
Marta (Alba Rohrwacher) est prof de sport dans un lycée romain ; Antonio (Elio Germano) est un chef qui vient d’ouvrir son restaurant. Marta et Antonio sont en couple depuis sept ans mais Antonio claque la porte après une bête dispute. Marta a du mal à encaisser la séparation. Sa santé s’en ressent.
Je me souviens du choc que j’ai ressenti devant Ma vie sans moi et The Secret Life of Words, les deux films, tournés avec Sarah Polley, qui ont lancé la carrière d’Isabel Coixet, une jeune réalisatrice espagnole hyperdouée. Les hasards de la vie m’ont conduit via son compagnon, l’Américain Reed Brody, à la rencontrer et même, privilège rare, à jouer un petit rôle dans sa dernière série, Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi.
Aussi n’aurais-je raté pour rien au monde l’avant-première de son premier film. Isabel et Reed étaient là et Isabel a présenté le film avec l’ironie et l’intelligence mordante qui la caractérisent, loin des formules embarrassés dont la plupart des producteurs nous affligent dans ce genre d’exercices.
Trois adieux est l’adaptation du tout dernier recueil de nouvelles de l’écrivaine sarde Michela Murgia. Le cancer du rein qui l’a emportée à l’été 2023 l’avait empêchée de voir sa publication. Le recueil s’intitulait Tre Cutiole, ce qui je crois signifie littéralement « trois bols ». Isabel Coixet a choisi un autre titre pour la version internationale de son film. « Trois adieux » évoque les trois étapes du détachement progressif de Marta.
Isabel Coixet était menacé par un écueil : celui de filmer Rome – qui l’a déjà été si souvent par d’immenses réalisateurs (Fellini, Scola, Moretti, Sorrentino…) – comme une carte postale avec ses passages obligés devant le Colisée et la Piazza Navona. Elle l’évite en s’attachant à des détails : une statue de madone enchâssée dans un mur, un vieux barista penché sur sa Cimbali…
Si Ma vie sans toi, qui racontait une histoire similaire, était dramatique et poignant, Trois adieux est plus apaisé. C’est un film léger, grâcieux, zen oserais-je dire. La responsabilité en revient à Alba Rohrwacher, qui décidément est l’une des actrices les plus convaincantes du moment. Elle réussit à être en même temps grave et légère. Elio Germano (Berlinguer, la grande ambition, Suburra, Alaska, America Latina…) sexy en diable, lui donne la réplique et n’a pas un rôle facile. Un coup de chapeau aux seconds rôles, avec le seul regret de les voir trop peu : Galatea Bellugi, dont on avait déjà noté dans Cinque Secondi que l’italien était son autre langue maternelle, et Francesco Carril.