La Gradiva ★★★☆

Une classe de terminale part en voyage scolaire à Naples. Son professeur de latin les accompagne.

Bis repetita, sorti il y a deux ans avec Louise Bourgoin et Xavier Lacaille avait exactement le même pitch. Mais, richesse du cinéma français oblige, on ne saurait imaginer deux films plus différents. Bis repetita était une comédie gentillette, La Gradiva (dont le titre hermétique que rien dans le film ne vient éclairer renvoie à une nouvelle de Wilhelm Jensen et analysée par Sigmund Freud sur l’inconscient et le désir) est autrement plus grave.

Mais avant de se lester d’une gravité toute drieuiste, La Gradiva prend le temps de passer par plusieurs états. Le premier est celui des amours adolescentes façon La Boum ou Diabolo Menthe. La première scène se déroule dans le train vers l’Italie. Deux jeunes adolescents, James et Angela, y couchent ensemble. Depuis le couloir, deux camarades, Toni et Susanne, les épient, fascinés et jaloux. Quelques plans plus tard, dans l’institution qui les accueillent sur les hauts de Naples, Angela confie à ses camarades de dortoir son désarroi face à James qui l’a ghostée. La scène est d’une remarquable justesse.

Le deuxième état est celui du voyage scolaire façon Bis repetita justement, avec ses classes chahuteuses et son enseignante plein de bonnes intentions, laquelle essaie tant bien que mal de transmettre quelques bribes de connaissances à un groupe intenable où se mélangent les forts-en-thème et les décrocheurs. Là encore, Marine Atlan signe une scène incroyable, d’une grande justesse elle aussi, à Pompéi où, jusqu’à l’exténuation, la courageuse professeure de latin, Mme Mercier, décrypte les fresques murales d’une villa engloutie par la lave.

Le troisième et dernier état, je l’ai évoqué, est drieuiste. Je ne suis pas certain que le terme existe. La Gradiva m’a fait penser, à tort ou à raison, au Feu follet. Le personnage de Toni m’a rappelé celui du roman de Drieu la Rochelle – alors même qu’il a une bonne quinzaine d’années de moins que lui. Toni a de lointaines racines napolitaines. La légende familiale voudrait que sa grand-mère, enceinte de son grand-père, un riche châtelain, ait quitté Naples au moment du tremblement de terre de 1980 qui a englouti le château familial et tué le géniteur. Obnubilé par cette légende, Toni part à la recherche des traces de cette histoire. On ne dira pas ce qu’il trouvera et comment cette quête se terminera.

Mais on saluera ce premier film, légitimement distingué à la Semaine de la Critique à Cannes, dans la veine de Pialat, pour la finesse de son écriture, la justesse de son ton et la qualité de sa direction d’acteurs. Sorti avant-hier, il a été accueilli par une critique unanime. C’est peut-être le film du mois ; c’est à coup sûr le film de la semaine !

La bande-annonce

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