
Paradise a pour héros deux jeunes hommes, à peine sortis de l’enfance que rien a priori ne semble relier.
D’un côté, au Ghana, Kojo qui grandit sans mère aux côtés de son père, un pêcheur. De l’autre, au Québec, Antoine qui grandit sans père aux côtés de sa mère, laquelle a noué une relation avec un capitaine américain au long cours.
Paradise est un film québécois à la construction originale. Comme son affiche renversante (!) le montre, comme son pitch l’annonce, il est tout entier construit autour de l’imbrication de deux histoires a priori sans lien entre elles.
Il ne faut rien dire de ce lien. Sa découverte, au mitan du film, est sacrément étonnante. Rien ne me l’avait laissé deviner. Vous surprendra-t-elle autant qu’elle m’a surpris ?
Ce lien ouvre sur un autre film : celui précisément où les chemins de Kojo et d’Antoine vont se croiser. Le film avait le choix entre plusieurs options. Celle qu’il choisit n’est pas la plus crédible. Elle n’est pas non plus la plus réussie.
(Attention spoiler)
Paradise creuse une question sacrément contemporaine : celle de nos solitudes immenses, de la façon de les combattre et de la crédulité déconcertante qu’on peut alors manifester.
Le sujet est fascinant. Il prête à rire alors qu’il est diablement sérieux. Anne Deneuchatel, la victime de l’arnaque au « faux Brad Pitt », en a fait les frais. Je serais curieux de lire le livre qu’elle a tiré de cette rocambolesque histoire. Comment fonctionnent les « brouteurs » ? quel public visent-ils ? quels ressorts actionnent-ils ? quel est leur taux de succès et d’échec ? comment leurs victimes tombent-elles sous leur emprise ? se relèvent-elles de leur désillusions après avoir compris qu’elles ont été flouées ? ont-elles des recours juridiques ?
En 2023, Armel Hostiou avait raconté dans Le Vrai du faux comment il était allé au Congo sur la piste de l’homme qui avait usurpé son identité pour créer un faux compte Facebook. Colin Niel avait dans Seules les bêtes, un livre chorale à la construction savamment sophistiquée, utilisé un tel personnage. J’avais beaucoup aimé l’adaptation que Dominik Moll en avait tirée. Paradise traite le sujet moins sous l’angle du thriller que sur celui du drame grec presqu’élégiaque. Pas sûr que ce parti pris poétique soit le meilleur angle pour traiter cette question passionnante.