Miss Sloane ★★★☆

Madeline Elizabeth Sloane est lobbyiste à Washington. Toujours tirée à quatre épingles, d’une froideur cinglante, elle met son efficacité redoutable au service de ses clients. Mais lorsque le lobby des armes lui demande de mener campagne contre une proposition de loi qui en restreindrait l’usage, elle quitte son employeur et embrasse la cause adverse. La cynique lobbyiste aurait-elle un cœur ? Difficile à croire.

« Miss Sloane » est un film taillé sur mesure pour Jessica Chastain. Un aspirateur à Oscar… qui n’a pas fonctionné puisque Jessica Chastain n’y a pas même été nominée (c’est une autre rousse qui a remporté le trophée). Elle y est pourtant impériale. Son rouge à lèvres, ses tailleurs impeccables, ses hauts talons vertigineux nourriront les fantasmes les plus indicibles des petits cochons qui sommeillent en chacun (ou presque ?) d’entre nous [Voilà une phrase que je n’aurai pas osé écrire le 8 mars. Le fait que nous soyons le 9 m’y autorise-t-il ?].

Il ne faudrait pas pour autant réduire « Miss Sloane » à un simple faire-valoir de son actrice principale. C’est aussi un scénario sérieusement charpenté. Le lieu de l’intrigue (Washington DC et ses monuments les plus emblématiques près desquels les limousines empruntées par Liz Sloane glissent en silence), la froideur de l’héroïne (qui n’est pas sans rappeler le personnage de Clare Underwood) évoquent évidemment « House of Cards ». Mais les dialogues à la mitraillette (j’ai cherché sans succès la touche « pause » pour les assimiler complètement) m’ont fait aussi penser aux scénarios de Aaron Sorkin qu’il s’agisse de « The Social Network » ou de la série « The Newsroom » dont on croise avec plaisir deux visages familiers (Sam Waterston et ALlison Pill).

Enfin « Miss Sloane » vaut pour le plaisir jubilatoire que propose sa conclusion. Je n’en dirai pas plus. J’en ai déjà peut-être trop dit en vous l’annonçant. Sans doute ce twist final est-il un brin trop abracadabrantesque pour être totalement crédible. Mais M. Night Shamalyan et Split peuvent aller se rhabiller.

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La Confession ★☆☆☆

Au seuil de la mort, Barny appelle un prêtre pour se confesser du lourd secret qu’elle a porté toute sa vie durant. Pendant la Seconde guerre mondiale, sous l’occupation allemande, la jeune et belle communiste, mariée et mère de famille, était tombée amoureuse du curé de son village, le séduisant Léon Morin.

Pourquoi diable ce remake ?
A l’origine de « La Confession », il y a un livre et un film d’un autre âge. « Léon Morin, prêtre », un roman largement autobiographique de Béatrix Beck publié en 1952 et couronné la même année par le prix Goncourt. Le film épnoyme de Jean-Pierre Melville sorti en 1961 avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle de Léon Morin et Emmanuelle Riva dans celui de Barny.

À l’époque, le roman comme le film avaient un retentissement que son remake n’a plus guère aujourd’hui. Dans la France de l’immédiat après-guerre, le souvenir de l’occupation allemande était encore vivace. Dans la France de Vincent Auriol ou du général de Gaulle, la conversion d’une communiste athée portait une charge émotive qui ne touchera plus nos sociétés déchristianisées et postcommuniste.

Le remake est d’autant plus anachronique que les deux acteurs jouent un marivaudage hors de propos. Trop beaux, trop séduisants, Romain Duris et Marine Vacth se tournent autour comme deux amants sur le point de se sauter dessus. Faute d’avoir l’austérité janséniste d’Emmanuelle Riva (qui venait de tourner « Hiroshima mon amour » avec Alain Resnais), Marine Vacth ne convainc pas entièrement. Mais c’est Romain Duris qui est le plus navrant, plagiant Bébel alors que le jeune Belmondo n’était encore en 1961 qu’un jeune acteur de la Nouvelle vague bien loin de la caricature franchouillarde dans laquelle il allait sombrer dix ans plus tard.

En réduisant « Léon Morin, prêtre » à l’histoire d’un flirt chaud-bouillant, Nicolas Boukhrieff trahit l’œuvre qu’il adapte et son élan métaphysique.

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À ceux qui nous ont offensés ★★☆☆

Manouches de père en fils, les Cutler vivent en marge de la société et en sont fier. Le grand-père, Colby (Brendan Gleeson) est un chef de gang à l’ancienne, converti au christianisme avec la foi des born again. Il a transmis à son fils, Chad (Michael Fassbender), toutes les ficelles du métier, l’élevant dans la haine de la société et lui refusant d’aller à l’école. Mais Chad, qui s’est marié avec Kelly et en a eu deux enfants, souhaite pour eux une existence moins bohème que celle qu’il a connue.

Le Parrain chez les Romanichels des Costwolds. À ceux qui nous ont offensés (traduction audacieuse de : Trespass Against Us) est un drôle de mélange.

D’abord c’est une plongée quasi-documentaire au cœur d’une tribu de marginaux. De la même veine que celle que le documentariste français Jean-Charles Hue avait réalisé la radioscopie dans La BM du Seigneur (2010) et Mange tes morts (2014). On n’est plus dans le nord de la France, mais dans le centre cossu de l’Angleterre où la tribu des Cutler cambriole les résidences de riches praticiens.

Ensuite c’est une histoire de famille. Chad veut se libérer de l’emprise malfaisante de son père. Il veut offrir à ses enfants l’avenir dont il a été privé. Il excelle dans son travail – l’habileté avec laquelle il réussit à tromper la vigilance de la police est confondante – mais il veut en changer. Le thème n’est pas vraiment nouveau. Mais le cadre dans lequel il est traité fait toute l’originalité de ce film au montage nerveux et au scénario rebondissant.

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T2 Trainspotting ★★☆☆

Vingt ans après, les jeunes héros de « Trainspotting » ont bien vieilli. Mark (Ewan McGregor), qui avait trompé la confiance de ses amis, a vécu aux Pays-bas mais a la nostalgie de Édimbourg. Begbie (Robert Carlyle) purge en prison une peine de longue durée. Spud (Ewen Brumner) n’a jamais réussi à décrocher de la drogue. Simon (Jonny Lee Miller) continue d’organiser des arnaques à la petite semaine.

A sa sortie en 1996, « Trainspotting » avait viré au phénomène de société. Sa description à la fois trash et comique d’une bande de jeunes Écossais accro à la drogue avait touché une corde sensible dans le Royaume-Uni post-thatchérien. Après « Petits meurtres entre amis », Danny Boyle y gagnait ses galons de réalisateur confirmé – couronné quelques années plus tard par un Oscar pour « Slumdog millionaire ».

Réaliser une suite était un projet alléchant qui a mis vingt ans à voir le jour. C’est le lot hélas de tous les propriétaires de droits qui savent que l’aura nostalgique de leur premier succès leur garantit une audience captive. La saga « Le Parrain » l’aura montré pour le meilleur ; « Les Bronzés » pour le pire – dix millions de gogos (dont je fus) sont allés voir son troisième volet.

Les Inrockuptibles, Télérama, Le Monde et Libération tirent à boulets rouges sur T2. Isabelle Régnier évoque une « suite inepte ». Jeremy Roston raille le « sempiternel mauvais goût » de Danny Boyle. Serge Kaganski dénonce « une carrosserie rutilante ultra « tunée » avec pas grand-chose sous le capot ».

J’aurai la main moins lourde. Certes T2 n’est pas un immémorable chef d’œuvre. T2 est une suite qui essaie d’être compréhensible à ceux qui n’ont pas vu ou qui ont oublié T1 – je me classe dans la seconde catégorie. Sans doute n’a-t-il pas la fougue provocatrice de son prédécesseur (il est d’ailleurs tous publics alors que « Trainspotting » était interdit aux moins de seize ans). Mais il n’en reste pas moins une distraction agréable dynamisée par l’euphorisante énergie du montage de Danny Boyle.

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Patients ★★★☆

Benjamin, la vingtaine, plonge dans une piscine à moitié vide et s’y brise les cervicales. « Tétraplégique incomplet », il est placé en centre de rééducation.

Le système de soins français est en train de devenir une star de cinéma. Après La Maladie de Sachs en 1999, Le Scaphandre et le papillon en 2007, l’excellent Hippocrate en 2014, Médecin de campagne, Réparer les vivants et La Fille de Brest ont l’an passé eu la médecine comme sujet principal.

A la différence de ces films, Patients s’intéresse aux malades plus qu’aux soignants. Ceux-ci ont bien sûr leur place parmi les rôles secondaires : un médecin chef autoritaire, un kinésithérapeute compréhensif, une infirmière maladroite et un aide soignant insupportable à force de bonne humeur matinale et bruyante (« Alors, Benjamin, il a bien dormi ? il veut que je lui allume la télé ? il prendra du café ou du chocolat ce matin ? »). Mais Ben et sa bande d’amis sont, comme l’annonce l’affiche, les personnages principaux du film.

Farid est en fauteuil depuis l’enfance, Steeve n’accepte pas son état, Toussaint désespère de son manque de progrès, Samia cache les causes de l’accident qui l’ont clouée dans un fauteuil. Autour de Ben se constitue une petite communauté d’amis qui ne se sont pas choisis mais qui traversent ensemble les mêmes épreuves. Leur objectif n’est pas tant de guérir ; car certains savent qu’ils ne le pourront pas. Leur souci principal est de « niquer des heures », de passer un temps qui, comme en prison, s’étend sans sens. Patients, on l’avait compris, est un titre à double entrée.

Ce film est l’adaptation du roman éponyme de Grand corps malade. De son vrai nom Fabien Marsaud, le slammeur français y relatait son séjour en centre de rééducation. Une chronique à hauteur de fauteuil roulant. Sans sentimentalisme ni apitoiement. Avec l’humour comme seule arme pour déminer les situations les plus embarrassantes et les plus déprimantes. Car on se vanne beaucoup, avec un mélange de tendresse et de cruauté, comme dans La Haine, L’Esquive ou Divines.

Patients séduit par son refus du sensationnalisme. Ben est un jeune homme chanceux dans son malheur. Des parents aimants se relaient à son chevet. Ses amis ne l’oublient pas. Sa situation médicale est bien meilleure que celle de ses congénères : il fait de rapides progrès et peut espérer marcher à nouveau. Surtout, il bénéficie d’un accompagnement médical qui frappe par son luxe : séances de rééducation en gymnase, en piscine, personnel médical attentif, lieux de vie spacieux et accueillants…

La romance qui se noue entre Ben et Samia et la façon surprenante dont elle évolue témoignent de l’intelligence et de la sensibilité de ce film qui réussit à émouvoir avec le sourire.

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Logan ★☆☆☆

En 2029, les mutants ont quasiment tous été exterminés. Logan (Hugh Jackman) survit misérablement comme chauffeur de limousine, rongé par l’alcool et la maladie. Avec l’aide de Caliban, il cache le professeur Xavier (Patrick Stewart), de l’autre côté de la frontière mexicaine. Mais une infirmière le retrouve et lui confie une enfant dotée de superpouvoirs semblables au sien que les scientifiques de Alkali Transigen veulent à tout prix kidnapper.

« Logan » est le dixième film de la franchise X-Men et le troisième du spin-off consacré à Wolverine, le plus célèbre de ses mutants. Son affiche baigne dans une lumière crépusculaire qui en annonce le sujet : les héros vieillissants vont mourir non sans avoir, dans un dernier sursaut d’énergie, défendu une enfant innocente.

Wolverine au bout du rouleau. Le héros interprété par Hugh Jackman n’en peut plus. Au propre comme au figuré. On le sent las de quitter la scène. Il effectue un dernier tour de piste dont on peine à comprendre le sens.

Le scénario n’est guère imaginatif. La horde d’orphelins que le héros prend sous sa coupe n’est pas sans rappeler « Mad Max 3 » – la crinière et la voix de Tina Turner en moins. L’apparition d’un clone maléfique de Wolverine (interprété par un Hugh Stewart aux cheveux teints, rajeuni à la palette graphique) fait, elle, penser à « Terminator » ou à « Oblivion ».

Quel public « Logan » attirera-t-il ? Pas les jeunes fans de X-Men qui trouveront bien mou ce film sans super-héros ni combats épiques. Pas non plus ceux que rebutent la pyrotechnie démagogue des superproductions hollywoodiennes qui n’iront pas voir ce énième surgeon d’une franchise à bout de souffle.

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20th Century Women ★★☆☆

En 1979, à Santa Barbara en Californie, Dorothea (Annette Bening), la cinquantaine, élève seule son fils Jamie. Elle loue dans sa grande maison deux chambres, l’une à Abbie (Greta Gerwig), une photographe punk, l’autre à William (Billy Crudup), un bricoleur-né. Une jeune voisine, Julie (Elle Fanning), s’est quasiment installée à demeure.

Née en 1963, ayant grandi à Santa Barbara, Mark Mills réalise un film largement autobiographique. Son précédent film l’était déjà tout autant. Dans « Beginners », il racontait le coming out de son père à soixante dix ans passés. C’est ici à sa mère, morte d’un cancer en 1999, qu’il dresse un mausolée et à une époque, la fin des années soixante-dix, qu’il consacre une rétrospective.

Annette Benning est fabuleuse dans le rôle d’une mère tiraillée entre deux sentiments. D’un côté, elle a la tentation de couver son fils, de le protéger de la dureté du monde. De l’autre, en femme de son temps, sortie victorieuse des luttes d’émancipation menées dans les années soixante, elle entend le laisser libre de se forger ses propres expériences, notamment dans ses rapports aux femmes.

L’adolescent se voit du coup confier par sa mère aux bons soins de Abbie et de Julie. L’heureux homme ! Entre Greta Gerwig, avec laquelle il lit les essais féministes de Judith Butler sur les mystères de l’orgasme clitoridien, et Elle Fanning, auquel l’unit un amour platonique, Jamie murit vite.

« 20th Century Women » est un beau portrait de femme(s) nimbé de la nostalgie d’une époque. En 1979, les années punk jettent leurs derniers feux. Jimmy Carter ne parvient pas à rassurer une Amérique en proie au doute depuis le bourbier vietnamien et le scandale du Watergate. Sans doute leur invocation séduira-t-elle le spectateur quinquagénaire – que je ne suis pas tout à fait encore. Emouvra-t-elle les plus jeunes ?

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De sas en sas ★☆☆☆

Fatma, sa fille Nora, Judith, Marlène, Houria, Sonia, sont des mères, des sœurs, des épouses de détenus, qui viennent leur rendre visite un jour de canicule.

De sas en sas est le premier film de Rachida Brakni, l’actrice devenue célèbre par son mariage avec Eric Cantona.

Elle met en scène un gynécée d’une dizaine de femmes, circulant dans une prison de pièces en pièces (la fouille, le vestiaire, le linge, la fouille à nouveau) jusqu’au parloir. Certaines sont des habituées rodées à l’exercice ; d’autres sont des novices qui en découvrent les codes. Face à elles deux gardiens de prison qui souffrent aussi, de la chaleur et de l’atteinte, mais que leurs fonctions – et leur sexe –  obligent à se tenir à distance.

L’idée de départ de ce film, qui jamais ne montrera les hommes que ces femmes viennent visiter et se focalisera tout du long sur elles, n’est pas sans intérêt. De sans en sas souligne combien la violence carcérale ne touche pas seulement les détenus, mais frappe et contamine tous leurs proches et, au premier chef, les femmes qui les entourent, celles qui, par fidélité et/ou par obligation, sont les plus assidues au parloir. De sans en sas évite l’écueil d’une succession de portraits, qui auraient pu être brossés à coup de flashback lourdingues. Pour autant, faute d’un scénario suffisamment étoffé, ce huis clos théâtral tombe dans le piège de l’immobilisme.

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Madame B. Histoire d’une nord-coréenne ★★★☆

Jéro Yun est un jeune réalisateur sud-coréen venu étudier en France. Après avoir réalisé en 2011 un court-métrage sur une Nord-Coréenne, émigrée en France, hantée par la séparation de ses enfants, il approfondit ce sillon à travers le personnage éminemment romanesque de « Madame B. »

Quand la réalité dépasse la fiction. On a lu des témoignages sur les terribles conditions de vie qui poussent les Nord-Coréens à quitter leur pays. Mais on en a peu vu les effets, étant donné l’impossibilité d’aller les filmer à l’intérieur même de ce pays. Le court documentaire (une heure onze seulement) de Jéro Yun permet d’en prendre conscience.

Ce qui frappe, c’est la terrible dureté de ces personnages dont le comportement ne laisse rien deviner des tourments qui les assaillent. A ce titre, la photo qui orne l’affiche est particulièrement bien choisie. Cette photo ne recherche aucun effet esthétique. Juste le gros plan d’un visage déterminé capté sur le vif en plein mouvement.

Madame B est une survivante. Elle quitte un mari et deux enfants en Corée du Nord pour aller passer quelques semaines en Chine et s’y enrichir. Mais elle est vendue par son passeur à une famille de paysans pauvres. Oubliée une légitime révolte, elle s’attache à son nouveau mari et à ses beaux-parents. Elle utilise sa connaissance des réseaux pour participer à des réseaux. Drogue, êtres humains, proxénétisme : elle confesse, sans scrupule, face caméra, les trafics auxquels elle a participé. Mais elle souffre d’être séparée de ses enfants. Elle réussit à les faire passer l’un après l’autre en Corée du sud. Elle-même décide d’y aller via la Thaïlande où le documentariste la suit au cours d’un épuisant périple.

Le documentaire pourrait s’arrêter là. Mais c’est oublier la paranoïa des services secrets qui redoutent, à tort ou à raison, l’infiltration d’agents nord-coréens. Loin d’accueillir Madame B à bras ouverts, ils vont la soumettre pendant de longues années à une période probatoire. Du coup, Madame B, qui aurait souhaité faire venir son mari chinois, se retrouve contrainte à revivre avec son ancien mari nord-coréen – qui a entretemps quitté la Corée du Nord.

La situation de Madame B est si absurde qu’elle en devient cocasse. Elle est écartelée entre trois foyers : la Corée du Nord, la Chine, la Corée du Sud. A travers le portrait de cette femme courageuse, Jéro Yun nous fait toucher du doigt la situation déchirante de tout un peuple.

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Split ★★☆☆

Trois adolescentes sont kidnappées et séquestrées. Leur gardien est affecté de graves troubles de la personnalité.

Shyamalan, roi du twist
J’étais allé voir « Sixième sens » le jour de sa sortie, en 2000, sans rien connaître de son réalisateur, ni de son intrigue. Arrivé à dix minutes de la fin du film, je me disais qu’il s’agissait d’une sympathique série B, hésitant à lui mettre une ou deux étoiles maximum. Quand soudain… BOUM ! M. Night Shyamalan clôturait son film par un twist final ahurissant, qui en modifiait radicalement le sens – et en rehaussait considérablement l’intérêt.

Le twist devint la marque de fabrique de ses films, au risque de l’y condamner. « Incassable », « The Village » valaient surtout par leur étonnant dénouement.

« Split » – qui n’a rien à voir avec la Croatie – est lui aussi désormais célèbre pour son twist final.

Du coup, on passe tout le film à l’attendre. On devient parano, voire schizophrène. Une moitié de notre esprit suit le film, admire l’étonnante prestation de James McAvoy, s’angoisse du sort qu’il réserve à ses otages. Une autre cherche derrière chaque image, chaque mot, chaque scène, un indice pour le mettre sur la voie de ce twist tant attendu.

Moi-même, sûr d’être plus malin que tout le monde, avais pensé l’avoir identifié dès les premières scènes. D’ailleurs mon intuition aurait fait un excellent twist (à suivre en mp). Mais, l’honnêteté m’oblige à confesser que je me trompais.

Alors ce twist ? Évidemment je ne le révèlerai pas. Pas tant pour vous priver du plaisir de le découvrir que du plaisir de l’attendre.

Je m’explique : ce twist est très décevant.
Je n’y ai d’abord rien compris. Après quelques lectures (le film est sorti depuis plusieurs mois aux États-Unis et les articles qui spoilent ce fameux twist sont désormais légion), je l’ai enfin compris.
Premier problème : ce n’est pas vraiment un twist. Ce n’est pas vraiment une révélation qui pousse à reconsidérer le film sous un tout autre chose.
Second problème : il suppose une culture cinématographique que je n’ai pas et dont je ne suis pas sûr que tous les spectateurs la possèdent.

Du coup, « Split » se réduit à l’attente excitante d’un twist frustrant. Un peu comme si on décollait vers la Croatie sans jamais y atterrir.

La bande-annonce