
Laura a seize ans. Aînée d’une fratrie de trois enfants, elle a grandi dans une petite ville de Thuringe, en ex-Allemagne de l’Est. Ses parents sont divorcés. Sa mère attend un enfant de son nouveau compagnon. Ses grands-parents tiennent un hôtel-restaurant et un centre équestre. Sa tante entend restaurer la vieille usine désaffectée de la ville pour en faire un musée municipal. La qualification de Laura pour une émission télévisée nationale type The Voice oblige cette famille à s’interroger sur elle-même : en quoi est-elle « spéciale » ?
« Etwas Ganz Besonderes », quelque chose de tout particulier. Le titre original allemand fait particulièrement sens. Le titre retenu par les distributeurs français, qui plus est en anglais, est bien plus insipide.
Eva Trobisch avait signé en 2018 un premier film que j’avais beaucoup aimé sur le déni du viol et la résilience, Comme si de rien n’était. Elle retrouve ici la même sensibilité dans cette fresque familiale polycentrique. La qualification de Laura pour la finale d’un concours de chant – qui sera l’occasion pour son grand père de se rendre en Allemagne « de l’Ouest » pour la première fois de sa vie – en constitue moins le sujet central que le révélateur. C’est l’occasion pour chacun des membres de la famille de Laura d’avoir son mot à dire : son père qui n’accepte pas que sa femme l’ait quitté, sa mère enceinte d’un nouveau compagnon bien fallot, ses grands-parents incapables de réaliser que l’œuvre de leur vie, ce chalet merveilleux niché au fond des bois, est en train de faire faillite, Laura elle-même qui devra bientôt entrer dans l’âge adulte….
Le film est au passage un témoignage subtil sur cette Allemagne qu’on disait de l’Est qui, trente ans après la chute du Mur, continue à garder un « mur dans la tête » (Mauer im Kopf). Ses populations font face à un double problème. La relation avec leur passé évoquée à travers la réaffectation de l’ancienne usine d’Etat qui employait la quasi-totalité des travailleurs de la ville. La relation complexée avec les Allemands « de l’Ouest », plus riches, plus branchés.