Une affaire turque ★★☆☆

Mustafa Duman (Lionel Erdogan) a grandi en banlieue parisienne avant de devenir avocat à Paris, dans le prestigieux cabinet de Claude Delval (Charles Berling). Il est sur le point de devenir associé s’il réussit une délicate négociation avec une entreprise gênée par l’adoption imminente d’une nouvelle législation européenne. Mustafa – qui se fait désormais appeler Mathieu – va peut-être trouver le moyen de retarder le vote du Parlement européen en passant un marché machiavélique avec un député européen dont l’assistant a agressé un conducteur turc de taxi proche de sa famille.

On ne voit pas souvent de films sur la communauté turque installée en France. Il faut remonter à 2005 et à L’Empire des loups, une adaptation testostéronée d’un thriller de Jean-Christophe Grangé pour en trouver un. Une affaire turque cède à un certain exotisme en nous en montrant quelques événements marquants : la fête de Bayram (qui marque la fin du Ramadan) avec ses cadeaux échangés et les salutations aux aînés, la cérémonie du henné qui se déroule la veille d’un mariage…

Une affaire turque est particulièrement intéressant par son arrière-fond sociologique. Il évoque  l’immigration, le respect des traditions religieuses et culturelles qui entrent parfois en conflit avec l’intégration à la société méritocratique française, la fidélité à sa communauté d’origine… Mais cette évocation n’est qu’un arrière-fond. L’essentiel du fil est un thriller politique qui louche du côté de Jacques Audiard, de James Gray et de Rodrigo Sorogoyen.

Le scénario nous maintient en haleine tout le long du film, même s’il enregistre deux passages à vide à la fin de son premier et de son deuxième tiers, quand rien ne semble plus devoir le faire avancer. Ses coutures sont un peu trop visibles et ses rebondissements se laissent deviner juste avant de survenir. Ses personnages, tous plus retors les uns que les autres, évitent certes le manichéisme mais se complaisent dans leur noirceur. Je ne suis pas arrivé à déterminer si Lubna Azabal cabotinait dans son rôle ou jouait à la perfection un personnage caricatural.

On retiendra de ce film une révélation : Lionel Erdogan, dans le rôle titre, qu’on avait déjà vu à la télévision, mais quasiment jamais au cinéma. Sa beauté renversante rappelle Liam Neeson et Matthew McConaughey. Il interprète à la perfection le rôle de ce transfuge de classe, que les hauts milieux d’affaires parisiens tiennent dédaigneusement à bout de gaffe et auquel sa famille et sa communauté lui reprochent de les snober.

La bande-annonce

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