Faster, Pussycat! Kill! Kill! ★★★☆

Attention ! Film culte ! L’intraduisible et impayable Faster, Pussycat! a pour héroïnes trois amazones qui sillonnent le désert californien dans leurs voitures de course.

Le film commence par quelques lignes lues en voix off : « Ladies and gentlemen, welcome to violence, the word and the act. While violence cloaks itself in a plethora of disguises, its favorite mantle still remains . . . sex. »
Suivent des images psychédéliques de stripteaseuses filmées en contre-plongée face à des spectateurs masculins émoustillés et éructants.
Le film à proprement parler commence par un plan séquence : trois cabriolets roulent à vive allure sur une piste. Soudain, l’un d’eux bifurque vers un lac. Sa conductrice stoppe, descend de voiture et plonge dans l’eau. Une autre conductrice la rejoint bientôt. Une mêlée s’ensuit. D’abord dans l’eau. Puis sur la berge. On l’aura compris : tout est bon pour filmer deux filles à gros seins se rouler dans la boue.

Faster Pussycat! a été tourné avec trois bouts de ficelle en 1965 par Russ Meyer, un ancien photographe de Playboy passé derrière la caméra. Sans s’encombrer d’un scénario sophistiqué, il y filme ses fantasmes : des femmes libérées, violentes, à la poitrine démesurée.

Faster Pussycat! est à la fois terriblement sexiste et étonnamment féministe. C’est une série B au mauvais goût assumé qui charrie tous les stéréotypes du film X : jolies pépés, T-shirts mouillés, latex fétichistes, grosses cylindrées … Mais c’est aussi un film dont les héroïnes sont des femmes. Des femmes qui utilisent leur sexualité agressive pour subvertir les codes d’un monde d’hommes. L’affiche du film le montre : Tura Satana, une ex stripteaseuse nippo-amérindienne, toute de cuir (dé)vêtue, fait une clé de bras à un homme cloué au sol.

Faster Pussycat! est le film culte de Quentin Tarantino. Impossible de le voir aujourd’hui sans penser à son Death Proof qui en est directement inspiré. C’est à la fois l’intérêt et la limite du film de 1965. Faster Pussycat! a inspiré une œuvre qui en a sophistiqué et modernisé l’écriture et qui, du coup, l’a démodé.

La bande-annonce

Emily Dickinson, A Quiet Passion ☆☆☆☆

Emily Dickinson (1830-1886) est une des plus grandes poétesses américaines. Terence Davies (1945-), un des plus grands réalisateurs britanniques contemporains, raconte sa vie.

Il y a deux façons de réaliser un biopic. La première, la plus classique, est de suivre son héros tout au long de sa vie en en narrant les rebondissements. La seconde, qu’on voit de plus en plus souvent, par réaction sans doute avec le classicisme de la première, est de se focaliser sur un de ses épisodes (Django, Jackie, Neruda pour ne citer que quelques exemples récemment sortis sur les écrans)

Terence Davies est un réalisateur trop classique pour ne pas choisir la première option. Le problème est que la vie d’Emily Dickinson fut dépourvue de tout rebondissement. Du berceau au tombeau, elle vécut entre les quatre murs douillets de la résidence familiale d’Amherst dans le Massachussets. Elle ne se maria jamais. Elle se consacra nuit et jour à son art. Quelques uns de ses poèmes furent publiés de son vivant ; mais elle n’atteint la gloire qu’après sa mort.

La bande-annonce m’avait induit en erreur. Sur une musique exaltante, elle annonçait une histoire passionnante. En lieu et place, j’ai eu droit à une purge interminable de plus de deux heures. Métronomiquement, deux types de scènes se succèdent. Dans le premier, Emily Dickinson et son père/sa sœur / sa meilleure amie dialoguent avec esprit sur la douleur d’être femme et la difficulté d’être au monde (et vice versa). Dans le second, la caméra balaie avec une lenteur exaspérante, un intérieur bourgeois éclairé à la chandelle où l’on voit Emily et sa parentèle coudre / lire / ne rien faire tandis que d’une voix off pénétrée Cynthia Nixon déclame les vers mal traduits de la poétesse.

Que celui ou celle qui n’aura pas réprimé un bâillement d’ennui me jette la première pierre.

La bande-annonce

Tunnel ★★★☆

Le scénario de Tunnel se résume en deux phrases. Un homme est coincé dans sa voiture dans un tunnel écroulé. Les secours réussiront-ils à le sauver ?

Le survival movie est devenu un genre à part entière. Son principe en est simple. Naufragé sur une île déserte (Tom Hanks dans Seul au monde), piégé dans un bateau qui coule lentement (Robert Redford dans All is Lost), enterré six pieds sous terre (Ryan Reynolds dans Buried), le bras écrasé sous un rocher (James Franco dans 127 heures), le héros survivra-t-il ? Mais c’est un véritable casse-tête pour un scénariste. Que filmer sinon un homme seul ? Comment raconter sans lasser le lent écoulement du temps ? Comment donner du rythme au récit sans le ponctuer de rebondissements trop artificiels ?

Il faut parfois s’appuyer sur quelques béquilles. Ainsi de l’usage du téléphone portable dans Tunnel – comme dans Buried – particulièrement surprenant dans un film dont l’affiche annonce : « Ça va couper ». Ainsi de certaines rencontres inattendues qui brisent la solitude du survivant (j’ai toujours considéré un peu « facile » l’arrivée de Vendredi sur l’île de Robinson qui, si elle enrichit le roman de Daniel Defoe et plus encore celui de Michel Tournier d’une dimension fascinante (l’altérité), le distrait de son sujet original (la survie)). Ainsi des flashbacks qui éclairent le comportement du rescapé.

Le cinéma coréen relève la gageure de cacher, sous les traits anodins du film de genre, une critique politique aiguisée. C’était le cas des films de Bong Joon-Ho : Snowpiercer, The Host, Memories of Murder. C’était le cas aussi du précédent film de Kim Seong-Hun Hard Day. Ici, Tunnel est l’occasion de décocher quelques piques bien senties à la corruption d’un système dont la Présidente de la République vient d’être renversée pour concussion.

Mais là n’est pas l’essentiel. Le scénario ne s’éloigne jamais bien longtemps de la voiture où notre héros est reclus. Pendant son interminable rétention, se poseront à lui et à ceux qui le secourent des questions déchirantes : va-t-il partager le peu d’eau qui lui reste pour adoucir les derniers instants d’une autre victime dont on sait la mort certaine ? vont-ils poursuivre des opérations coûteuses de sauvetage alors qu’il n’y a plus d’espérance raisonnable que le disparu soit encore vivant ? va-t-il voter pour Emmanuel Macron ou s’abstenir [Ciel ! je m’égare !] ?

Comment Tunnel se termine-t-il ? Généralement les survival movies sacrifient au happy end. All is Lost de J.C. Chandor constitue une exception exotique. Je ne dirai bien entendu rien du bout de ce Tunnel. Les deux options étaient également concevables – je n’en conçois guère de troisième – et celle qui est choisie n’est pas la moins efficace.

La bande-annonce

Django ★☆☆☆

Contrairement à La Môme, Ray, Cloclo ou Dalida, Django ne raconte pas l’ascension, la gloire, la chute et la rédemption d’un génie de la musique. A rebours du biopics attendu, Étienne Comar choisit de se focaliser sur un épisode très précis de la vie du guitariste : l’hiver 1943 durant lequel il choisit de quitter la France pour la Suisse. Il était alors au sommet de gloire, coqueluche du tout-Paris qui venait l’applaudir tous les soirs aux Folies-Bergères.

C’est peu dire que la première partie, du film est réussie. On plonge dans le Paris de l’Occupation reconstitué avec soin. On assiste en direct à un concert de Django. On se laisse emporter par son swing. On découvre sa tribu : sa mère, sa femme enceinte, son frère, son impresario…

Mais, en quittant Paris, Django s’encalmine. Le guitariste et sa famille se retrouvent au bord du lac Léman en attente d’un hypothétique passage vers la Suisse. L’hiver s’installe. L’attente se prolonge. Le film s’arrête. On sent qu’il change de sujet : le réalisateur fait d’un épisode de la vie de Django la synecdoque de la persécution des Tziganes pendant la Seconde guerre mondiale.

Sans doute Django est-il brillamment interprété. Reda Kateb – l’idole de ma femme – est comme d’habitude parfait. Cécile de France – mon idole à moi – l’est plus encore. Elle a ce je-ne-sais-quoi qui fait d’elle une femme fatale très 40ies sur les traces de Laurence Bacall ou de Ingrid Bergman. Agent double, en cheville avec la Résistance, peut-être retournée par les Allemands, elle irradie la pellicule à chacune de ses apparitions.

La bande-annonce

Le Procès du siècle ★★★☆

En 2000, David Irving a attaqué en justice Deborah Lipstadt et son éditeur Penguin Court. Il leur reprochait de l’avoir diffamé en le traitant de négationniste. Avec une grande fidélité aux faits, Denial (dont on n’arrive pas à comprendre pourquoi il n’a pas été traduit par Négationnisme) raconte le procès qui s’est déroulé à Londres.

Passionnés d’histoire, passionnés de droit, ce film est pour vous.

Le Procès du siècle est un film sur le crime du siècle : la Shoah. Le rôle d’un juge n’est pas de dire l’histoire. C’est aux historiens de le faire dans un débat sans cesse recommencé. Jean-Noël Jeanneney l’avait démontré avec force dans un un livre aussi court que percutant (Le Passé dans le prétoire, Seuil, 1998). Pour autant, il est des situations où le juge doit chausser les habits de l’historien sauf à tomber dans le déni de justice. Pour apprécier le caractère diffamatoire des accusations portées dans son livre par Deborah Lipstadt sur David Irving, pour décider si, en le qualifiant de négationniste, elle l’avait ou non diffamé, le juge n’a eu d’autre alternative que de s’interroger sur la réalité des faits.
La chose pourrait sembler aisée. Comment nier l’Holocauste ? Comment remettre en doute l’assassinat systématique de six millions de Juifs durant la Seconde Guerre mondiale ? Sauf qu’on peine à en trouver une preuve irréfutable : pas d’ordres écrits du Führer, pas de documents photographiques, des chambres à gaz en partie détruites dont la destination peut être mise en doute, des témoignages oraux par centaines mais qu’on peut toujours tourner en dérision…

Du coup, Le Procès du siècle est avant tout un film qui parle de Droit. Un courtroom movie comme l’affectionne le cinéma hollywoodien. Sauf qu’on pouvait redouter le pire de la pente naturelle du cinéma hollywoodien : la simplification des enjeux qui supporte mal la subtilité du débat judiciaire, la multiplication des coups de théâtre qui essaie d’insuffler du rythme à une procédure qui en manque souvent, l’appel aux bons sentiments dont ne s’embarrassent pas les juristes sauf à troubler leur jugement.
L’espace d’un instant, on frémit. Lorsque Deborah Lipstadt exhorte ses avocats à appeler à la barre des anciens déportés auxquels elle a promis que leur voix serait entendue. Mais miraculeusement, cette scène attendue, redoutée, n’aura pas lieu. Avec une abnégation rare, les scénaristes y ont renoncé et sont restés au plus près des faits. Ils ont rendu compte de chaque étape du procès, de la stratégie suivie par la défense qui se focalisait sur David Irving, ses écrits tendancieux et ses arrière-pensées délétères. En refusant de venir à la barre, Deborah Lipstadt ne fait pas preuve de lâcheté. Au contraire, elle accepte de s’effacer, de renoncer au plaidoyer qu’elle aurait rêvé faire, pour que l’attention du juge ne soit pas détourné de l’unique question qui lui était posé : David Irving est-il ou pas négationniste ?

À une époque où la post-vérité a désormais droit de cité, un film qui rappelle que les faits ont la vie dure est salutaire. À une époque où l’extrême-droite semble plus proche que jamais de conquérir le pouvoir, un film qui dénonce le négationnisme est d’utilité publique.

La bande-annonce

Noma au Japon : (Ré)inventer le meilleur restaurant du monde ★☆☆☆

En 2010, 2011, 2012 et 2014, le restaurant danois Noma a été sacré meilleur restaurant au monde – avant de céder la place les années suivantes à un restaurant espagnol (2015), italien (2016) et américain (2017). Au sommet de sa gloire, début 2015, la brigade de René Redzepi décide d’ouvrir une résidence de deux mois à l’hôtel Mandarin Oriental de Tokyo. Le documentariste Maurice Dekkers a filmé cette aventure.

Grosse déception devant ce documentaire que j’étais pourtant parti voir l’eau à la bouche. Il ressemble trop à un long clip publicitaire calqué sur les émissions de cuisine-réalité. Comme dans Top chef, un suspens artificiel est construit de toutes pièces : les cuisiniers danois réussiront-ils en moins de six semaines à inventer un service en quatorze plats mariant les saveurs japonaises et occidentales ? On sait par avance que le défi sera relevé et que Noma ouvrira au jour J.

Comme dans MasterChef, c’est la quête obsessionnelle de la perfection, la ténacité, la résistance à l’échec qui sont vantés. Étrange époque que la nôtre où ces vertus guerrières ne trouvent plus guère à s’exercer qu’en cuisine. René Redzepi, le fils d’un immigré macédonien, est le chef d’orchestre de cet impressionnant ballet, qui pousse ses équipes à se dépasser. Autour de lui, une cohorte de trentenaires tatoués se dévouent corps et âme dans un anglais cosmopolite : un Allemand méthodique, une Espagnole ambitieuse, un Danois stressé…

Il y avait pourtant autre chose à dire sur Noma que cette odyssée nipponne. Comment le petit restaurant ouvert en 2004 s’est hissé en quelques années au rang des meilleurs tables au monde. Comment aussi il a traversé en 2013 la polémique dont il avait été l’objet après avoir empoisonné une soixantaine de ses clients.

Dans le même genre, on préfèrera sans hésitation El Bulli, consacré à la cuisine du génial chef catalan Adrian Ferra ou, plus encore, Entre les Bras, ce documentaire au si joli titre qui racontait l’histoire du 3-étoilles Michelin de Laguiole dirigé par Michel Bras et son fils Sébastien.

La bande-annonce

Aurore ★★☆☆

Aurore sent venir les premières manifestations de la ménopause. Elle élève seule à La Rochelle deux filles bientôt adultes. L’aînée lui annonce qu’elle est enceinte. La cadette va quitter le nid familial. Comme si ce n’était déjà pas trop tôt, son nouveau patron la pousse à bout.

Un film écrit par une femme, joué par une femme, pour un public … de femmes

Je sens d’ici se froncer les sourcils de mes lectrices – au premier rang desquelles ma sourcilleuse épouse. Comment ? À rebours d’un siècle de lutte pour l’émancipation féminine, j’oserais assigner les femmes à un ghetto artistique inaccessible aux hommes ? C’est donc avec une prudence extrême que je soutiendrai ici qu’il existe, à mon sens, une littérature et un cinéma féminins qui touchent plus les femmes que les hommes – tout comme il existe des livres et des films qui en appellent plus à une audience masculine (SAS ou Rambo).

Aurore est de ceux-là, que je conseillerais plus à des femmes de cinquante ans qu’à des jouvenceaux de vingt (mes lectrices, déjà aliénées par mes remarques anti-féministes, vont légitimement se vexer de cette allusion à leur âge – qui est aussi le mien). Il est troublant qu’il traite exactement le même sujet que Marie-Francine, la comédie de Valérie Lemercier qui sortira le 31 mai : soit une femme d’une cinquantaine d’années à qui on a dit le jour de ses premières règles qu’elle serait une femme désormais et qui se demande ce qu’elle sera le jour où elle n’en aura plus. C’est le signe que le sujet a un certain écho dans notre société. D’ailleurs ce n’est pas la première fois qu’il est traité : qu’on pense au film chilien Gloria ou à l’excellent Les beaux jours de Marion Vernoux adapté d’une bande dessinée au titre joliment trouvé Une jeune fille aux cheveux blancs.

À Aurore qui confesse avoir peur de vieillir, d’être seule et d’être pauvre, une septuagénaire pleine de vie lui répond qu’il existe des remèdes à la solitude et à la pauvreté, mais pas au vieillissement. C’est donc à une lente acceptation de son âge sinon de son statut que Aurore devra parvenir. Elle le fera accompagnée de femmes : ses deux filles, sa meilleure amie. Aurore est un film sans hommes. Ou plus précisément un film où les hommes sont réduits à des caricatures : l’ex-mari puéril, l’ex-amant ténébreux.

Autre défaut d’un film qui ne mérite pas les critiques dont je l’écrase : on est surpris du luxe – relatif – dans lequel vit Aurore, une serveuse de restaurant bientôt au chômage, et on s’étonne que les questions de classe, d’argent ne soient guère évoquées.

La bande-annonce

Cessez-le-feu ★★☆☆

La Grande Guerre – qu’on n’appelait pas encore la Première – a levé son lourd tribut sur les Laffont, une famille de notables provinciaux. Jean, le benjamin, est porté comme tant d’autres disparu. Marcel, le cadet, a perdu l’usage de la parole. Georges l’aîné est parti pendant quatre années en AOF, se livrer à la contrebande de main d’œuvre et d’objets d’art, pour oublier l’enfer de Verdun.
Quand Georges rentre finalement en métropole en 1923, il peine à y retrouver sa place, entre sa mère écrasée par le chagrin, son frère muré dans le silence, et la belle professeure de signes de celui-ci.

Cessez-le feu n’est pas un film sur la Première guerre mondiale, mais sur les traumatismes qu’elle a causés. Le sujet est souvent traité pour les guerres les plus récentes : la guerre du Vietnam (The Deer Hunter), la guerre du Liban (Valse avec Bachir), la guerre d’Irak (Of Men and War, Un jour dans la vie de Billy Lynn). Il ne l’avait guère été pour la Première guerre mondiale parce que ses syndromes (PTSD en anglais : post traumatic stress disorder) ne seraient pas diagnostiqués avant la seconde moitié du siècle.

Le mérite en revient au scénario original écrit par Emmanuel Courcol, qui signe à près de soixante ans un premier film tout en délicatesse après avoir longtemps travaillé avec Philippe Lioret (Welcome, L’Équipier, Welcome). On est dans le cinéma français dans ce qu’il a de meilleur, dans ce qu’il a aussi de plus conventionnel : une reconstitution historique fidèle (mention spéciale à la toute première scène, véritable plongée dans l’enfer des tranchées), une direction d’acteurs parfaite (on peine à distinguer qui de Romain Duris, de Céline Salette et de Grégory Gadebois est le meilleur), une mise en scène irréprochable.

Ce cocktail réussi produit un film élégant qu’on regarde avec intérêt mais qui n’allume aucune étincelle. Cessez-le-feu est une mise en bouche avant la sortie de l’adaptation d’Au revoir là haut, le prix Goncourt de Pierre Lemaître, annoncée pour le 25 octobre 2017.

La bande-annonce

11 minutes ★★★☆

Une actrice a rendez-vous dans une suite d’hôtel pour passer une audition ; son mari, très jaloux, la traque. Un groupe de bonne sœurs achètent un hot dog ; le vendeur est un ancien professeur qui a eu maille à partir avec la police. Un dealer sillonne Varsovie en moto. Une équipe de SOS Médecins secourt une parturiente séquestrée par un mari violent. Un retraité peint sur les bords de la Vistule. Un jeune homme décide de se venger d’un prêteur sur gages. Une jeune femme promène son chien.

Le dernier film de Jerzy Skolimowski repose sur une mécanique d’une diabolique efficacité. Il filme des fragments d’histoire sans lien apparent entre eux sinon qu’ils se déroulent entre 17h00 et 17h11 à proximité d’un hôtel du centre de Varsovie.

Peu importe du coup qu’ils ne soient pas particulièrement captivants. On se laisse prendre au jeu.
On s’amuse à chercher – et à trouver – des liens entre telle et telle histoire, montées de telle façon que le fil chronologique n’est pas toujours respecté : un flashback d’une ou deux minutes éclaire le comportement du personnage secondaire d’une histoire qui devient le personnage principal d’une autre.
Surtout, on passe plus d’une heure à se demander où tout cela va mener. Car on le sait : ces histoires vont converger. Converger vers quoi ? Un attentat qu’annonce l’ombre menaçante d’un avion qui frôle dangereusement les buildings du centre ville ? On n’en dira pas plus. Même si la conclusion n’est pas aussi excitante qu’on l’aurait aimée, le dispositif malin de ce film suffit à nous tenir en haleine.

La bande-annonce

Retour à Forbach ★☆☆☆

Régis Sauder est né à Forbach. Pas dans sa partie la plus chic. Mais « en bas », dans le quartier des houillères, avant que la crise ne frappe, que l’emploi ne se raréfie, que la population, abandonnée à sa rancœur ne cède aux sirènes du Front national, représenté par Florian Philippot, un enfant du cru.

Régis Sauder revient dans la ville de son enfance. On aurait aimé qu’il en fasse la sociologie, qu’il en décrypte les ressorts du vote Front national – comme l’avait fait en 2012 l’excellent Mains brunes sur la ville à Orange et Bollène. Malheureusement, le réalisateur préfère la veine autobiographique. Comme Annie Ernaux dans La Honte, il étudie ses relations à son passé, la difficulté d’assumer ses origines, d’en éprouver sinon de la fierté du moins de la reconnaissance.

Sa démarche gagne peut-être en sincérité. Mais elle perd en intelligence. On est émus de le voir revenir dans sa maison d’enfance, dialoguer avec ses amis poussés en graine, comme on l’est tous, qui avons connu le déracinement, lorsque nous revenons dans la ville de nos origines. Mais la démarche fait long feu.

Plus stimulante aurait été une immersion dans la vie politique locale pour en connaître les ressorts. Sur quoi reposait l’autorité paternaliste des Houillères ? Comment se traduisait-elle politiquement ? Par un vote d’allégeance démocrate-chrétien ou par un vote contestataire communiste ? À quoi a-t-elle laissé place ? Comment le Front national s’est-il implanté et a-t-il prospéré ? Autant de questions qui restent sans réponse.

La bande-annonce