Minotaure ★★☆☆

Tout allait pour le mieux dans la vie de Gleb, un oligarque russe, jusqu’à ce que tout se dérègle. Les autorités réclament une liste de conscrits pour les envoyer sur le front ukrainien. Gleb apprend au même moment que sa femme le trompe avec un jeune photographe.

Neuf années se sont écoulées depuis le dernier film d’Andreï Zviaguintsev, Faute d’amour, l’un de mes films quatre étoiles de 2017. Le réalisateur russe, en résistance ouverte au régime s’est depuis exilé en France. Ses précédents films (Le Retour, Le Bannissement, Elena, Leviathan) avaient permis de découvrir cet héritier de Tarkovsky, peintre amer d’une Russie post-soviétique en pleine déliquescence morale.

Placé, comme Leviathan, sous les auspices d’une créature mythologique, Minotaure laissait espérer un choc aussi fort. Les mêmes ingrédients sont rassemblés : la noirceur morale que ne vient jamais éclairer la moindre lueur d’espérance, le scénario qui déroule sa logique implacable, les longs plans-séquence, le travail de l’image et du son, la durée obèse du film (Minotaure dure comme Leviathan 140 minutes)…

Zviaguintsev s’est inspiré du scénario d’un film de Chabrol, La Femme infidèle. Mais son cinéma n’a rien à voir avec celui du grand réalisateur français. Chabrol était un sociologue caustique, Zviaguintsev est un philosophe désespéré. Est-ce parce que sa scène centrale a été filmée dans les mêmes décors anomiques d’une cité HLM ? Minotaure m’a rappelé le Décalogue de Kieslowski avec lequel Zviaguintsev partage le même pessimisme.

Pour autant, douze ans après Leviathan, Minotaure court le risque de la répétition. L’effet de surprise a disparu. On retrouve, sans déplaisir, Zviaguintsev ; mais on n’est plus sous le choc de sa découverte. D’autant que son film reprend les mêmes recettes sans vraiment innover. Il aurait pu, à l’identique, être tourné dix ou vingt ans plus tôt. Jacques Morice n’a pas tort de lui reprocher d’avoir « raté le train de la postmodernité, à la différence de son compatriote Kirill Serebrennikov » dans les colonnes de Télérama.

La bande-annonce

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