
Alexia (Mara Taquin) est une jeune infirmière en cours de formation. Elle doit effectuer un stage dans un hôpital psychiatrique. Elle y est accueillie par Joëlle (Nathalie Richard), une infirmière-cheffe expérimentée. Elle y découvre vite un métier dont elle n’avait pas imaginé la dureté. Elle se lie à Mila, une jeune patiente.
Au bord du monde est né de la rencontre de Guérin van de Vorst, un réalisateur aguerri, et de Sophie Muselle, qui a vécu, au même âge qu’Alexia, la même expérience lorsqu’elle a travaillé en Arménie pour ses études de psychologie dans une mission humanitaire de MSF, et qui a depuis mené un projet original, un atelier théâtral au service de la santé mentale, L’Appétit des indigestes.
Les deux complices ont beaucoup réfléchi à ce qu’ils voulaient montrer d’un service psychiatrique. Ils ont choisi de poser des questions, plus que d’asséner des réponses. Ce parti pris de modestie, qui transparaissait de leur présentation du film, en avant-première, lundi dernier au Trois Luxembourg, les honore. C’est par les yeux d’Alexia que nous le découvrons, en partageant avec elle ses étonnements, ses coups de cœur et ses coups de gueule.
La question est posée de la bonne distance à garder avec le patient : trop loin, on court le risque de la froideur, trop près on court celui de la perte d’objectivité. La jeune Mila est-elle psychotique ? suicidaire ? ou simplement une jeune fille mal dans sa peau à laquelle l’enfermement et les neuroleptiques risquent de faire plus de mal que de bien ? Le scénario a la finesse de laisser ces questions sans réponse et, ainsi, de nous mettre dans la même situation qu’Alexia et que les soignants.
Cette situation-là, c’était la même que celle de Floria, l’infirmière d’En première ligne, ce film suisse que j’avais tellement aimé l’été dernier. Si on était chagrin, on ferait à Au bord du monde le reproche de dupliquer ce film-là. Mais ce serait un reproche bien injuste à adresser à ce film-ci qui, aux frontières du documentaire, a le mérite de nous faire découvrir des services psychiatriques en déshérence, des deux côtés du Quiévrain.