
Gabrielle (Léa Drucker) a cinquante-cinq ans. Elle est chef du service de chirurgie maxillo-faciale d’un grand hôpital parisien. Elle est tout entière happée par son travail et a choisi de tout lui sacrifier. Mariée à Henri (Charles Berling), elle a accepté d’élever les deux enfants qu’il a eus d’un premier mariage mais a refusé d’en avoir. Elle doit également veiller sur sa mère (Marie-Christine Barrault) dont les capacités neurocognitives déclinent rapidement. Dans son travail, Gabrielle, fidèlement secondée par Kamyar (Laurent Capelluto) est sur tous les fronts : la réduction des budgets et des équipes, la défaillance des matériels, les urgences, une mission de coopération en Ukraine… Une écrivaine (Mélanie Thierry) a demandé à être accueillie dans le service pour y nourrir son prochain livre.
La Vie d’une femme était sélectionné en compétition officielle à Cannes et en ai reparti bredouille. C’est pour moi une grande injustice. Il faut dire que la concurrence était rude avec des films aussi saisissants que Fjord, que Minotaure ou que Notre salut. Pour autant, Léa Drucker aurait mérité haut-la-main le prix d’interprétation féminine attribué à Virginie Efira et Tao Okamoto, pour leur rôle dans Soudain, de Ryusuke Hamaguchi. J’espère que les César ne l’oublieront pas.
Car Léa Drucker nous livre une interprétation sidérante d’une femme impressionnante. Gabrielle n’est pas une femme « puissante » pour reprendre le vocabulaire éculé à la mode. C’est peut-être une femme qui exerce une « position de puissance » et qui gagne bien sa vie – je tremble par avance du reproche classiste qui pourrait être adressé à ce film de s’intéresser à la vie d’une grande bourgeoise parisienne et de se désintéresser du sort des classes laborieuses. Mais Gabrielle n’en est pas pour autant une femme « puissante ». C’est une femme au milieu de la cinquantaine, en pleine ménopause, qui a consacré toute sa vie à son travail et qui se demande si ça en valait la peine, qui est en train de perdre sa mère et a autant de mal à l’assumer qu’à le vivre, qui remet en cause sa vie de couple bien plan-plan et ses orientations sexuelles.
Tout est juste dans ce film délicat et intimiste : la vie professionnelle qui nous construit et nous détruit en même temps, la relation vampirique à la mère, la vie de couple et son rassurant train-train, la sexualité et ses troubles… Tout est profondément émouvant, surtout si on a cinquante-cinq ans, et même si on est un homme.