
Saviez-vous qu’existait en Irlande une communauté autochtone qui présente des caractéristiques similaires à celles des Roms et des Sintis d’Europe centrale ? Les Mincéirs ou Pavees, plus connus sous le nom d’Irish Travellers. La communauté forte d’une trentaine de milliers de membres est profondément catholique. La famille élargie, le respect des aînés, le mariage précoce et l’élevage de chevaux occupent une place centrale dans leur culture. Le réalisateur franco-irlandais s’est intéressé aux O’Reilly, une famille de dix (!) enfants, éleveurs de chevaux, sédentarisée dans une caravane dans le comté de Tipperary près de Cashel.
Projeté à la Semaine de la critique à Cannes où il a été récompensé par une mention spéciale de l’Œil d’or, Grand Prix du meilleur documentaire au festival 2 cinéma de Valenciennes, Irish Travellers est un documentaire feel-good. On ressort de la salles gonflé à bloc par le spectacle improbable de cette famille hors normes, de ses dix enfants, aussi nombreux que joyeux, qui s’entassent dans deux caravanes exiguës et y cohabitent dans un joyeux désordre.
Leur père a quarante ans à peine. Il en fait au moins dix de plus. Obèse, fumeur à la chaîne, on ne donne pas cher de sa peau. D’autant que son casier judiciaire est déjà bien rempli. On ne sait pas ce qui lui est reproché ; mais pendant l’année qu’est censé couvrir le documentaire et ses quatre parties scandées par le passage des saisons, il est jugé et condamné à six mois de prison ferme. On apprend qu’il est anxieux et dépressif. Sa présence silencieuse fournit un contraste déroutant face à l’insouciance et à la joie de vivre de ses enfants. Son épouse constitue la cheville ouvrière de cette curieuse famille.
Irish Travellers a le défaut de faire du sur place. Les chiens aboient, la caravane ne passe pas… Mais, comme le résume son réalisateur lors de la présentation à laquelle j’ai eu la chance d’assister : il s’agit d’un documentaire sur des nomades qui ne nomadisent plus.