Bait ★☆☆☆

Bait se déroule de nos jours peut-être dans un petit village pittoresque des Cornouailles. L’afflux des touristes en a modifié l’économie. Les habitations proches du port ont été vendues à de riches Londoniens ; les pêcheurs se sont reconvertis. Martin Ward (Edward Rowe) vit mal cette évolution. Il pêche à la nasse au bord du rivage des bars ou des homards depuis que son frère aîné a,  à son grand dam, transformé le bateau de son père en promène-touristes.

On avait découvert le cinéma anachronique de Mark Jenkin en 2024 avec la sortie d’Enys Men (2022), l’étrange histoire sans paroles d’une botaniste recluse sur une île deserte. Il nous déconcerte à nouveau par un film surprenant, tourné en 2017, projeté à Berlin en 2019 et resté à ce jour inédit en France.

Son histoire est banale : celle d’un homme déclassé et humilié qui n’accepte pas l’évolution du monde et voudrait à tout prix maintenir un mode de vie frappé d’obsolescence. C’est sa forme qui est radicalement déconcertante : Bait a été tourné avec une caméra Bolex 16mm. Il a le grain des films muets en noir et blanc des années 30. Le son a été post-synchronisé. Ses paysages rappellent L’Homme d’Aran (1934), certains raccords surréalistes Un Chien andalou (1929).

La question qui se pose est l’adéquation de la forme au fond : pourquoi avoir filmé cette histoire-ci avec cette forme-là ? Quelle nécessité y avait-il à emprunter aux techniques des débuts du cinéma pour raconter une histoire ultra-contemporaine ?

J’ai beau avoir cherché, je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante à ces questions. J’en ai tiré une conclusion bien sévère : Bait se réduit à mes yeux à un exercice de style certes original mais vain.

La bande-annonce

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