Trois familles dysfonctionnelles habitent les trois étages d’un immeuble de rapport en Italie.
Lucio (Riccardo Scamarcio) est rongé par le soupçon que sa fillette Francesca a été abusée par son voisin Renato, un sympathique grand-père atteint de la maladie d’Alzheimer.
Monica (Alba Rohrwarcher) accouche seule, loin de son mari parti travailler à l’étranger, et craint de sombrer dans la folie qui a englouti sa propre mère après sa naissance.
Vittorio (Nanni Moretti) et Dora (Margherita Buy) sont tous deux magistrats. Ils ont raté l’éducation de leur fils qui se livre aux pires excès jusqu’à faucher, une nuit d’ivresse, un piéton sur un passage clouté.
L’Espagne a Pedro Almodovar, l’Angleterre Ken Loach, le Danemark Lars Von Trier et l’Italie Nanni Moretti. Bien sûr la phrase qui précède est très contestable et provoquera des haussements de sourcils et des propositions d’amendement. Mais, accordez-moi que si l’on vous demande à brûle-pourpoint de citer un réalisateur italien contemporain, c’est le nom de Moretti qui vous viendra en premier à l’esprit – ou bien, si vous voulez à tout prix me donner tort, ceux de Benigni, Bellocchio ou Sorrentino.
Nanni Moretti tourne des films depuis plus de quarante ans. À près de soixante-dix ans, il reste l’éternel jeune homme du cinéma italien. Il a reçu la Palme d’Or à Cannes en 2001 pour La Chambre du fils et une palanquée de Davids, l’équivalent des Césars.
Après s’être fait la conscience de la gauche italienne, notamment en multipliant les charges contre Berlusconi et ses dérives populistes, son cinéma est devenu depuis quelques années moins politique et plus intimiste. Je n’avais pas été entièrement convaincu par Mia Madre qui avait été pourtant encensé par la critique en 2016. J’ai au contraire été emballé par ce Tre Piani auquel elle a réservé un accueil plus froid.
J’en ai surtout aimé la fluidité de son récit. Je viens de faire la même remarque devant Les Olympiades dont la structure est similaire. Moretti comme Audiard réussissent avec une grande économie de moyens à entrelacer trois récits et à inscrire ces histoires dans le temps long : un an chez Audiard, dix ans chez Moretti en trois actes successifs. Pas de flashbacks compliqués comme des réalisateurs plus jeunes et moins sûrs de leur art aiment à en multiplier l’utilisation. Un récit platement chronologique et pour autant diablement prenant qui ne laisse aucun temps mort et réserve quelques belles surprises.
Le propos de Tre Piani n’est pas gai. Nanni Moretti ne se donne pas le beau rôle en interprétant un haut magistrat droit dans ses bottes qui a gâché sa relation avec son fils et avec sa femme à force de rectitude morale.
Alba Rohrwacher est, comme d’habitude, parfaite dans un rôle qu’elle affectionne : celui d’une jeune mère gentiment perchée.
Mais c’est l’histoire qui a Riccardo Scamarcio pour héros qui est la plus complexe et la plus intéressante. Son thème est scabreux : l’agression sexuelle sur mineurs. Celle dont la fille de Lucio a été victime (ou pas). Celle dont Lucio se rendra bientôt coupable (ou pas).
Je n’ai pas toujours aimé le Nanni Moretti des années 90 que je trouvais trop bavard, trop égocentrique, trop hypocondriaque. Je suis en train de lui préférer le personnage plus sombre, plus grave, plus amer qu’il est devenu au crépuscule de sa vie. Ce n’est pas bon signe….
Edmond (James McAvoy) travaille dans l’industrie du pétrole dans des pays dangereux : l’Irak, la Libye…. Il apprend que son fils, Ethan, sept ans, a disparu. Sa mère, Joan (Claire Foy), dont Edmond est séparé depuis plusieurs années et qui a refait sa vie avec un architecte, l’avait envoyé en colonie de vacances.
Alex et Noémie, la trentaine heureuse, forment un couple amoureux (et réciproquement). Mais alors qu’ils sont sur le point de concevoir un enfant, l’état de santé de Suzanne, la mère d’Alex, se détériore brutalement. Cette sexagénaire hyperactive, directrice d’une galerie d’art à Bruxelles, perd gentiment la tête. Le diagnostic tombe : Alzheimer. Sa dépendance de plus en plus inquiétante oblige son fils et sa belle-fille à suspendre leurs projets et à mettre leurs vies entre parenthèses.
Toute ressemblance avec une personne existante ou ayant existé ne serait pas purement fortuite. Aline Dieu, c’est Céline Dion. Une Céline Dion qui ne prétendrait pas à la parfaite authenticité, pour permettre à Valérie Lemercier quelques libertés avec la réalité – et lui éviter aussi des tracas juridiques.
Des dizaines de patients attendent, une nuit de décembre 2018, au service des urgences de l’hôpital Lariboisière à Paris, après une manifestation des Gilets Jaunes. Parmi eux, Raf (Valeria Bruni-Tedeschi), la quarantaine, une dessinatrice en pleine crise conjugale avec son épouse Julie (Marina Foïs) qui tremble pour son fils Kevin, parti manifester et dont elle est sans nouvelles. Yann (Pio Marmaï), un routier nîmois en colère, monté à Paris pour manifester, dont la jambe a été blessée par une grenade de désencerclement. Et Kim (Aïssatou Diallo Sagna) qui enchaîne sa sixième nuit de garde, alors même que sa fille est malade, et qui tente avec toute la bonne volonté du monde et des moyens cruellement insuffisants, d’accueillir et de soulager la douleur des patients.
Laura (Seidi Haarla) est une jeune Finlandaise venue en Russie dans les années 90 pour y étudier et en apprendre la langue. Elle y est devenue l’amante de Laura (Dinara Drukarova), une archéologue russe, qui, à la veille de leur départ pour Mourmansk, où les deux archéologues avaient l’intention d’aller voir des peintures rupestres, lui fait faux bond.
Laurent (Jérémie Rénier) est sous-officier de gendarmerie. Il commande une petit brigade en Seine-maritime, sur les bords de la Manche où il aime naviguer sur le bateau qu’il a acheté avec son meilleur ami. Il vient de demander la main de sa compagne, Marie, dont il partage la vie depuis dix ans et avec qui il a eu un enfant (interprétée par la propre fille du réalisateur et auquel elle ressemble étonnamment). La vie de la brigade et de ses militaires est ponctuée de petits drames ordinaires : un suicide du haut des falaises d’Etretat, un jeune qui circule sans casque et sous emprise, un poivrot qu’il faut raccompagner chez sa mère (Xavier Beauvois en caméo), un agriculteur qui part en vrille…
De nos jours, dans le quartier des Olympiades, à Paris 13ème, quatre jeunes gens se croisent, se séduisent, s’aiment, se quittent, se retrouvent….
Vincent (Fabrice Éboué) et Sophie (Marina Foïs) tiennent une petite boucherie dans le centre d’une ville de province. Leur couple bat de l’aile et leur commerce périclite qui, un beau matin, est la cible d’un coup de main d’une bande de vegans. Vincent a reconnu l’un d’eux et, quelques jours plus tard, veut lui donner une leçon et l’écrase par mégarde. Son cadavre, débité en morceaux, se retrouve bientôt dans l’étal de sa boucherie et remporte un succès inespéré auprès de la clientèle. Pour répondre à la demande, Vincent et Sophie se transforment en tueurs en série.
À la mort de leur rédacteur en chef, Arthur Howitzer Jr. (Bill Murray), tous les journalistes de The French Dispatch, l’antenne française d’un quotidien américain, se réunissent pour publier un ultime numéro. Il comprendra une rubrique nécrologique et trois articles écrits par les trois meilleures plumes du journal. Le premier sera centré sur un artiste peintre emprisonné dans un établissement pénitentiaire psychiatrique ; le deuxième évoquera la révolte étudiante qui a semé le chaos dans la petite ville d’Ennui-sur-Blasé ; le troisième racontera le kidnapping du fils de la police locale, libéré grâce au courage d’un grand chef.