Alice au pays des colons ★★☆☆

Contrairement à ce que son titre annonce, Alice au pays des colons ne s’intéresse pas à une mais à deux histoires. Elles ont en commun de se dérouler dans la Cisjordanie occupée dont la colonisation rampante est invisibilisée par l’effroi provoqué par les massacres du 7-octobre et par le siège de Gaza.
La première concerne Alice Kisiya, une Palestinienne qui se bat pour récupérer la terre de ses ancêtres, aujourd’hui occupée par des colons israéliens près de Bethléem. La seconde, dont on peut légitimement se demander si le réalisateur a eu raison de l’inclure, concerne Alaa Nasr, un Palestinien qui, près de Naplouse, s’entête à construire une maison à un jet de pierre des colonies.

La situation d’Alice Kisiya a été largement médiatisée. C’est d’ailleurs une stratégie sciemment menée par cette jeune femme polyglotte, chrétienne, de mère française, de nationalité israélienne, qui a hérité de ses ancêtres une terre sur laquelle son père avait construit un restaurant et une maison qui ont été plusieurs fois détruits au gré des jugements contradictoires rendus par les tribunaux sur son droit de propriété. C’est cette large médiatisation qui a conduit le journal français en ligne Blast à s’y intéresser et à missionner en Cisjordanie un reporter – auquel la police israélienne demande s’il ne possède pas la nationalité palestinienne compte tenu de son patronyme arabe – qui a incidemment été mis en contact avec Alla Nasr.

Alice au pays des colons a le mérite de filmer longuement le face-à-face épuisant entre deux parties inconciliables qui revendiquent l’une et l’autre la propriété d’une même terre. Alice Kisiya déploie une tactique de harcèlement aux portes de la colonie, y organise un sit-in, y rameute des supporters, israéliens et étrangers, juifs et arabes, chrétiens et musulmans, notamment deux jeunes Israéliens qui sont les seuls dans tout le documentaire à prôner ouvertement la  destruction d’Israël et à dire, sans rire : « nous ne venons pas d’une société fasciste ; nous venons d’une société pire, d’une société libérale » (sic).

Alice Kisiya invoque des titres anciens et des décisions de justice rendues en sa faveur. Les colons eux s’abritent derrière l’armée et la police israéliennes qui se fondent sur une législation d’exception qui leur permet de créer des « zones militaires fermées » et de décider discrétionnairement qui a le droit d’y vivre.

Les deux parties se font face, s’insultent, se braquent les unes contre les autres, en évitant soigneusement d’en venir aux mains pour ne pas être accusées de violence. Elles brandissent leurs téléphones portables pour documenter toute dérive et, simultanément, pour les prévenir. Après des heures épuisantes d’escalade vociférante, l’armée israélienne et ses jeunes conscrits et conscrites viennent les séparer pacifiquement. On s’étonne que cet interminable face-à-face n’ait jamais dégénéré, qu’un coup ne soit pas parti, qu’un homicide involontaire n’ait jamais été commis.

Le documentaire est partisan. Il prend fait et cause pour l’héroïne, si jeune, si charmante, si courageuse dans son combat. Des colons israéliens patibulaires, on ne voit que quelques silhouettes menaçantes, le fusil d’assaut en bandoulière. On aurait aimé que le micro leur soit tendu pour entendre leur point de vue.

La bande annonce affirme : « Le film que le cinéma ne veut pas vous montrer ». Il y a quelques semaines, les défenseurs de Holding Liat tenaient le même discours victimaire et criaient à la censure. Je l’ai vu dans une petite salle archi-comble du Quartier Latin, fait suffisamment rare pour être relevé. Ce public militant a longuement applaudi.

Un carton à la fin du film nous a appris que la Cour suprême a rendu un arrêt favorable à Alice en juin 2025, que les colons ont été expulsés mais que la réinstallation de la famille Kisiya est retardée par leurs raids et leurs destructions – une image filmée par un téléphone portable les montre jetant à bas une croix chrétienne, écho à la récente actualité d’un soldat de Tsahal vandalisant une statue de Jésus au sud-Liban.

La bande-annonce

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