
The Social Reckoning est moins une suite qu’un prolongement de The Social Network. Le film de David Fincher, couvert de prix, racontait la naissance de Facebook ; celui d’Aaron Sorkin, auteur du scénario du premier, raconte ses dérives. Basé sur des faits réels « scandaleux » (sic), il fait fond sur la série d’articles publiés par un journaliste du Wall Street Journal, Jeff Horwitz (Jeremy Allen White) à partir des informations reçues d’une employée de Facebook devenue lanceuse d’alerte, Frances Haugen (Mikey Madison).
The Social Reckoning (sorti au Québec sous le titre « Le Jugement social, pour faire écho au « Réseau social » de Fincher, mais qu’on pourrait aussi traduire par « la prise de conscience collective ») n’est pas un film équilibré ou ambigu qui examinerait, dans un balancement circonspect, les qualités et les défauts de Facebook. C’est un film à charge qui en fait le procès impitoyable. On pourrait d’ailleurs s’étonner que Méta ne l’ait pas poursuivi en justice soit qu’il ait craint de lui donner une publicité supplémentaire (l’effet Streisand), soit qu’il ait pressenti que la législation américaine, très favorable à la liberté d’expression, ne lui ôte toute perspective de succès.
The Social Reckoning montre comment Facebook a refusé de modérer les posts et les commentaires de ses usagers les plus haineux ou, pire, comment il les a encouragés dans l’espoir d’accroître son trafic et ses revenus. La charge est lourde contre le géant de la Tech et son fondateur, Mark Zuckerberg, cloné par Jeremy Strong, un acteur décidément excellent (qui jouait le gourou du jeune Donald Trump dans The Apprentice). Sa défense est d’affirmer que Facebook n’est pas responsable des contenus que ses utilisateurs postent : il n’aurait pas la capacité de les modérer, il n’aurait pas surtout la légitimité de le faire sauf à s’ériger en arbitre du débat public. « Facebook is just a billboard » (« Facebook n’est rien de plus qu’un panneau d’affichage ») affirme Jeremy Strong (la citation est apocryphe).
The Social Reckoning s’inscrit dans la veine des Hommes du Président (sur le Watergate), de Spotlight (sur les actes pédophiles reprochés à des prêtres catholiques), de Pentagon Papers, (sur la guerre du Vietnam) de She Said (sur l’affaire Wenstein), autant de films qui constituent un sous-genre, le journalism thriller, dont les héros sont des journalistes courageux attachés à la défense de la vérité. Ces films épiques racontent le conflit de David contre Goliath et vantent la liberté de la presse. Ils exaltent deux des qualités humaines à mes yeux les plus hautes : le courage et la justice.