
Juliette Binoche, l’actrice oscarisée, voulait danser ; Akran Khan, le danseur surdoué, voulait jouer. En 2007, ils se sont rencontrés à Londres pour monter ensemble un spectacle, In-I (« en moi »). Ils répètent pendant six mois à Paris et à Londres un spectacle dont ils donneront cent-vingt représentations à travers le monde.
Pourquoi aura-t-il fallu près de vingt ans à Juliette Binoche pour tirer un film des images tournées par sa sœur pendant les répétitions et des captations du spectacle ? Parce qu’elle n’est pas réalisatrice et qu’elle ne savait pas qu’en faire.
Le jugement est cinglant. Il est à la hauteur de ma déception. Juliette Binoche nous avait fait miroiter « d’entrer dans l’intimité de la création ». Mais ces répétitions sont bien répétitives. On n’y voit aucune progression. On n’y voit guère non plus de complicité entre ces deux grands professionnels. Les conseils donnés par une coach en art dramatique sont lunaires et on se demande de quelle utilité ils sont pour les deux protagonistes.
Les répétitions sont cadenassées. Binoche, comme à son habitude, y est d’une ardeur, d’une intensité qui confinent à la folie. Mais son obsession du contrôle la conduit à écarter toutes les images qui auraient pu écorner la sienne. Tout est finalement trop lisse.
Sans transition, sans qu’on ait conscience de franchir une étape, sans compte à rebours ni angoisse grandissante pour la première qui se rapproche, viennent les images du spectacle. Il est splendide. J’avais eu la chance de la voir au théâtre de la Ville en novembre 2008. Mais je me souviens qu’il ne m’avait pas transporté. J’avais trouvé cette radioscopie du couple et ses étapes obligées bien banales, en dépit de l’intensité des acteurs et de la beauté des décors d’Anish Kapoor.