Jacques évoque longuement ses deux parents qui se rencontrèrent en hôpital psychiatrique où ils étaient traités par électrochocs. Ils étaient tous les deux embryologistes. Son père ne l’a pas aimé et Stéphane-Jacques lui rend bien sa haine. Sa mère au contraire l’a couvé, feignant d’ignorer ses frasques. Son fils lui voue un culte révérenciel et cuisine chaque dimanche la pâtisserie qui porte son prénom, que Proust a immortalisée et qui a donné son titre à ce documentaire.
Ce documentaire peut inspirer des sentiments contrastés. On peut trouver inutilement provocatrices les saillies (!) de Stéphane-Jacques, se lasser de son exhibitionnisme et se désespérer de son cynisme. On peut aussi le trouver franchement drôle. On peut enfin le trouver attendrissant, oisillon tombé du nid, si frêle, si fragile, éternellement en deuil de sa maman défunte.