Les Hommes du feu ★★★☆

C’est l’été dans le Sud de la France. Le vent se lève, les incendies menacent. Philippe (Roschdy Zem) se dévoue corps et âme à la caserne de pompiers qu’il dirige au point d’y avoir sacrifié sa vie de famille et l’éducation de sa fille. Ses hommes lui obéissent au doigt et à l’oeil. Cette belle concorde sera-t-il mise à mal par l’arrivée de Bénédicte (Emilie Dequenne) ?

La vie d’une caserne de police au quotidien. Les Hommes du feu reprend les mêmes recettes que Polisse : documenter un microcosme. Pierre Jolivet le fait avec une application presque tâcheronne. Il accumule les vignettes qui permettent de passer en revue tous les aspects du travail en SDIS : la lutte contre les incendies de forêt bien sûr, mais aussi l’intervention dans les banlieues dites sensibles sous les insultes des « cailleras », l’accouchement en urgence d’une parturiente, les troisièmes mi-temps bien arrosées et les vies familiales sacrifiées. On imagine que Pierre Jolivet s’est longuement documenté. On imagine volontiers aussi que son film à la gloire de ces hommes du feu sera systématiquement diffusé dans les casernes et y connaîtra une belle postérité.

Une accumulation d’histoires ne fait pas un film. On sent que les scénaristes ont beaucoup hésité : la menace de la fermeture de la brigade pour d’obscures raisons administratives ? la recherche d’un pyromane ? une enquête administrative interne provoquée par la négligence d’un pompier ? En fait, le fil du film, c’est Bénédicte, cette jeune pompier (pompière ?) qui, tel un chien dans un jeu de quilles, déboule dans un milieu exclusivement masculin et volontiers misogyne. Elle s’y fera accepter à force de persévérance.

Les Hommes du feu est à tel point lesté de bons sentiments qu’il menace de se noyer sous leurs poids. C’est un film positif, presque naïf, tout entier à la gloire des Services d’incendie et de secours. Pourquoi alors trois étoiles ? Parce que Les Hommes du feu m’a touché. Parce que je suis un irréductible fidèle du cinéma de Pierre Jolivet que je suis depuis qu’il est passé de l’autre côté de la caméra (il avait entamé avec son frère Marc une carrière d’acteur dans les années soixante-dix) : Force majeure, Simple mortel, En plein cœur, Ma petite entreprise… Un cinéma français qui s’assume : sans chichiter comme les soi-disants héritiers de la nouvelle garde prétendent le faire, sans loucher vers Hollywood dont ce cinéma-là n’aura jamais les budgets, qui raconte une histoire et lui donne vie grâce à une direction d’acteurs impeccable. Un cinéma que j’aime.

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À la recherche des femmes chefs ★☆☆☆

Pourquoi y a-t-il aussi peu de femmes chefs ? Pourquoi des hommes, barbus et tatoués de préférence, tel le chef danois René Redzepi, trustent-ils les premières places de tous les classements gastronomiques alors que partout sur la planète, des zones les plus reculées jusqu’à nos sociétés postmodernes, les femmes sont encore trop souvent reléguées à leurs fourneaux ?

Tandis que les documentaires sur la haute gastronomie se multiplient ces dernières années, surfant sur la mode des Top Chef et Cie – documentaires qui tous prennent pour héros des chefs masculins : le chef d’El Bulli, celui de Noma ou les Bras à Laguiole – il n’était pas sans intérêt de se pencher sur ce paradoxe : pourquoi parmi les 616 tables étoilées en France en 2017 n’y en a-t-il que 3 % qui soient tenues par des femmes ?

Le documentaire de Vérane Frediani révèle un monde profondément machiste où les rares femmes ne doivent leur réussite qu’à la reprise d’un héritage paternel : ainsi de Anne-Sophie Pic à Valence, de Sophie Bise à Talloires ou de Hélène Darroze à Paris. Il révèle que cette sous-représentation s’explique par des causes propres au monde de la gastronomie et par d’autres propres aux femmes elles-mêmes.
En cuisine, la tâche est rude et la discipline de fer. Les femmes qui veulent s’y faire accepter doivent gommer leur féminité. Et si l’on sort de la cuisine, la célébrité s’acquiert grâce à des réseaux que les femmes, nous dit Vérane Frediani, répugnent à faire fonctionner en raison de leur manque de confiance en elles.

À la recherche des femmes chefs explore le monde entier, de la Chine au Chili, en passant par le Royaume-Uni, les États-Unis et la Lituanie. Ce voyage au long cours ouvre des horizons mais nuit à l’unité du propos. Le dernier quart du film frôle d’ailleurs le hors sujet, présentant une expérience bolivienne intéressante mais hors sujet d’émancipation des femmes par l’éducation culinaire.

Telle n’est pas toutefois la tare essentielle de ce documentaire. Le principal reproche qu’on lui adressera est le suivant. Pour dénoncer une discrimination de genre, il reprend à son compte des catégories genrées. Il explique l’absence des femmes de la direction des tables étoilées par leur supposée absence d’ambition, par leur réticence à se pousser du col, par leur incapacité à s’organiser en réseaux. Autant de  soi-disant attributs féminins qui expliquent moins cette discrimination qu’ils ne la justifient et ne l’entretiennent.

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Mad Max: Fury Road ★☆☆☆

Après Mad Max (1979), Mad Max II – le défi (1981) et Mad Max – Au delà du dôme du tonnerre (1985), il a fallu attendre trente ans la sortie de Mad Max: Fury Road.
Dit autrement : les trois quarts de l’audience juvénile de la salle où j’étais allé le voir en 2015 n’étaient pas nés à la sortie des premiers épisodes !
Si les vrombissements post-apocalyptiques des bolides customisés et le perfecto de Mel Gibson ont bercé mon enfance, sur quel ressort cet opus tardif joue-t-il chez un public nourri entretemps de mille autres références ?

Deux longues heures ne m’auront pas donné la réponse à cette question.
George Miller nous livre un spectacle visuel gratuit.
Gratuit ? pas tant que ça. Le moindre plan est si sophistiqué qu’il a probablement coûté à lui seul le PIB du Swaziland.

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La Loi du marché ★★★☆

On réagira différemment selon ses opinions politiques à La Loi du marché présenté à Cannes en 2015 et couronné par le César du meilleur film.

Si on penche à droite, on trouvera bien caricaturale la charge contre l’entreprise accusée de tous les maux.

Si on penche à gauche, on sera ému aux larmes par ce portrait sans concession d’un homme qui lutte contre un système qui bafoue sa dignité.

Mais, où qu’on se situe, on ne pourra qu’être impressionné par la maîtrise du réalisateur et par le jeu des acteurs, Vincent Lindon en tête qui a amplement mérité la Palme.

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Ex Machina ★☆☆☆

Ex Machina avait tout pour plaire.
Un réalisateur talentueux, Axel Garland, scénariste à succès (The Beach, 28 Days Later, Never let me go) qui passe pour la première fois derrière la caméra.
Un film de genre : la Sci-fi sans extra-terrestres aux oreilles vertes et combats intergalactiques
Un sujet métaphysique qui louche du côté de Blade Runner et de A.I. : l’intelligence artificielle et son impossible humanité.

Hélas j’avoue m’être copieusement ennuyé devant ce huis-clos étouffant, bavard et fumeux.
La faute au film trop touffu ? la faute à moi qui n’y ai rien compris et qui, à la lecture de l’article de Whatculture.com suis en train de mesurer ce à côté de quoi je suis passé ! À lire évidemment après avoir vu le film – le risque étant que vous n’y compreniez rien (si si ! soyez solidaire et évitez-moi de me sentir très bête).

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La Porte d’Anna ★★★☆

Produit par mon ami Henri Magalon « La Porte d’Anna » est un documentaire tourné à la fondation Vallée dans le Val-de-Marne. Cet établissement pédopsychiatrique accueille des adolescents autistes et psychotiques.

Les premières images sont rudes tant ces patients, dont certains ne maîtrisent même pas le langage, semblent lourdement affectés. Leur retard fait peur. Leur violence effraie.

Mais, avec douceur, la caméra de Patrick Dumont et François Hebrard nous les rend familier. On s’attache à ce petit groupe. On suit leurs progrès sinon leur guérison que l’on sait impossible.

Et surtout on reste pantois d’admiration devant la patience et le dévouement du personnel soignant. Sans doute face à la caméra s’efforçait-il de faire bonne figure. Il n’en donne pas moins l’image d’un service public de la santé admirable d’humanité et de professionnalisme.

Reste un grand absent : les parents.

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Un Français ★★★☆

Un Français est un film à voir ou à revoir. Mais pas pour les raisons qu’on croit.

On serait déçu en espérant y voir la radioscopie d’une France rongée par les démons de l’extrême droite. Car ce film  sorti en 2015 ne parle pas des millions de Français qui avaient voté ou voteraient pour le Front national au point de permettre à son leader d’accéder au second tour de l’élection présidentielle de 2017. Ce film parle d’une minorité de skinheads historiques qui, depuis les années 80, professent une xénophobie radicale et une violence nihiliste.

L’intérêt du film est ailleurs : dans sa façon de raconter – en une heure trente-huit seulement – près de trente ans d’histoire de France depuis la montée de l’extrême droite dans les années quatre-vingts jusqu’à la Manif Pour Tous. Diastème procède par un mélange de lenteur et d’ultra-rapidité. Lenteur des longs plans séquences qui accompagnent, jusqu’à la nausée des scènes répétitives de ratonnade, aussi violentes que bêtes. Ultra-rapidité dans la juxtaposition très cut de ces scènes séparées par des ellipses de plusieurs années qu’on ne saisit pas immédiatement mais qui deviennent en quelques secondes aisément compréhensibles.

Un Français n’est pas encore le (grand) film français sur l’extrême droite que l’on attend, mais c’est un modèle de cinéma. Et c’est déjà beaucoup.

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Le Souffle ★★★☆

Vous vous riez de mon goût immodéré des films kirghiz muet en noir et blanc.
Je vous parlerai donc aujourd’hui d’un film kazakh muet… mais en couleurs !

Le Souffle de Alexander Kott.
C’est le souffle du vent sur la plaine nue
C’est le souffle de la passion qui embrase les cœurs : celui de Elena An (une beauté à couper… le souffle !) et de ses deux courtisans, un Kazakh cavalier et un Russe poète.
C’est hélas aussi le souffle des explosions nucléaires effectuées par l’Armée rouge pendant plus de quarante ans dans ces zones désertiques.

Le Souffle est un film d’une beauté austère. D’immenses plans en Scope de la plaine kazakhe. Pas un mot n’est échangé entre quatre personnes mutiques : un père, sa fille et deux prétendants. Ce silence confine à l’exercice de style. Il est pourtant d’une grande cohérence : la beauté intimidante des paysages n’aurait pas supporté des dialogues futiles et envahissants.
Face à la plaine kazakhe infinie, on se tait… et on savoure.

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Valley of Love ★★★☆

Tous les ingrédients étaient réunis pour que je déteste Valley of Love : des critiques calamiteuses, deux acteurs que je n’aime pas (Depardieu et Huppert dans leur propre rôle), un scénario dénué de crédibilité (un fils suicidé donne rendez vous à ses parents dans la Vallée de la mort) et un titre à deux balles.

Et pourtant la magie a opéré.
Je me suis laissé prendre au faux rythme du film de Guillaume Nicloux. Et surtout je suis tombé sous le charme du jeu de nos deux monstres sacrés : Huppert chafouine et larmoyante, Depardieu plus obèse que jamais. J’ai beau ne plus les aimer parce que je les ai trop vus, chapeau les artistes !

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Pas comme des loups ★☆☆☆

Simon et Sifredi sont frères. Vincent Pouplard les filme dans leur marginalité. Pas comme des bêtes sauvages menaçantes, mais comme des hommes tout simplement.

Il y a deux façons de recevoir ce documentaire anticonformiste.

La première est d’adhérer à ses partis pris radicaux. Vincent Pouplard  – qui poursuit une collaboration nouée avec la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse – ne livre pas un film à thèse dont ses deux protagonistes seraient les cobayes. Il choisit au contraire de les filmer tels qu’ils sont, dans un squat, dans la forêt où, l’été venu ils construisent une cabane. La caméra du documentariste se fait volontiers vagabonde, oublie ses sujets pour filmer la lumière dans laquelle ils vivent. Le résultat est déroutant. La paisible marginalité de Roman et Sifredi est tout sauf misérable ou menaçante. Elle résonne comme une hymne à la liberté et à l’anarchie.

La seconde est de se lasser bien vite – même si ce moyen métrage ne dure que cinquante neuf minutes – des images esthétisantes, de l’absence de scénario et surtout de ces deux slameurs quasi-analphabètes qui se prennent pour Rimbaud ou Thoreau parce qu’ils se sont construit une cabane en ânonnant des vers.

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