
Félix (Andranic Manet) est un jeune homme lunaire qui travaille dans l’hôtel tenu par son père (Alexandre Steiger). C’est dans ce petit hôtel parisien que descend Lola (Salomé Rose Stein), une jeune activiste engagée pour la cause animale, venue au Salon de l’agriculture pour y mener avec Abraham (Abraham Wapler) une action coup de poing.
L’Ecologie des sentiments fait partie de ces petits films sortis en catimini au cœur de l’été dans un circuit de salles confidentiel. C’est le premier film d’un membre de la géniale troupe des Chiens de Navarre, Alexandre Steiger, aujourd’hui quinquagénaire, qu’on a vu régulièrement dans un tas de petits films français sans lui avoir prêté l’attention qu’il méritait : L’Ordre et la Morale, Eiffel, Oranges sanguines, Queen of Montreuil….
Le récit qu’il raconte pourrait sembler à la fois suranné, loufoque et futile. Suranné : l’hôtel sans âge dirigé par le père de Félix, avec ses papiers peints impersonnels. Loufoque : l’opération commando menée par un trio d’activistes animalistes au Salon de l’agriculture. Futile : les émois de Félix devant la jolie Lola qui l’attire et l’impressionne en même temps.
Une de mes meilleures amies a trouvé que ce film était férocement dépourvu d’intérêt. Elle me l’avait fermement déconseillé. Elle apprendra peut-être, à la lecture de ce billet, que je ne l’ai pas écoutée. J’en suis désolé…. et ravi ! Car, sans pouvoir en expliquer objectivement les raisons, j’ai été follement séduit par ce petit film de rien du tout. Par le charme de ses deux acteurs principaux : par Andranic Manet qu’on avait déjà vu dans Mes provinciales ou La Récréation de juillet, une sorte de Jacques Tati jeune, qui réussit la gageure d’être simultanément agoraphobe et claustrophobe, et par la révélation Salomé Rose Stein, pétillante, que je n’avais jamais vue nulle part.
Le cinéma a ceci de merveilleux et d’inattendu que, même si on a vu des milliers de films, même si on finit par connaître ses goûts et ses dégoûts, on réussit encore parfois, on réussit même assez souvent, à être étonné, à succomber au charme d’un film qu’on n’attendait pas – ou à être cruellement déçu d’un film qu’on attendait. Le cinéma nous réserve encore mille surprises. Merci à lui !