
C’est l’histoire, en quatre chapitres et un épilogue, au bord d’un petit lac des Alpes de Haute Provence, des derniers jours d’un camping menacé de fermeture par un projet de construction d’une base nautique. Sept personnages y habitent encore : Serge, un vieux libertaire qui anime une radio libre (Philippe Rebbot), Raymond, un quadra timide, conducteur d’un camion poubelle (Grégory Montel) amoureux de Jocelyne (Florence Loiret Caille), un couple à la recherche d’un second souffle (Estelle Meyer et Oussama Kheddam) et un jeune idéaliste qui rêve de se construire une maison dans les bois (Quentin Dolmaire) et qui a le coup de foudre pour une amazone à cheval (Kim Higelin lancée par Le Consentement).
Voici un film étonnant. Étonnant par son titre d’abord que n’auraient pas renié les surréalistes. Étonnant par son cadre : un camping perdu au milieu de la nature, dont on ne sortira quasiment pas, donnant ainsi l’impression paradoxale d’un huis clos théâtral dans un décor naturel ouvert aux quatre vents. Étonnant par son scénario qui raconte à quatre reprises à la Rashōmon la même journée envisagée de quatre points de vue différents.
Alain Raoust avait réalisé en 2019 Rêves de jeunesse, dans un décor similaire, celui d’une casse perdue au cœur des Alpes à la morte saison. Son film suivant, son troisième long-métrage seulement en plus de trente ans de carrière, est un film qui se mérite. L’absence de stars à l’affiche, la distribution timide en salles le condamnent à l’invisibilité. Pour autant il mérite le détour. Même si son scénario refuse tout sensationnalisme – et à ce titre la première séquence avec le kidnapping de Serge par des maquisards encagoulés façon Ku Klux Klan n’est pas la plus réussie – on finit par s’attacher aux personnages et à leurs destins minuscules.