À voix basse ★★☆☆

Lilia (Eya Bouteraa) a trente-deux ans. Elle vit en France loin de sa famille. La mort de son oncle l’oblige à revenir à Sousse en Tunisie. Ses funérailles sont l’occasion de mettre à nu des secrets familiaux longtemps enfouis.

À voix basse est le troisième film de la réalisatrice tunisienne Leyla Bouzid. J’avais adoré les deux premiers, À peine j’ouvre les yeux (2015) et Une histoire d’amour et de désir (2021). Aussi suis-je allé avec impatience voir l’avant-première de celui-ci d’autant qu’y participait Hiam Abbass, l’une de mes actrices préférées.

Les quinze premières minutes du film sont les meilleures. On ignore encore tout des personnages, de cet oncle décédé et de sa nièce qui s’est éloignée de sa famille. Mais très vite les secrets qui les entourent s’éventent. Je conseille aux spectateurs qui souhaitent aller le voir le film de suspendre ici leur lecture.

Très vite, on apprend que l’oncle Daly était homosexuel, un secret honteux que sa famille cachait par crainte de la réprobation et de la police. Très vite aussi on apprend que Leila est lesbienne et qu’elle vit depuis plusieurs années en couple avec Alice (Marion Barbeau découverte dans En corps). À partir de ce point là, le film va creuser un seul sillon : celui de l’homophobie d’une société et d’une famille.

Bien sûr, la cause est juste. On pense aux pays nombreux qui criminalisent l’homosexualité et à ceux qui, comme le Sénégal récemment, durcissent leur législation à contre-courant d’une évolution mondiale vers plus de tolérance. Mais, comme je l’écris (trop ?) souvent, les belles idées ne font pas nécessairement de bons films. Leur défaut est de prendre en otage le scénario et les spectateurs avec lui. Tout dans À voix basse (un titre très bien trouvé pour évoquer la chape de plomb et l’hypocrisie qui entourent l’évocation de l’homosexualité en Tunisie) est mis au service du même projet : dénoncer cette situation inacceptable.

Ce serait bien ingrat de lui reprocher de mal le faire. Le scénario est subtil ; le jeu d’acteurs est excellent, à commencer par celui, tout en silences, de Hiam Abbass. Mais hélas À voix basse pêche par son excès de bons sentiments et par sa prévisibilité. Quand le couple que forment Leila et Alice se dispute, on sait par avance qu’il se réconciliera – et il le fait dans une scène d’une rare maladresse qui aurait pu être filmée par David Hamilton. Quand la mère de Leila, interprétée par Hiam Abbass comprend l’homosexualité de sa fille, on pressent que sa désapprobation cèdera bientôt le pas à une acceptation plus clémente.

À voix basse est un bon film que je recommande. Mais il n’est pas du niveau des deux premiers films de Leyla Bouzid qui m’avaient tellement enthousiasmé.

La bande-annonce

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