
Christophe a onze ans. Il grandit à la fin des années 80 dans une ferme au milieu de la Beauce au sein d’une famille aimante entre un frère aîné et une sœur cadette. Son père, taiseux, est rongé par les soucis que l’exploitation lui cause et se montre maladroit avec lui. Le collégien, affligé d’une scoliose doit porter un lourd corset métallique .
Le Corset arrive sur les écrans précédé d’une rumeur louangeuse. Il a été projeté dans les plus grands festivals et y a récolté une moisson de prix : prix spécial du jury dans la section Un Certain Regard à Cannes, prix du jury et prix du public à Annecy…
C’est un dessin animé français développé à Angoulême. Son réalisateur, Louis Clichy, était aux manettes des deux derniers Astérix avec Alexandre Astier – qui prête sa voix au vieil organiste du Corset. Comme Christophe, il a grandi dans la Beauce et a porté un corset.
Ce film d’animation explore un sillon désormais bien défriché du cinéma français : la vie à la ferme. On ne compte plus les films qui, souvent avec succès, l’ont creusé : La Famille Bélier, Petit Paysan, Au nom de la terre ou Vingt Dieux, La Ferme des Bertrand… Il y a quelques mois, un documentaire passé inaperçu, Un été à la ferme, avait pour héros un fils de paysan, lointain cousin du Christophe du Corset. Dans quelques semaines sortira Gabin qui était projeté à la Quinzaine des cinéastes à Cannes en mai dernier. Gabin entretient d’ailleurs avec son père la même relation compliquée que Christophe avec le sien.
Même si le sujet est éculé, Le Corset le traite avec une grande originalité et une immense délicatesse. Originalité du dessin à l’aquarelle si délicieusement poétique. Délicatesse du récit si pudique des premières amours du jeune héros. Aussi lointain soit-il, le souvenir du premier baiser de nos amours enfantines nous revient brutalement quand les lèvres de Clara touchent celles de Christophe. Il faut avoir un cœur de pierre pour ne pas s’y laisser émouvoir.
La musique est un acteur à part entière du Corset. Christophe en fait la découverte par hasard avec l’organiste de l’église de son village. La seconde moitié du film le voit préparer une représentation du Requiem de Fauré. C’est un enchantement pour l’oreille et pour l’œil car l’image réussit à incarner l’envoûtement que la musique suscite.