
En Suisse, pendant la Seconde Guerre mondiale, Emma (Lila Gueneau) est une jeune fille pauvre employée comme bonne à tout faire dans la famille d’un pasteur (Grégoire Collin). Un journaliste genevois de passage la force et la met enceinte. Pour éviter l’opprobre, Emma n’a d’autre solution que d’accepter la demande en mariage de Paul.
La Suisse n’est hélas pas un grand pays de cinéma. Sauriez-vous me citer un réalisateur de ce pays, à l’exception peut-être de Godard, qui a fait toute sa carrière en France ? Aussi, on accueille les rares films réalisés et tournés dans ce pays pourtant si proche avec une curiosité bienveillante : En première ligne sur la résilience d’une infirmière sous tension, Olga sur une jeune gymnaste ukrainienne, contrainte à l’exil, Les Conquérantes sur la tardive reconnaissance du droit de vote aux femmes…
À bras-le-corps rappelle d’ailleurs un autre film suisse récent qui n’a guère eu de retentissement : Foudre, sur l’émancipation d’une jeune fille dans une communauté paysanne d’une vallée retirée du Valais au début du vingtième siècle.
C’est une histoire similaire de coming-of-age qui est racontée ici. On en a déjà vu beaucoup. Celle-ci n’aurait guère d’intérêt si ne lui étaient accolées deux autres dimensions historiques. La première est la condition domestique : Emma jouit dans la famille qui l’emploie d’un statut ambigu. Elle est l’employée, la domestique ; mais elle devient la confidente du pasteur qui, tenaillé par le doute existentiel et un alcoolisme rampant, la protège de la mère, laquelle pousse sa candidature au prix de vertu distribué par la paroisse, et l’amie intime de la fille de la famille.
La seconde est la situation bien particulière de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale qui n’a réussi, face à l’Allemagne nazie, à maintenir sa neutralité qu’au prix de nombreuses compromissions, notamment sur la traque des Juifs qui tentaient d’y trouver refuge.