Digger ★★★☆

« Digger » (le creuseur) Rockwell est un milliardaire misanthrope enrichi par l’exploitation du pétrole, qui vit retranché dans un immense manoir avec une armée de collaborateurs qui l’entoure et Maggie, sa chatte, âgée et subclaquante. Digger possède des puits de pétrole partout dans le monde. L’un d’eux au Groenland, détruit par une explosion, a causé la dérive vers l’Europe d’un immense iceberg qui menace d’y provoquer un tsunami. Digger se rapproche du président américain pour décider de la réaction appropriée.

Alejandro Iñárritu est sans doute l’un des plus grands réalisateurs de son temps. Il a remporté deux fois (de suite !) l’Oscar du meilleur réalisateur : en 2014 avec Birdman et en 2015 avec The Revenant. On lui doit aussi Amours chiennes (2000), 21 Grammes (2003) et Babel (2006). Son précédent film, Bardo (2022), n’était pas sorti en France. Digger marque son grand retour onze ans après The Revenant.

Digger est une sacrée claque. Une claque désagréable qui m’a spontanément déplu, mais que j’ai tendance à réévaluer depuis que j’y réfléchis. J’étais sur le point d’affirmer péremptoirement que Tom Cruise, prêt à tout pour obtenir enfin l’Oscar qu’il n’a jamais eu, en faisait trop. J’allais aussi reprocher à Iñárritu, d’être en roue libre, aux manettes d’une farce apocalyptique trop longue, qui louche à la fois du côté de Citizen Kane, de Docteur Folamour et de Don’t Look Up qui ne se refuse aucune outrance.

Mais ces critiques me semblent tout bien considéré bien mesquines. Digger est un film sacrément ambitieux, à mille lieues au-dessus du tout-venant cinématographique. Il rassemble quelques uns des plus grands acteurs du moment : Tom Cruise qui, comme il l’avait déjà fait dans Magnolia, ose briser son image ultra-lisse, John Goodman, amaigri et méconnaissable, Riz Ahmed, Sandra Hüller, Jesse Plemons… Ses décors, notamment le manoir de Digger, mélange vertigineux de ranch texan et de palais arabe ultra-kitsch, sont à couper le souffle. Digger contient quelques scènes d’anthologie, notamment le discours fleuve du héros devant une assemblée (le Parlement européen ? le Bundestag et sa coupole post-moderne ?) où répondant aux parlementaires qui lui reprochent de détruire la planète, ils renvoient la responsabilité du dérèglement climatique aux consommateurs européens gloutons qui n’ont pas su renoncer à un mode de vie énergétivore.

Quant au scénario en quatre actes, les critiques nous disent, sans le dévoiler, qu’il contient un twist. Je ne crois pas que ce soit le mot exact. Toujours est-il que, ce qu’on y apprend au bout d’une trentaine de minutes donne à l’histoire une dimension inattendue. Le vrai twist, c’est celui du tout dernier plan, glaçant. Mais n’était-il pas attendu et prévisible ?

La bande-annonce

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