
Maja, une actrice allemande (Maren Eggert), et Nourou, un acteur français d’origine sénégalaise (Jean-Christophe Folly), tournent à Dakar une adaptation contemporaine de Médée sous la direction d’une réalisatrice française hystérique (Nathalie Richard, double à peine déguisée de Claire Denis). Quelques mois plus tard, le trio se reforme à Berlin où le film est présenté en avant-première.
Il faut faire quelques recherches pour comprendre le sens du titre. Il est emprunté au philosophe du langage Orman Quine et désigne l’impossibilité de comprendre avec certitude une langue étrangère [Dans cette expérience de pensée, un linguiste observe un autochtone qui crie « gavagai » en voyant un lapin fuir. Le mot semble signifier « lapin », mais il pourrait tout aussi bien signifier « c’est un repas », « animal rapide » ou « partie blanche »].
Cette recherche faite, on comprend que Gavagai est un film sur le fossé interculturel et l’incommunicabilité. Sujet passionnant s’il en est. L’Allemand Ulrich Köhler, qui avait réalisé en 2018 le post-apocalyptique In My Room, raconte l’histoire d’un couple mixte en train de se former qui est confronté à deux situations bien particulières. La première est le tournage au Sénégal d’un film inspiré de la fameuse figure mythologique de Médée, interprétée par une femme blanche au milieu d’acteurs noirs, professionnels ou amateurs. La seconde est l’incident trivial qui marque l’arrivée de Nourou dans l’hôtel berlinois où la production le loge le temps de l’avant-première et qui l’oppose à un vigile polonais.
Ainsi présenté, le sujet semble stimulant. Mais, la juxtaposition des deux histoires est dissonante : les enjeux que pose l’adaptation contemporaine de Médée sont d’une autre ampleur que ceux d’une vulgaire altercation. Et le scénario n’arrive pas à se dépêtrer de ses contradictions. Certes, on ne voit pas le temps passer face à cette histoire bien écrite et bien jouée ; mais on ne peut s’empêcher d’être vaguement déçu par un film qui, à force de refuser de s’engager, finit par s’effondrer sur lui-même.