
Juliette (Marion Aussilloux) affiche tous les signes de la réussite : un poste prestigieux dans la finance, une belle maison avec piscine dans les hauts de Marseille, une vie sexuelle débridée… Mais ses parents, d’origine modeste, qui se sont sacrifiés pour elle, sentent bien que quelque chose cloche dans sa vie. Le viol par un collègue de travail dont Juliette est victime après une soirée trop arrosée va servir de déclencheur et va la conduire à changer de vie.
Robert Guédiguian est de retour avec son vingt-cinquième long métrage. Si Jacques Boudet n’est plus, la petite troupe de ses acteurs fétiches a, comme toujours, répondu présent : Ariane Ascaride bien sûr, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin mais aussi les plus jeunes, Robinson Stévenin, Lola Naymark et Grégoire Leprince-Ringuet qui ont déjà tourné une demi-douzaine de fois sous sa direction. Marion Aussilloux, nouvelle venue dans la troupe puisque c’est seulement son deuxième film après La Pie voleuse, se voit confier le rôle titre. Elle y est excellente même si elle ne parvient pas tout à fait à faire oublier Ariane Demoustier qui avait tourné quatre fois avec Guédiguian avant de prendre ses distances.
Nous sommes donc en terrain connu, sous le chaud soleil marseillais et son accent chantant. Comme chez Verlaine, le Guédiguian nouveau n’est ni tout à fait le même ni tout à fait un autre. Le « petit théâtre marxiste du prolétariat marseillais » (l’expression est de Jacques Mandelbaum dans Le Monde) que le réalisateur septuagénaire chronique depuis près d’un demi-siècle prend ici des couleurs féministes post #MeToo avec un portrait de femme indépendante, transfuge de classe. Le viol dont elle est la victime percute deux autres événements : la découverte par sa mère, pied-noir d’Algérie, de la vraie identité de sa propre mère et la rencontre de Juliette avec les membres d’une association caritative, dirigée par le séduisant Christian (Grégoire Leprince-Ringuet), qui héberge des jeunes mères enceintes sans ressources (on pense au dernier film des Dardenne, Jeunes Mères).
Le viol et ses séquelles, l’accueil des plus fragiles et la nécessaire solidarité qui leur est due, les blessures jamais cicatrisées de la colonisation de l’Algérie : la barque est lourdement chargée. C’est d’ailleurs un défaut fréquent chez Guédiguian. Elle menace de prendre l’eau. D’autant que le film baigne dans une bien-pensance mièvre où la quasi-totalité des personnages incarne chacun à leur façon une facette du Bien.
Deux personnages secondaires font exception et donnent un peu de relief à un film qui en manque cruellement : le voisin de Juliette, interprété par Jean-Paul Darroussin, qui cache derrière sa bienveillance une âme noire et Vera, une mère célibataire d’origine ukrainienne qui abuse de l’hospitalité de Christian.