
Après le premier volet sorti le 3 juin, le second du diptyque d’Antonin Baudry, en salles depuis samedi, reprend en 1943 au lendemain du débarquement allié en Afrique du Nord. S’il a conquis la confiance de Churchill (Simon Russell Beale), de Gaulle (Simon Abkarian) peine à convaincre Roosevelt (Campbell Scott) de sa légitimité, qui lui préfère Giraud (Thierry Lhermitte). Pour asseoir son autorité et éviter que la France devienne, après la victoire alliée, un protectorat américain, le chef de la France libre dispose de deux atouts : sur le front extérieur, le courage et la pugnacité des troupes de Leclerc (Niels Schneider), sur le front intérieur, le travail silencieux de Jean Moulin (Félix Kysyl) qui réussit à unifier la Résistance au péril de sa vie.
Vous avez aimé la première partie ? Courez voir la seconde. Elle en constitue le parfait prolongement. Vous avez trouvé au contraire le début de ce diptyque inutilement grandiloquent (poke mon épouse) ? Dispensez-vous de voir sa fin.
Tout y est exaltant et exalté : le montage, la musique omniprésente, le jeu des acteurs… Le film ne connaît aucun répit. On ne regarde pas une seule fois sa montre, sinon peut-être vers la fin de la deuxième heure, où on se demande s’il restera suffisamment de temps pour débarquer en France et libérer Paris ou si les dernières pages de la guerre seront traitées dans une troisième partie dont on n’avait pas entendu parler.
Le problème selon moi de ce De Gaulle est le décalage pour ne pas dire la dissonance entre la forme et le fond. La forme est celle somme toute très classique du film de guerre, boostée par les dizaines de millions de budget de cette superproduction et de ses effets spéciaux, avec son lot de scènes épiques.
Le fond lui est tout autre. L’histoire de De Gaulle, comme le montre d’ailleurs la biographie de Julian Jackson à laquelle le film est très fidèle, n’est pas celle d’un combat à mort avec l’occupant allemand. Les nazis sont d’ailleurs étonnamment absents des cinq heures du diptyque. On n’en voit quasiment aucun : ni Hitler, ni Rommel, ni von Choltitz, ni même Barbie qui torture pourtant Moulin à Montluc.
L’histoire de De Gaulle, beaucoup plus politique, beaucoup moins cinématographique, c’est faire admettre par les Britanniques et les Américains, alors que la France de Weygand et de Reynaud est vaincue, alors que la France de Vichy sombre dans le déshonneur de la collaboration, qu’il incarne encore une France éternelle avec les soldats de la France libre, à Londres et en Afrique, et quelques résistants courageux en métropole.
Le problème du film d’Antonin Baudry à mon sens est, tout en étant très respectueux de la vérité historique de De Gaulle, d’avoir voulu à tout prix réaliser un film de guerre, alors que son sujet ne s’y prêtait pas. Un exemple : la rivalité entre de Gaulle et Giraud, qui occupe presque la moitié du film et qui se résout autour d’une table de réunion sans qu’on comprenne pourquoi Giraud renonce si vite au poste que les Américains lui avaient réservé.
De ce point de vue, L’Armée des ombres ou Lacombe Lucien ou même Paris brûle-t-il ? sont autrement plus réussis. Leur forme correspond à leur sujet.