Pressure ★★★☆

Juin 1944. Les forces alliées sous le commandement du général « Ike » Eisenhower (Brendan Fraser) préparent dans le plus grand secret le débarquement de Normandie. La date exacte de son déclenchement, fixée en fonction de la hauteur des marées et de la pleine lune, dépend d’un dernier aléa : la météo. Tout le haut commandement est suspendu aux prévisions du chef météorologiste, le colonel Stagg (Andrew Scott), chef écossais et taiseux du département de météorologie dont la femme est sur le point d’accoucher.

En allant dimanche voir l’avant-première de Pressure, je m’attendais à un banal film hollywoodien sans réel suspense (tout le monde sait que le Débarquement a eu lieu le 6 juin 1944 sur une mer agitée et une épaisse couverture nuageuse) que sauverait uniquement mon indulgence coupable pour les films de guerre. J’ai été agréablement surpris par ce film, adapté d’une pièce de théâtre à succès, dont je n’escomptais pas tant.

Il réussit d’abord à bâtir un vrai suspense là où je ne l’aurais pas imaginé. La date du débarquement avait en effet été fixée au lundi 5 juin. Les météorologues américains, notamment le colonel Krick qui accompagnait Eisenhower depuis trois ans en Afrique du Nord (où il pronostiqua sans jamais se tromper un grand soleil), s’appuyant sur les relevés des années précédentes à la même période, prévoyait un grand beau temps. Mais Stagg, se fiant aux relevés de l’année en cours, identifie une dépression poussée par le jet-stream qui, malgré le soleil insolent des jours précédents, menace le 5 juin.

Le haut commandement en charge du Débarquement veut des certitudes : quelle sera la météo le 5 juin ? Les scientifiques ne peuvent que leur opposer leurs doutes et leurs probabilités. Ils ne sont sûrs de rien. Krick l’est ; mais Stagg ne l’est pas et oppose à Ike un « principe de précaution » avant l’heure : si la tempête éclate, le Débarquement court à la catastrophe et des milliers de vies seront sacrifiées en vain.

Première question dont on connaît déjà la réponse (puisque le Débarquement n’a pas eu lieu le 5 juin) : Ike écoutera-t-il Stagg ou Krick ? Deuxième question (puisqu’on sait que Ike a écouté Stagg) : la prudence de Stagg était-elle ou non justifiée ? Troisième question : pourquoi le Débarquement a-t-il finalement eu lieu le 6 au matin ?

Le film a été écrit et tourné pendant le Covid. Son sujet résonne doublement avec la pandémie qui a frappé la planète en 2019-2021.
Il interroge la place du scientifique dont le politique exige des certitudes alors qu’il n’est capable que d’émettre des hypothèses informées. Stagg m’a fait penser à Anthony Fauci, l’épidémiologiste placé sous la pesante autorité de Donald Trump pendant le Covid. Trump aurait aimé lui faire dire que le Covid est une vulgaire grippe qu’on pourrait soigner avec un cachet d’hydroxychloroquine ou une cuillère d’eau de Javel. Stagg et Krick émettent deux opinions diamétralement opposées reposant sur un raisonnement radicalement différent. Encore ne furent-ils pas gênés, comme les épidémiologistes durant le Covid, par une floppée de soi-disant experts ultracrépidariens.
Il met en scène le décisionnaire et l’écrasante responsabilité qu’il doit seul assumer. Prendre une décision dans un environnement indécis est une responsabilité écrasante. De la décision d’Eisenhower dépendaient l’issue de la Seconde Guerre mondiale et la vie de milliers d’hommes.

Certes, Pressure (au titre joliment polysémique) ne recule pas devant certains effets hollywoodiens. Il leste le colonel Stagg d’une femme enceinte de neuf mois dans un hôpital londonien bombardé – alors que son fils ne naîtra que plusieurs mois après le Débarquement et que Stagg n’a pas eu à s’inquiéter de la situation de sa femme lorsqu’il était claquemuré à Southwick House. S’il n’a pas la complexité des Rayons et des Ombres, le panache de La Bataille De Gaulle, Pressure n’en demeure pas moins un remarquable film de guerre.

La bande-annonce

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