La mère de Mona Achache s’est suicidée en 2016 laissant derrière elle des photos, des carnets, des enregistrements et un livre Fille de où elle racontait sa relation fusionnelle avec sa propre mère, Monique Lange (1926-1996). Mona Achache décide de se plonger pour comprendre le geste de sa mère et demande à l’actrice Marion Cotillard de jouer le rôle de sa mère dans un film qui lui sera consacré.
Carole Achache (1953-2016) a eu une vie sacrément cabossée. Lorsque sa mère la conçoit, son père, un jeune réfugié espagnol antifranquiste, qui la quittera pour vivre à Marrakech à visage découvert son homosexualité, essaie de la convaincre par tous les moyens d’avorter. Editrice chez Gallimard, romancière et scénariste, Monique Lange élève seule sa fille qui croise Jean Genet – qui la fait coucher avec l’un de ses amants alors qu’elle est à peine pubère – Jorge Semprun, Daniel Cordier, fait le coup de poing pendant Mai-68 et s’installe à New-York où elle se prostitue avant de revenir en France et de se ranger des voitures.
Devenue réalisatrice, Mona règle ses comptes avec sa mère, comme celle-ci l’avait fait avec la sienne dans son livre. L’exercice, cathartique, pourrait sembler nombriliste. On pourrait se demander en quoi le règlement de ces traumas familiaux mérite de sortir en salles. La réponse tient à la forme que Mona Achache a entendu donner à cette enquête. Elle rappelle celle utilisée par Kaouther Ben Hana dans Les Filles d’Olfa, de mon point de vue l’un des films les plus intelligents et les plus stimulants de l’année. Pour raconter ce drame, la réalisatrice avait filmé Olfa et ses deux filles mais avait parallèlement demandé à trois actrices professionnelles de venir sur le plateau et de prendre, pour certaines scènes, leur place.
C’est le même procédé qu’utilise Mona Achache. Elle le fait avec Marion Cotillard qui se prête au jeu sans mot dire avec la concentration et le professionnalisme dont on la sait capable. On ne saura rien, et c’est bien dommage, de la façon dont l’idée est venue à Mona Achache de recruter Marion Cotillard : avait-elle d’abord réfléchi à faire revivre sa mère sous la forme plus classique d’un documentaire ? ou sous celle plus radicale d’une totale fiction ? Pas plus ne laisse-t-elle à Marion Cotillard l’occasion de s’exprimer sur ce rôle hors normes sinon à deux occasions. La première lorsque l’actrice répète en playback une interview donnée par Camille et confesse, entre deux répliques, n’avoir jamais rien joué d’aussi difficile, une difficulté qu’on mesure d’autant qu’on la voit répéter, hésiter, trébucher…. La seconde lorsque Mona Achache demande à son actrice de siroter son thé avec le même bruit de déglutition que sa mère, un bruit qui la dégoûtait et qui provoque la question candide de l’actrice : « Mais si ce bruit est si dégoûtant, pourquoi me demander de le rejouer ? »
Assumant l’artifice de son procédé, Mona Achache fait par ailleurs une utilisation étonnante du décor. Le film a été entièrement tourné en studio et la caméra montre ce qui est normalement caché : les cloisons amovibles, les scènes filmées en transparence, les mêmes pièces réutilisées pour plusieurs plans différents…
Little Girl Blue m’inspire des sentiments contrastés. Ce règlement de comptes familial m’a mis mal à l’aise – autrement plus délicate était la façon dont Eric Caravaca révélait le secret qui entourait la mort précoce de sa sœur aînée dans Carré 35. Mais l’audace et l’intelligence de la forme, doublées du talent déployé par Marion Cotillard, ont fini par faire céder mes réticences.
Roland Nurier est un cinéaste engagé. Il défend la cause palestinienne et ne s’en cache pas. Son documentaire est un plaidoyer. Réalisé avec soin, il revient sur l’histoire de la bande de Gaza, sur la mémoire de la Nakba dans la population palestinienne et sur son aspiration à son retour sur les terres dont elle a été chassée en 1948, sur le blocus israélien depuis 2007 en réaction à la prise de pouvoir par le Hamas, sur les incessants bombardements et sur la lente asphyxie économique de ce territoire exigu.
Graphiste dans un cabinet d’architecture à Lyon, Vincent, la trentaine, mène une vie banale jusqu’au jour où il est sauvagement agressé par un stagiaire puis par le comptable de son entreprise. Ces réactions ultra-violentes deviennent de plus en plus fréquentes. Chaque regard que Vincent croise avec un inconnu provoque chez celui-ci une bouffée irraisonnée de violence lui rendant bien vite la vie en société insupportable. Vincent doit quitter son travail et sa ville. Il part se réfugier sur la côte atlantique dans la résidence secondaire de ses parents. Sa route y croise bientôt celle de Margaux (Vimala Pons).
Tara, Skye et Em sont les meilleures amies du monde. Elles viennent de terminer leurs études secondaires. Dans l’attente des résultats à l’examen d’entrée à l’université et avant de commencer leurs études supérieures et se séparer peut-être, les trois Anglaises partent quelques jours à Malia en Crète dans une station balnéaire. Elles sont bien décidées à y faire une bringue d’enfer.
Nordiste, arabe, musulmane, Mona, la trentaine bien entamée, habite une petite maison bourgeoise de Khartoum. Elle a renoncé à sa passion, le chant, sur les instances d’un mari possessif auquel elle tait sa stérilité de peur d’être répudiée. Sudiste, africaine, chrétienne, Julia vit avec son mari et son jeune fils dans un bidonville à quelques kilomètres à peine de la maison cossue de Mona.
Sophia est professeure de philosophie à l’université du troisième âge de Montréal. Le couple qu’elle forme depuis dix ans avec Xavier, un intellectuel qui lui ressemble, s’est lentement enfoncé dans la routine. À quarante ans passés, Sophia rencontre Sylvain, le menuisier que le couple a recruté pour des travaux dans le chalet dont ils viennent de faire l’acquisition dans les Laurentides. Entre Sophia et Sylvain, c’est le coup de foudre immédiat. Mais l’amour pourra-t-il dépasser les différences sociales ?
Mahitio a onze ans. La Seconde Guerre mondiale fait rage au Japon. Il perd sa mère dans l’incendie qui détruit Tokyo et part à la campagne avec son père, qui y dirige une usine aéronautique. Sa nouvelle belle-mère, déjà enceinte de son père, le prend sous sa coupe. Avec la complicité d’un héron cendré doué de parole, Mihito découvre un passage secret qui le mène dans un monde parallèle. Il y pénètre dans l’espoir d’y retrouver sa mère.
Kim (Song Kang-Ho) est un réalisateur vieillissant et obsessionnel, cantonné aux séries B, qui n’a jamais réussi à percer malgré le succès de son premier film dont une rumeur persistante l’accuse d’avoir volé le scénario au maître dont il était l’assistant jusqu’à sa mort. Il est déterminé à retourner la fin de son film, Dans la toile, dont il n’est pas satisfait, et réussit, à force de persuasion, à faire revenir ses acteurs, ses techniciens pour deux jours de tournage supplémentaires. C’est sans compter sur les egos surdimensionnés des acteurs, sur les intrigues de couloir qui les déchirent, sur les problèmes techniques qui s’accumulent et sur la censure officielle (l’action se déroule au début des 70ies sous la dictature coréenne),, heureusement soluble dans le whisky.
MMXX se déroule, comme son titre l’indique, en 2020. Il se déroule aussi – mais son titre ne l’indique pas – à Bucarest et raconte quatre histoires qui sont peut-être (ou pas) reliées entre elles par un fil ténu.
Dodin (Benoît Magimel) est un gastronome. Ce riche châtelain a une passion dévorante : la cuisine qu’il a érigée en art. Pour l’épauler, il peut compter sur Eugénie (Juliette Binoche), sa fidèle cuisinière qui est devenue, les années passant, sa compagne mais a toujours refusé de légaliser leur union. Tandis que la santé d’Eugénie montre des signes inquiétants de déclin, Dodin travaille au repas qu’il doit donner en l’honneur d’un prince ottoman.