
À Oran, en Algérie, pendant les « années de plomb », Kamel (Nabib Asli), un journaliste, rencontre par hasard Haroun (Ahmed Benaïssa pour son ultime apparition à l’écran), un vieil homme qui lui raconte une histoire extraordinaire : son frère aîné, prénommé Moussa, était « l’arabe » anonyme que Meursault, l’anti-héros de L’Etranger, a assassiné sur une plage ensoleillée en 1942.
En 2013, Kamel Daoud avait déboulé dans le landerneau littéraire en s’attaquant à un monument et à son angle mort. Le monument : L’Etranger de Camus, unanimement salué et enseigné dans tous les collèges de France et de Navarre. L’angle mort : l’Arabe qui tombe sous les balles de Meursault, qui est mentionné vingt-quatre fois dans le livre sans qu’une seule fois son nom soit donnée.
Kamel Daoud avait comblé cet angle mort en redonnant un nom, une histoire et une dignité à cet anonyme. D’ailleurs Ozon, dans son adaptation de L’Etranger faisait de même au tout dernier plan, inoubliable. Le film de Malek Bensmaïl est fidèle au livre de Daoud, à quelques détails près (l’universitaire du livre qui recueille le témoignage de Haroun devient un journaliste dans le film). Il se déploie dans trois époques : 1996, 1942 et 1962 lorsque l’indépendance de l’Algérie donne l’occasion au jeune Haroun (Dali Benssalah), instrumentalisé par sa mère (Hiam Abbass), de venger la mort de son frère, quitte à reproduire la même logique de déshumanisation dont son aîné a été victime.
Le roman était marquant. Son adaptation l’est aussi. Car les thèmes de cette œuvre sont fondamentaux : l’absurdité de sa vie et le sens – ou le non-sens – d’y laisser une trace. Mais hélas, le film est hypothéqué par les maladresses de son scénario et de son interprétation. Même Hiam Abbass, d’habitude si juste, réussit à y mal jouer en poussant à l’extrême la folie de son personnage.