
Charlie (India Hair), la trentaine, vient de perdre sa grand-mère, qui l’a élevée après la mort de sa mère emportée dans la fleur de l’âge par un cancer du sein fulgurant. Pour exécuter ses volontés, elle gagne Cavalière, dans le sud de la France, près de Toulon, pour y restituer à Titou (Eric Cantona) un lot de vieux vinyles trouvés dans l’héritage. Sur place, Charlie fait la connaissance de Marina (Raya Martigny).
Les Matins merveilleux est un petit film français qui ne paie pas de mine et qui m’a ravi. Ce n’est pas un film sur le deuil, comme le début de son pitch pourrait le laisser augurer, la mort de la grand-mère de Charlie ne servant que de prétexte à une intrigue qui se déploie bientôt près de la Méditerranée à une encâblure des îles d’Hyères.
Son histoire peut sembler trop prévisible : on voit venir, gros comme un camion, que Charlie découvrira que Titou est en fait le père dont sa mère ne lui avait jamais révélé l’identité. Mais fort heureusement, le scénario évite cette révélation trop téléphonée et prend une autre direction que je n’avais pas imaginée.
J’ai été enthousiasmé par ce film, projeté à Cannes hors compétition, pour deux raisons. La première est la prestation d’India Hair, qu’on voit régulièrement depuis une dizaine d’années. Elle fut nommée deux fois au César du meilleur espoir féminin : en 2013 pour Camille redouble et en 2021 pour Poissonsexe ; mais, à presque quarante ans, elle a désormais sauté la case de la jeune première prometteuse pour devenir une actrice installée au centre du cinéma français et en haut de ses affiches : Mandibules, Trois amies, Les Barbares… Elle n’est que bienveillance dans ces Matins merveilleux, toujours positive, toujours aimable, au point qu’on se demande si elle ne va pas verser dans l’excès de bonnes manières. C’est la fille avec qui on adorerait passer la soirée, la journée et pourquoi pas les vacances tant la vie semble simple et sans complication auprès d’elle.
La seconde est Raya Martigny, top model transgenre qui a grandi à La Réunion et dont le 1m92 a arpenté les catwalks avant de passer devant la caméra. Iel est d’une beauté folle et surtout d’un naturel désarmant dans cette histoire où sa transidentité n’est jamais questionnée, semble aller de soi pour tous ceux qui évoluent autour d’elle, qu’il s’agisse de son ancien petit ami qui aimerait tant renouer avec elle ou de Charlie qui découvre auprès d’elle une nouvelle vie.