
Yotam Haïm a été kidnappé le 7 octobre 2023 par le Hamas dans le kibboutz Kfar Aza, à un jet de pierre de Gaza. Il a été détenu avec trois autres prisonniers. L’un d’entre eux, de nationalité thaïlandaise, a été libéré dès le 24 novembre. Mais Yotam et les deux autres ont connu un destin plus amer. Ils ont réussi à fausser compagnie à leurs geôliers, à survivre pendant cinq jours dans les ruines de Gaza, mais ont été abattus le 15 décembre par les forces israéliennes lorsqu’ils se sont approchés d’elles.
Le documentaire de Georges Benayoun aurait pu utiliser cette histoire et son dénouement pour instruire le procès à charge de la guerre menée par Tsahal par Israël et par ses effets paradoxaux : loin de hâter la libération des otages israéliens, elle en a prolongé la captivité voire, dans le cas de Yotam et de ses deux co-détenus, en a provoqué la mort.
Mais de la polémique provoquée par la mort de ces trois Israéliens sous les balles de Tsahal, Looking for Yotam ne dit rien. Il se termine au contraire par les mots de la mère de Yotam qui, loin de condamner les militaires qui ont tué son fils, les absout et les encourage dans leur mission.
Du 7-octobre, de ses causes, de son déroulement, de la réaction israélienne, Looking for Yotam ne nous dit rien. Il n’a qu’une seule focale : Yotam. Il nous raconte son enfance auprès d’une famille aimante entre un frère aîné et une sœur benjamine, la maladie génétique qui complique sa vie sociale, sa difficulté à trouver sa place, sa passion pour le heavy metal. Grâce aux SMS échangés le matin du 7 octobre avec ses amis et ses parents, Looking for Yotam décrit en temps réel l’assaut du Hamas, l’angoisse des kibboutzim qui sentent la mort approcher, celle presqu’aussi déchirante de leurs proches impuissants. Looking for Yotam évoque ensuite l’attente fiévreuse de ses parents, suspendus aux rares nouvelles que diffusent les médias.
Looking for Yotam a certes le mérite de nous faire entrer dans l’intimité d’une famille frappée par le drame le plus bouleversant qui soit : la disparition de l’un des siens et l’attente fébrile de son retour. Mais à la différente de Holding Liat, autrement plus complexe, Looking for Yotam n’a qu’une seule dimension. Il refuse obstinément d’inscrire ce drame dans son contexte. Cette dépolitisation est au mieux une erreur, au pire un aveuglement.
PS : À tous ceux qui sont convaincus que Le Monde est un journal antisioniste et donc antisémite, on recommande, pour se convaincre du contraire, la lecture de sa critique très positive.