L’Invitation ★★★☆

La quarantaine, Angela (Olivia Wilde) et Joe (Seth Rogen) forment un vieux couple fatigué qui ne fait plus l’amour et qui se porte mutuellement sur les nerfs. Contre l’avis de son mari, Angela a décidé d’inviter à dîner leurs voisins du dessus, Pina (Penélope Cruz) et Hawk/Howard (Edward Norton) dont les bruyants ébats nocturnes ont le don d’exaspérer Joe.

La pièce de théâtre du Catalan Cesc Gay Los Vecinos de Arriba [Les Voisins du dessus] (2016) a connu un succès mondial immense. Elle a fait l’objet de pas moins de neuf adaptations au cinéma, en Espagne d’abord, puis en Italie, en Russie, en Corée du Sud… En France, elle fut adaptée sous le titre Et plus si affinités au printemps 2024. Aux Etats-Unis, c’est à Olivia Wilde que la réalisation et l’un des quatre rôles ont été confiés. L’actrice, qu’on vient de voir dans le faussement transgressif I Want your Sex de Gregg Araki, s’en donne à cœur joie. Son jeu dingue est l’une des (bonnes) raisons de courir voir ce film.

Il y en a trois autres.
La première est la cocasserie de la rencontre entre le couple très ordinaire interprété par Olivia Wilde et Seth Rogen et celui, autrement plus libéré, formé par les deux bombes sexuelles que sont pour toujours et à jamais, quel que soit le poids des ans (elle a 52 ans, il en a 57), Penélope Cruz et Edward Norton. On sait, surtout si on gardait en mémoire les films espagnol et français, l’objet de leur rencontre. On n’en laisse pas moins la pression lentement monter avant que le sujet soit mis sur la table dans une scène d’une drôlerie réjouissante qui permettra à chacun d’enrichir – ou pas – son vocabulaire.

Mais L’Invitation ne se réduit pas à l’encanaillement d’un couple trop guindé. Il livre dans son dernier tiers, jusqu’à son dénouement très ouvert auquel chacun donnera le sens qu’il veut (le mien est pessimiste), une réflexion sacrément lucide sur le couple et son usure, sur les rêves qu’on ne réalise pas et les silences dans lesquels ils s’abîment.

La comparaison avec Et plus si affinités est cruelle pour le film français. Aussi bien joué soit-il (Isabelle Carré y était comme toujours excellente), il ne se hissait jamais au-dessus du théâtre de boulevard filmé. L’Invitation est autrement plus riche, grâce à un art consommé des dialogues qui crépitent à un rythme pétaradant et au jeu millimétré des acteurs qui ont, tous les quatre, l’occasion rare de faire la démonstration de leur immense talent.

La bande-annonce

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