Mon garçon ★☆☆☆

Julien (Guillaume Canet) et Marie (Mélanie Laurent) viennent de se séparer. Julien travaille à l’étranger ; Marie a gardé la maison familiale dans le Vercors et y élève leur fils avec Grégoire, son nouveau compagnon.
Mon garçon commence lorsque Julien apprend que son fils vient de disparaître alors qu’il était en colonie de vacances en montagne. Julien revient de toute urgence dans le Vercors, se rapproche de la police – qui le considère bientôt comme un suspect potentiel. Julien est convaincu de la culpabilité de Grégoire.

Mon garçon et Faute d’amour sont sortis le même jour et ont le même scénario : un couple en pleine séparation voit leur fils disparaître mystérieusement et part à sa recherche. Mais les ressemblances s’arrêtent là. Le film de Zvianguitsev est une dissection au scalpel d’un couple égoïste et un portrait en creux de la Russie post-soviétique. Il est construit autour d’un faux enjeu : la recherche du jeune Alyocha. Mon garçon ne s’intéresse pas vraiment au couple que forme Julien et Marie – sinon dans un face à face où Mélanie Laurent démontre son talent. Il se focalise sur la recherche de l’enfant et se termine comme un vulgaire film policier.

Au demeurant, les vingt dernières minutes du film et le jeu du chat et de la souris qui s’y joue sont les meilleures. Ce sont les seules à avoir été scénarisées, le restant du film ayant été tourné selon un principe d’improvisation. Sans doute très excitant pour les acteurs, le procédé l’est nettement moins pour le spectateur qui regarde Guillaume Canet découvrir avec de grands yeux ébahis et la bouche béante des rebondissements auxquels il ne sait pas vraiment comment réagir.

La bande-annonce

 

Blade Runner 2049 ★☆☆☆

Comme Deckhart (Harrisson Ford) trente ans plus tôt, K (Ryan Gosling) est un « blade runner ». Sa tâche : retrouver les « replicants », des robots humanoïdes , et éliminer ceux qui sont entrés en rébellion contre les humains. À l’occasion d’une de ses missions, K fait une découverte bouleversante qui remet en cause la ligne de démarcation entre l’humain et la machine.

Depuis que la rumeur avait grossi qu’une suite à Blade Runner était en préparation, j’attendais avec impatience cette échéance. Je me suis rué dans les salles le jour même de sa sortie – en compagnie de quelques milliers d’aficionados aussi masculins, solitaires et quadragénaires que moi, me réjouissant par avance de ce que j’escomptais être le second meilleur film de l’année 2017 après La La Land bien entendu.

Je suis tombé de haut. De l’armoire. Que dis-je ? du gratte-ciel !

Certes, il y avait de quoi être intimidé par l’un des plus films les plus iconique de l’histoire du cinéma. Au point de se demander quel sens il y avait à lui donner une suite. Je ne sache pas qu’on ait jamais tourné 2002 Odyssée de l’espace ou Rencontres du quatrième type. Alors à quoi bon réaliser Blade Runner 2 – sinon pour décevoir les irréductibles fans de mon espèce ? Car de deux choses l’une : soit la suite est infidèle à l’original et nous crierons à la trahison, soit elle la recopie et on l’accusera de bégayer.

C’est dans ce second travers que tombe Blade Runner 2049. À force de se frotter à son modèle indépassable, Blade Runner 2049 s’écroule sur lui-même. Comme un trou noir qui implose.
Prenons par exemple les décors. On se souvient tous de la Los Angeles polluée, pluvieuse, polyglotte qui servait de cadre au film de 1982. Denis Villeneuve le recopie à l’identique. Pire : il l’enlaidit – là où on aurait pu escompter que les progrès des techniques en trente ans auraient permis  des effets autrement saisissants.

Les personnages ? Ryan Gosling fait du Harrison Ford Canada Dry. Je ne dirai jamais de mal du héros de La La Land. Mais s’il continue à afficher un masque mutique totalement dénué d’expression (parce qu’il joue le rôle d’un robot ?), je risque de réviser mon jugement. Et ce n’est pas l’apparition du grand Harrison – qui, dans un Marcel informe affiche désormais un bidon de septuagénaire – qui donnera à Blade Runner 2049 un peu de piment. Heureusement qu’il y a les femmes : Robin Wright (qui ressemble énormément à Claire Underwood), Ana de Armas, belle comme un cœur, et Sylvia Hoeks qui suscitera les mêmes fantasmes fétichistes que ceux qu’avaient déjà provoqués les héroïnes androïdes et latexées de Terminator 3 ou Catwoman.

Quant à l’intrigue, qu’en dire sinon qu’elle se traîne interminablement durant près de trois heures (oui TROIS heures !!!!!). Heureusement, le générique dure dix bonnes minutes, réduisant d’autant cet exténuant pensum. L’absence de rythme est effarante, à une époque où la production cinématographique et télévisuelle a atteint une telle sophistication, une telle énergie. Comme si Denis Villeneuve s’était fait un devoir de ralentir le tempo pour plonger les spectateurs dans une apathie maussade dont ils sont périodiquement réveillés par une musique aussi assourdissante qu’irritante. Et la philosophie qui l’inspire – « les robots, eux aussi, ont un cœur » – nous surprend autant qu’une laitue défraichie en solde chez Carrefour Market.

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Gauguin ★★☆☆

En 1891, Vincent Gauguin étouffe à Paris. Faute de pouvoir vendre ses toiles à un public qui n’en a pas encore compris le génie, il vit misérablement. Les paysages, les gens, la lumière ne l’inspirent plus. Il rêve d’ailleurs et veut y partir, même s’il doit y sacrifier sa vie de famille.
Le voici à Tahiti, loin de sa femme et de ses cinq enfants. Il retrouve l’inspiration auprès d’une belle vahiné, peint avec frénésie, mais ne parvient pas à échapper à la misère.

Le biopic est décidément à la mode. Et les artistes du tournant du siècle tiennent la côte. Après Rodin et Cézanne, sans parler outre-Rhin de Schiele ou de Paula Becker, c’est au tour du maître de l’école de Pont-Aven.

Gauguin a le défaut de venir s’ajouter à cette liste déjà bien longue. Comme si les ressorts de l’imagination ne suffisaient plus aux scénaristes qui doivent trouver dans la vie de nos hommes célèbres, des béquilles pour construire des personnages.
Il en a les qualités et les défauts. Il offre notamment à Vincent Cassel l’occasion d’une impressionnante interprétation. Comme Vincent Lindon dans Rodin ou comme Jacques Dutronc dans Van Gogh, Vincent Cassel habite son personnage. Il en a la maigreur morbide et le regard enfiévré.

Gauguin a une originalité qui le distingue du lot : l’essentiel de son action se déroule à Tahiti. Édouard Deluc réussit à filmer cette île exotique sans verser dans l’imagerie de carte postale : pas de coucher de soleil sur le lagon, ni de vahinés dansant lascivement le tamuré. La caméra garde toujours la mesure, qui filme des paysages paradisiaques sans souci d’estéhétisation et qui restitue la dureté d’une terre résolument étrangère au Blanc.

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Money ★★★☆

Alexandra (Charlotte Van Bervesselès), son frère Eric (Vincent Rottiers) et son amoureux Danis (George Babluani) vivotent au Havre et rêvent d’une vie meilleure. Ils croient pouvoir y accéder en dérobant à un notable local (Louis-Do de Lencquesaing) une valise remplie de billets de banque. Mais leur larcin entraîne une réaction en chaîne qui risque de les broyer.

L’affiche de Money est doublement trompeuse. D’une part, sa couleur, le rouge, annonce une histoire riche en hémoglobine, sur les traces du précédent film du réalisateur franco-géorgien Gela Babluani 13 (Tzameti). Or, Money est un film noir dans lequel le sang ne coule guère. D’autre part, ses trois héros pris dans le nœud coulant d’une corde qui menace de se tendre font trop penser aux héros naïfs et positifs qui découvrent par hasard un magot alors que Alexandra, Eric et Danis sont des petites frappes pas si honnêtes que cela.

Il aurait fallu une affiche plus réaliste, un titre moins clinquant pour faire connaitre ce petit film noir qui ne manque pas de caractère.
Certes, son scénario est particulièrement rocambolesque. Alexandra est serveuse dans un restoroute minable où l’édile havrais et une bande de mafiosi corses se donnent rendez-vous pour conclure un pacte de corruption. Ayant repéré la valise, Alexandra saute dansa sa vieille voiture, file celle du politicien véreux, pénètre dans sa riche propriété et l’y découvre… sur le point de se pendre (d’où peut-être la subtile présence d’une corde sur l’affiche ci-dessus).

Ainsi racontée, l’intrigue manque passablement de crédibilité. On se demande comment le scénariste va s’en dépêtrer. Et on admire son habileté à le faire. Mieux : on est surpris du tour que prend l’histoire, évitant de s’engager dans la direction où on l’attendait, acceptant de sacrifier un des personnages principaux (je vous mets au défi de deviner lequel) et se concluant par une scène qui, si on la réduit à son dernier plan, pourrait sembler totalement loufoque alors qu’elle fonction très bien.

C’est qu’outre son scénario bien huilé, Money a un second atout de poids : l’interprétation de ses acteurs : Louis-Do de Lencquesaing en salaud haïssable, Benoît Magimel en nettoyeur fatigué et surtout Vincent Rottiers – qu’on a vu cette même semaine dans Espèces menacées – qui confirme tout le bien que ses précédentes apparitions laissaient augurer de son jeu racé.

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Espèces menacées ★★★☆

Tomasz (Vincent Rottiers) et Jospéhine (Alice Isaaz) viennent de se marier. Mais bien vite Tomasz se révèle jaloux et violent. Joséphine, qui s’est fâchée avec ses parents, appellera-t-elle son père au secours ?
Mélanie (Alice de Lencquesaing) est enceinte. Elle annonce à son père (Eric Elmosnino) qu’elle va se marier avec un homme de 63 ans.
Anthony (Damien Chappelle) peine à se fixer professionnellement et sentimentalement. Sa mère (Brigitte Catillon) perd lentement la tête et Damien doit quitter Paris pour venir prendre soin d’elle.

Espèces menacées est l’adaptation de trois nouvelles de Richard Bausch, un romancier célèbre aux États-Unis, quasi-inconnu de ce côté-ci de l’Atlantique. Adapter des nouvelles au cinéma est casse-gueule. Un risque est d’enchaîner les histoires comme un film à sketches. Un autre est d’essayer d’inventer entre elles un lien artificiel. Un troisième, dans lequel tombe Espèces menacées, est de s’attacher à l’une plus qu’aux autres. Bien vite, le film se focalise sur Tomasz et Joséphine. Il se désintéresse de Mélanie, de son vieux mari et de son futur bébé. Il traite par-dessus la jambe Anthony, qui entretemps s’est enamouré de sa femme de ménage.

Espèces menacées n’en présente pas moins une unité de lieu . Les trois histoires se déroulent dans la baie des Anges, à Nice ou dans ses environs.
Il est frappant de voir combien le cinéma français se « provincialise ». Le temps n’est plus où tous les films se tournaient à Paris. Considérez les films sortis le mois dernier. Quasiment tous se déroulent en province : Ôtez-moi d’un doute (Lorient), Kiss & Cry (Colmar), Gauguin (Polynésie), Mon garçon (massif du Vercors), Money (Le Havre). C’est souvent l’effet des subventions versées par les collectivités territoriales – qui exigent en contrepartie que le tournage se déroule sur leur territoire. Mais cette exigence est bénéfique qui conduit les réalisateurs à s’emparer d’un lieu et à en exalter l’esprit. C’est particulièrement le cas de Gilles Bourdos – qui avait déjà tourné son Renoir dans la région. Sous sa caméra, Nice ne ressemble pas à l’image de carte postale qu’on en a. Pas de soleil ni de mer bleue. Mais une Riviera hivernale, grise et vide de ses touristes – qui n’est pas sans rappeler Mon âme par toi guérie où jouait déjà l’excellent Gregory Gadebois.

Aucune publicité n’a été faite de ce « petit » film. Ni dans les cinémas, ni dans les abribus. Je ne serais pas aller le voir si sa bande-annonce ne m’avait tapé dans l’œil. Jetez-y le vôtre. Et laissez vous tenter.

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Une suite qui dérange – Le Temps de l’action ★★☆☆

En 2006 sortait Une vérité qui dérange (An Inconvenient Truth) qui remporta l’Oscar du meilleur documentaire et permit à Al Gore de décrocher l’année suivante le Prix Nobel de la paix. Dix ans plus tard, Une suite qui dérange (An Inconvenient Sequel) se présente comme sa suite assumée. Bizarrement sous-titré en français Le Temps de l’action (alors que le sous-titre original est Truth to Power), il y est moins question des  moyens concrets d’agir pour la planète que de suivre Al Gore dans sa croisade sans cesse recommencée contre le réchauffement climatique.

Le héros a vieilli. Il a désormais des cheveux blancs. On le sent parfois sur le point de renoncer face aux climato-sceptiques qui le dénigrent, face aux catastrophes naturelles de plus en plus dévastatrices, face à Donald Trump et ses tweets imbéciles. Mais son constat est toujours aussi angoissant : la calotte glaciaire fond, le niveau des mers s’élève, le climat se dérègle, les ouragans sont de plus en plus violents, les canicules de plus en plus brûlantes, les feux de forêts de plus en plus meurtriers. Que faire ? C’est là où Al Gore est le moins convaincant qui se borne à plaider en faveur de la substitution du pétrole et du charbon par le solaire et l’éolien.

Pour donner une tension à leur documentaire, les deux réalisateurs ont pris pour fil narratif la préparation de la COP21 de Paris en décembre 2015. Ils s’attachent à un aspect de cette négociation complexe : les résistances de l’Inde, puissance émergente qui refuse de sacrifier son développement sur l’autel de la vertu écologique. Le ministre indien de l’énergie oppose à AL Gore un argument qui le laisse coi : « L’Occident s’est développé pendant 150 ans en utilisant des énergies fossiles. Pourquoi nous refuser aujourd’hui ce dont vous avez abusé hier ? » Les réticences indiennes sont vaincues grâce à l’intervention de Al Gore qui convainc les dirigeants de la Banque mondiale d’accorder à l’Inde des facilités de crédit pour se doter de capteurs solaires et renoncer à leurs projets de centrales au charbon.

Une suite qui dérange est sans doute une longue publicité en faveur des actions menées par Al Gore. C’est tout juste s’il ne se termine pas avec le numéro de CCP où lui verser des dons. Pour autant, il est des actions moins nobles, des causes moins vertueuses auxquelles on aurait trouvé à redire à ce procédé un poil trop racoleur.

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Mother! ★☆☆☆

Jennifer Lawrence habite une belle maison à la campagne qu’elle a amoureusement rénovée. Son compagnon, interprété par Javier Bardem, est un écrivain célèbre en panne d’inspiration.

Mother! commence par deux images dont on comprendra à la fin du film qu’elles en sont la clé d’explication. Mais Mother! n’est pas – hélas – construit autour d’un suspense qui se dénouerait par un twist final.

Plus classiquement, Mother! est l’histoire d’une femme qui sombre dans la folie. Encore y a-t-il un doute sur cette présentation. Car, comme souvent dans les films qui ont le désordre mental comme thème, on se demande un instant si c’est Jennifer Lawrence qui devient folle ou si c’est son univers qui s’écroule.

Pendant la première moitié du film, l’ambiguïté demeure. C’est l’occasion pour les vétérans Ed Harris et Michelle Pfeiffer de deux apparitions impérissables. Mais la seconde moitié se perd dans une accumulation d’effets de plus en plus risibles. Jusqu’à un dénouement grand guignolesque qui plonge l’auditoire dans un silence gêné, hésitant entre le spasme d’horreur et l’éclat de rire.

C’est un gâchis terrible. Car le film du génial Darren Aronofsky (l’auteur de Pi et de Requiem for a Dream) présentait deux atouts de poids. Jennifer Lawrence, qui reste parfaite de bout en bout, d’une remarquable dignité dans le naufrage du film. Et une caméra et un son (il faut absolument voir Mother! en Dolby stereo) virtuoses qui la suivent dans chaque pièce de cette maison labyrinthique qui se transforme au gré de ses humeurs.

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Faute d’amour ★★★★

Un couple se déchire. Un enfant en paie le prix.
Boris et Zhenya sont en plein divorce. Ils vivent encore sous le même toit – qu’ils tentent en vain de vendre – mais ne sont plus capables d’y passer cinq minutes sans s’agonir d’injures. Ils ont d’ailleurs recommencé à faire leur vie chacun de leur côté : Zhenya a rencontré un homme plus âgé et plus aisé, Boris a fait un enfant à une femme plus jeune qui vit encore avec sa mère.
Entre eux deux Alyocha souffre en silence. Jusqu’à disparaître. Cette disparition rapprochera-t-elle ses parents ? ou les libèrera-t-elle d’un poids ?

Amateurs de feel good movie passez votre chemin. Faute d’amour est un film éprouvant. Comme dans L’Économie du couple, on y vit un divorce en temps réel. Comme dans Le Ruban blanc de Hanneke ou Scènes de la vie conjugale de Bergman, on y entend jusqu’au malaise des disputes d’une effarante violence. Comme dans Elena ou Leviathan, Zviaguintsev y poursuit le procès à charge de la société russe et de sa dérive individualiste.

J’ai été durablement traumatisé par une scène. Elle se déroule au début du film. La raconter n’est pas le spoiler. Il s’agit d’une dispute entre Boris et Zhenya au sujet de leur appartement qu’ils tardent à vendre et de leur fils dont ils ne savent que faire : ils se battent moins pour sa garde que pour s’en débarrasser en le plaçant en internat. La scène s’interrompt quand Zhenya passe aux toilettes. En poussant la porte, le spectateur découvre le petit Alyosha, tapi dans l’ombre, étouffant un sanglot, le visage déformé par le chagrin et la peur, auditeur silencieux de la dispute dont il est l’enjeu. On se demande comment on a pu obtenir d’un enfant de douze ans de tels sanglots, un tel rictus – qui rappelle Le Cri de Munch. Une scène plus effrayante que bien des films d’horreur.

Boris et Zhenya sont des monstres d’égoïsme. Zhenya est la pire des deux. On la voit avec son nouvelle amant, nue et lascive, lui susurrer des mots d’amour en lui racontant l’horreur de sa grossesse, les affres de l’accouchement, le dégoût des premiers contacts avec son fils. Quand elle rencontre sa mère, on comprendra d’où lui vient une telle dureté : on ne donne rien quand on n’a rien reçu. Boris ne vaut guère mieux. Il travaille dans une entreprise exigeant de la part de ses employés le respect d’une stricte orthodoxie. Le divorce équivaudrait pour lui au licenciement. Et on le sent plus soucieux de cacher ses déboires conjugaux à son employeur que de retrouver son fils.

Quand Alyocha disparaît, Boris et Zhenya, qui avaient découché chacun de leur côté avec leur compagnon, mettent trente six heures à s’en rendre compte. Ils contactent la police qui refuse de les aider. Ils ont finalement recours à une milice privée, le Groupe de recherches des enfants perdus, curieuse cohorte muette de bénévoles, dans un pays gangrené par l’appât du gain, qui consacrent leur temps à aider des familles à la recherche de leurs enfants.

Alyocha a-t-il fugué ? A-t-il été enlevé ? Ses parents le retrouveront-ils vivant ? On vous laissera, cher spectateur qui avez accepté de regarder ce film traumatisant, le découvrir. Vous serez surpris. Je ne suis pas sûr d’avoir compris la fin du film. J’aimerais en discuter avec vous.

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Le Redoutable ★★★☆

En 1967, Jean-Luc Godard est au sommet de sa gloire. L’auteur du Mépris d’À bout de soufle et de Pierrot le fou incarne à lui seul la Nouvelle Vague. Pourtant il ne se résigne pas à reproduire les recettes éculées de ses précédents succès. Pressentant les événements de Mai-68, il cherche à réinventer son cinéma.

Le Redoutable est la libre adaptation de l’autobiographie de Anne Wiazemski qui épousa Godard en 1967 – et le quitta trois ans plus tard. C’est d’abord l’histoire d’un couple déséquilibré (elle a vingt ans, il en a dix-sept de plus) mais profondément uni (une profonde tendresse les unit et jamais n’éclate entre eux la moindre dispute). Mais c’est avant tout l’histoire d’un homme : un scrogneugneu en révolte permanente contre l’ordre établi, un grand bourgeois au langage châtié qui revendique sa proximité avec une classe ouvrière qu’il ne connaît pas et qu’au fond il méprise. Un tel personnage aurait dû être horripilant ; mais son intégrité le rend attendrissant.

On a, à bon droit, dit le plus grand bien de l’interprétation de Louis Garrel. Il se fond parfaitement dans le rôle de Godard – avec la même aisance que Pierre Niney dans celui de Yves Saint Laurent. Les cheveux, les lunettes, le zozotement, tout est parfait. Mais sa prestation ne doit pas éclipser celle de Stacy Martin, parfaite elle aussi dans le rôle de la jeune Anne, si jolie, si fraîche, éperdue d’admiration pour Godard, mais au final suffisamment intelligente pour comprendre son aveuglement et refuser son égoïsme.

L’interprétation de Louis Garrel ne doit pas non plus faire oublier la mise en scène de Michel Hazanavicius. Le réalisateur oscarisé de The Artist aurait pu se contenter – comme Godard à la fin des années soixante s’était refusé de le faire – de suivre lentement la pente toute tracée creusée dans ses précédents films. Au lieu de tourner le troisième épisode de OSS 117, il se frotte à un genre nouveau pour lui, le biopic, et à un monstre sacré, Godard. Le défi est relevé haut la main.

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Kiss & Cry ★★★☆

Sarah a quinze ans.  Elle fait du patin artistique en sports études et prépare fiévreusement les championnats de France sous la férule de Xavier, un entraîneur sadique, et de sa mère, une Russe installée en France. Mais des patins, Sarah aimerait en rouler à des garçons de son âge et vivre une vie « normale » sans être asservie à son sport.

L’affiche du film résume à merveille Kiss & Cry. En haut, une patineuse surmaquillée, les cheveux nattés, dans une combinaison kitsch, se concentre. En bas, une ado rieuse entourée d’amies glousse en envoyant des photos sur Snapchat.

Le film co-réalisé par Chloé Mahieu et La Pinell fait coup double. D’un côté, il documente l’univers impitoyable du patinage artistique. De l’autre, il filme une bande d’adolescentes avec une rare délicatesse.

Le monde du patinage artistique avait rarement été filmé. Après avoir vu Kiss and Cry, on se demande bien pourquoi tant il semble se prêter à la dramatisation : un groupe de personnages – les patineuses – tendues vers un objectif commun – les championnats de France – doivent traverser une série d’épreuves – leurs chamailleries, la tyrannie de leur entraîneur, la pression de leurs parents. C’est par cette porte d’entrée là que les réalisatrices en sont venues à tourner ce film. Il est né d’un documentaire réalisé en 2014 autour d’un groupe de jeunes championnes. Leur entraîneur – plus vrai que nature – et elles reprennent leur rôle. Seule actrice professionnelle, la mère de Sarah, la Russe Dinara Droukarova aperçue récemment dans La Supplication ou Trois souvenirs de jeunesse. Il y a quelques mois était sorti sur les écrans un documentaire similaire sur le monde de la natation synchronisée Parfaites.

Plus dangereux était la description de l’adolescence, si souvent traitée au cinéma avec un bonheur inégal. Les jeunes réalisatrices relèvent le défi haut la main, qui réussissent à rendre attachante Sarah. Elle a la moue boudeuse de l’ado butée – on pense à Dana, la fille de Brody dans Homeland. Elle a une façon bien à elle de refuser la tendresse d’un premier baiser. Elle a le juron facile (quand une jeune fille dit « j’m’en bats les couilles », j’ai toujours une seconde d’hésitation) et le rire communicatif.

La dernière scène pourra décontenancer. Tout bien considéré, c’était la façon la plus intelligente de conclure ce film attachant.

La bande-annonce