
Au Puech, dans les Cévennes, s’est installée une communauté de néo-ruraux en quête d’une nouvelle vie, plus écologique, plus proche de la terre. Ils ont acheté une bastide en ruines, l’ont retapée et ont mis en commun leurs maigres économies. C’est dans ce milieu libertaire qu’a grandi Anja (Lou Lampros), la fille de Sam (Céline Sallette) et de Karl (Bertrand Belin). La jeune fille, de plus en plus solitaire, a quitté la bastide pour vivre dans la forêt, loin des hommes. Pour survivre, elle vole de la nourriture et des vêtements dans les maisons des environs, suscitant l’hostilité croissante de ses habitants.
Camille Ponsin, réalisateur de La Combattante en 2022, un documentaire consacré à l’ethnologue Marie-José Tubiana, une spécialiste du Darfour qui aide les réfugiés originaires de cette région dans leur demande d’asile, réalise son premier film de fiction. Il est inspiré d’une histoire vraie – dont je n’ai pas réussi à savoir comment elle s’était dénouée.
L’histoire est passionnante. Elle comporte deux facettes. D’une part, la personnalité de Nana (rebaptisée Anja dans le film), dont, sans être psychiatre, on peut légitimement penser qu’elle souffre d’une forme grave de schizophrénie. Quelles sont les étapes de sa lente marginalisation ? Que ressent-elle dans les bois ? Y souffre-t-elle du froid ? de la faim ? Comment réussit-elle à se nourrir ? se soigner ? D’autre part les réactions que Nana suscite. Réactions clivées : d’un côté ceux qui lui sont proches, à commencer par sa mère, qui se soucient de son bien-être et redoutent qu’une hospitalisation forcée ne la détruise et de l’autre côté ceux qui se plaignent des dégradations commises par Anja et estiment, à tort ou à raison, qu’une hospitalisation la sauvera.
Le problème de Sauvage est de vouloir garder la part égale entre ces deux aspects. Il traite essentiellement le sujet du point de vue de Sam, la mère d’Anja. Il n’embrasse pas celui d’Anja elle-même, ce qui condamne le personnage à conserver sa part de mystère : enfant-loup ? ou esprit malade ? Il ne fait qu’effleurer les dissensions que les exactions d’Anja provoquent, fissurant lentement la cohésion sociale qui existait au sein du village et au sein même de la communauté du Puech.
Sauvage est un film trop lisse, trop sage. Sur un sujet très proche, As bestas avait, avec le succès public et critique que l’on sait, eu plus d’audace.