
Suzanne (Hiam Abbass) a soixante-quatre ans. Elle vit à Beyrouth et travaille dans une mercerie. Elle est veuve et ses deux enfants vivent désormais loin d’elle. Un soir, elle secourt un réfugié sud-soudanais, Osmane (Amine Benrachid), agressé en pleine rue par deux malabars, et le fait monter chez elle. Malgré la différence d’âge, Suzanne et Osmane tombent amoureux. Leur couple fait scandale.
Danielle Arbid est une réalisatrice franco-libanaise entière, dont j’ai beaucoup aimé les précédents films : Passion simple en 2020, adapté d’Annie Ernaux, Peur de rien en 2015 qui a révélé Manal Issa. J’ai été heureux de la voir mardi soir à l’Arlequin présenter son dernier film, dans un joyeux désordre, entourée de toute son équipe.
Son action se déroule à Beyrouth. Mais l’équipe du film n’a pu y tourner en raison de la situation sécuritaire. Aussi le film recourt-il à un dispositif étonnant. Il a été tourné en transparence, les acteurs jouant en studio, près de Paris, devant un écran où étaient projetées des images de Beyrouth. Le procédé pourrait sembler artificiel. Il est à peine identifiable. Et quand bien même on l’aurait remarqué, il n’altère en rien la narration.
Seuls les rebelles – un titre dont je n’ai pas compris la signification – est inspiré de Tous les autres s’appelent Ali, un film de Fassbinder de 1974 mettant en scène une veuve allemande en couple avec un immigré marocain, lui-même inspiré de Tout ce que le ciel permet un mélo de Douglas Sirk de 1955 où une élégante veuve tombe amoureuse du fils de son jardinier interprété par Rock Hudson.
Chacun de ces trois films traite du même sujet, l’union transgressive d’une femme âgée et d’un homme plus jeune qu’elle. Le film de Sirk dans l’Amérique collet-monté du code Hays des années 50 évoquait la barrière de la classe, celui de Fassbinder la barrière de la race.
Le film de Danielle Arbid actualise ces thèmes dans le Liban contemporain. Le couple qu’elle forme avec Osmane est, pour les voisins de Suzanne et pour sa famille, triplement choquant. Choquant en raison des presque quarante années de différence entre la veuve qu’on croyait rangée des voitures et le séduisant jeune homme. Choquant en raison de la différence de race et de religion – Suzanne est catholique, comme en témoigne la croix qu’elle porte en pendentif, alors qu’Osmane est musulman. Choquant en raison de la différence de milieu social, Osmane étant immédiatement suspecté de vouloir abuser de la crédibilité de Suzanne.
L’interprétation de Seuls les rebelles n’appelle aucune réserve. Hiam Abbass y est, comme toujours, parfaite ; le novice Amine Benrachid est charmant. C’est le scénario qui pèche, un peu trop planplan, un peu trop plat, un peu trop prévisible.